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La chute de Keir Starmer

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Tout avait pourtant bien commencé pour le premier ministre britannique démissionnaire, Keir Starmer. Lors des élections législatives de 2024, le Parti travailliste, dont il était à la tête depuis seulement quatre ans, remportait une victoire écrasante historique, la deuxième en importance après celle de Tony Blair en 1997. Avec 411 sièges sur 650, il pouvait compter sur une solide majorité parlementaire pour mettre en œuvre son programme réformiste.

Le Parti travailliste revenait au pouvoir après quatorze ans de gouvernance conservatrice, l’une des époques les plus turbulentes depuis 1945. Au cours de cette période, les conservateurs ont eu cinq premiers ministres (David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss et Rishi Sunak), en plus d’avoir retiré leur pays de l’Union européenne. Cette décision a entraîné une grave crise économique.

Depuis son accession au pouvoir, les mauvaises nouvelles se sont accumulées pour Starmer. À peine installé, il a dû faire face à de graves émeutes anti-immigrants et à la montée des partis classés à l’extrême droite, comme le Reform UK de Nigel Farage. Celui-ci a fait des ravages aux élections locales de 2025 et 2026, où il a bousculé les partis traditionnels — travailliste comme conservateur — avec ses slogans nationalistes et anti-immigration.

À l’intérieur de la formation travailliste, les membres ont été ébranlés par le scandale des relations entre l’ambassadeur britannique à Washington Peter Mandelson, nommé par Starmer, et Jeffrey Epstein. L’ambassadeur a finalement été congédié et Starmer a été vivement contesté au sein de son caucus. Des voix se sont élevées pour demander sa démission et pour l’organisation d’une course au leadership. De nombreux députés travaillistes ont estimé que Starmer manquait de vision politique et de véritable plan pour relancer le pays, et l’ont vu enchaîner les volte-face.

Un personnage a émergé et a cristallisé le mécontentement : Andy Burnham, ancien ministre de Blair, et maire de Manchester depuis une dizaine d’années, une ville qu’il a réussi à remettre sur pied. Burnham a gagné jeudi dernier une élection partielle, marquant ainsi son retour sur les banquettes parlementaires et lui permettant ainsi de contester le leadership de Starmer.

Mais en quoi Burnham serait-il l’homme providentiel dont le Royaume-Uni a besoin ? S’il devient premier ministre, il fera face aux mêmes difficultés que ses prédécesseurs travaillistes et conservateurs : une gouvernance politique chaotique et un pays en déclin.

Les deux vieux partis traditionnels sont en perte de vitesse. L’élection partielle qui a vu Burnham élu était atypique. Il y avait d’autres partielles ce jour-là, et les travaillistes ont été tronçonnés. Deux partis classés à l’extrême droite, le Reform UK et Restore Britain ont totalisé 41 % des votes dans la circonscription où Burnham a été élu. Une vague anti-establishment semble se préparer et augure mal pour les vieux partis si des élections générales avaient lieu aujourd’hui.

Au-delà d’une vieille classe politique épuisée et discréditée, le Royaume-Uni fait face à un déclin économique et social rapide. Un grand reportage publié ce mois-ci dans le magazine américain The Atlantic dresse un sombre tableau de la situation. « En 2007, avant la crise financière mondiale, le pays était à l’apogée de sa puissance post-impériale, écrit l’auteur. Le revenu médian des ménages venait de dépasser celui de l’Allemagne. […] Londres était en passe de supplanter New York comme centre de la banque internationale. »

Mais depuis, le pays n’a cessé de régresser. « Son PIB par habitant dépasse à peine celui du Mississippi, l’État américain le plus pauvre, et cette légère avance est uniquement due à Londres. En dehors de la capitale, dans les régions non touristiques, le niveau de vie est bien inférieur à celui du Mississippi », peut-on lire dans la revue. En consultant d’autres statistiques, on se rend compte des difficultés du pays. Ainsi, quelque 20 % des Britanniques, et 27 % des enfants, vivent dans la pauvreté.

Sur le plan financier, le Royaume-Uni affiche un passif extérieur équivalent à près de quatre fois son PIB, écrit l’analyste Felix Martin de Thompson Reuters. « Il n’est donc pas étonnant que les investisseurs se souviennent avec inquiétude de l’avertissement tristement célèbre lancé en 2017 par le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney, selon lequel le pays dépend de la “bienveillance des étrangers” pour se financer. »

Le Brexit a eu un effet négatif sur l’économie. Ainsi, le PIB britannique en 2025 se situerait environ de 6 à 8 % en deçà de la trajectoire qu’il aurait suivie sans le Brexit, alors que l’investissement, l’emploi et la productivité seraient également inférieurs à ce qu’ils auraient été sans la sortie de l’Union européenne.

Selon Burnham, un nouveau chef était nécessaire, et c’est lui qui devrait le devenir ou le chaos régnera. « Je le dis à mon propre parti : c’est une dernière chance de changer », avait lancé jeudi dernier le futur septième premier ministre en dix ans. Ils ont tous dit la même chose. Avec les résultats que l’on connaît.

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