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Depuis son lancement le 16 juillet, la liste de lecture consacrée à la Côte-Nord dans le cadre du projet Vie musicale au Québec s’est hissée au cinquième rang des listes les plus consultées sur Musiqc.ca la plateforme qui centralise la musique francophone du Québec et d’ailleurs. Elle se classe également au quatrième rang des listes les plus ajoutées en favoris, un mois seulement après sa mise en ligne.
Le projet a été porté par sept étudiants, sous la direction de la professeure agrégée de musicologie à la Faculté de musique de l’Université Laval, Sandria P. Bouliane. La compilation propose un parcours musical à travers la région, où chaque chanson doit pouvoir être associée à un lieu précis.
Un succès qui dépasse les attentes
« Les cinq compilations régionales se dressent en haut du palmarès, on est très contents », affirme la directrice générale de la Société professionnelle des auteurs, compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs (SPACQ-AE), Ariane Charbonneau.
Elle nuance tout de même le terme de « classement » : « Il faut juste faire attention quand on parle de classement, parce qu’on ne parle pas nécessairement d’écoute, on parle vraiment de consultation de cette liste de lecture là. »
Le site Musiqc.ca ne peut pas comptabiliser les écoutes individuelles des musiques une fois que l’utilisateur bascule vers la plateforme de son choix, que ce soit Spotify, Apple Music ou Deezer.
Ce que le site peut mesurer, en revanche, c’est le nombre de fois qu’une liste est consultée et ajoutée en favoris. Sur ce plan, la Côte-Nord se démarque nettement parmi les cinq régions déjà couvertes.
Sandria P. Bouliane, professeure agrégée de musicologie à la Faculté de musique de l’Université Laval. Photo Émilie Tournevache
Une carte interactive
Cette liste est le fruit du travail d’un séminaire d’été du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec (CRILCQ) donné à l’Université Laval en juin dernier. Sept étudiants de maîtrise et de doctorat, provenant de quatre universités différentes, ont travaillé d’arrache-pied sur des compilations régionales avec une contrainte : chaque titre sélectionné devait être géolocalisable.
« Le titre doit directement faire référence au nom d’une ville, d’un commerce, d’une rue ou d’une statue. On doit pouvoir placer la chanson sur la carte à partir de son titre », explique la professeure, qui codirige l’équipe de recherche Vie musicale au Québec. « Ça n’a l’air de rien, mais ça a été tout un défi pour chercher. »
Pour la Côte-Nord, la recherche s’est faite à coup de mots-clés lancés dans Spotify, Apple Music, Deezer ou YouTube, avec des noms comme Schefferville, Blanc-Sablon ou Natashquan. « Des fois, on était chanceux, mais parfois, c’était plus difficile, il y avait des trous », raconte Sandria P. Bouliane.
Les étudiants ont alors dû fouiller les discographies d’artistes originaires de la région ou tenter leur chance avec des noms de rues, tout en essayant de faire un tracé cohérent, souvent en suivant la route 138.
Pour la professeure, le projet représente aussi une volonté d’élargir la recherche sur la musique québécoise au-delà de Montréal. « Avec l’équipe, on s’est concentré sur Montréal pendant plusieurs années », explique-t-elle.
Cette volonté s’inscrit dans un projet plus vaste de recherche sur l’Histoire de la musique au Québec. Un premier ouvrage est actuellement en préparation et doit notamment couvrir la période de 1919 à 1952.
Ariane Charbonneau, la directrice de la SPAQ-AE, assure que les listes de lecture sur Musiqc.ca sont faites par des humains pour contrer l’intelligence artificielle. Photo Marie-Michèle Bouchard
17 régions à terme
Les cinq premières listes de lecture ne sont que la première phase du projet. À terme, les 17 régions administratives de la province auront chacune la leur.
Une deuxième phase doit permettre d’ajouter plusieurs régions à l’automne, avec une nouvelle cohorte d’étudiants. Les dernières régions doivent ensuite être travaillées durant la session d’hiver.
Une fois l’ensemble des régions couvertes, l’équipe souhaite également poursuivre la collaboration avec Musiqc.ca pour d’autres projets de compilation.
« La porte est ouverte », affirme Mme P. Bouliane, qui souhaite que les recherches universitaires puissent continuer à être rendues accessibles au grand public.
Une plateforme pour contrer les algorithmes
Musiqc.ca a été lancé en février par la SPAC-AE pour combattre la faible visibilité de la musique francophone sur les grandes plateformes d’écoute. Le constat de départ est venu de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, qui notait qu’à peine 4,5 % des chansons les plus écoutées au Québec étaient francophones.
« Les Franco-Canadiens, on n’est pas visibles du tout sur ces plateformes-là. C’est difficile de compétitionner », résume la directrice générale de la SPAC-AE.
Selon elle, un artiste de la Côte-Nord qui met sa musique en ligne se retrouve à concurrencer autant les vedettes internationales que les classiques du rock ou les artistes déjà établis d’ici. « L’enjeu n’est pas au niveau de l’accessibilité, il est vraiment au niveau de la visibilité. »
Le site ne diffuse rien, mais il met en avant du contenu déjà en ligne. On y trouve du contenu francophone, mais aussi en langue autochtone ou créole.
En un an et demi d’existence, le site a attiré 288 000 utilisateurs et plus de 597 000 visites, avec un taux de rétention de 60 %. Le public dépasse largement les frontières canadiennes : le site compte des visiteurs aux États-Unis, en France, en Allemagne et au Mexique, notamment.
Gautier Villette, Responsable des Communications, du Développement Numérique et des Projets Stratégiques à la SPACQ-AE, a représenté l’organisation lors de la conférence « Plateforme MUSIQC, le son franco qui nous rassemble et découvrabilité numérique ». Photo Rose-Laurence Samson


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