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La Carte blanche de Patrick Watson au FEQ fut le calme après la tempête

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Savoir chanter devant des dizaines de milliers de spectateurs, c’est une chose ; savoir se faire écouter en est une autre. L’auteur-compositeur-interprète Patrick Watson maîtrise les deux : pendant les chansons les plus calmes, nombreuses dans son répertoire, la foule massée sur les plaines d’Abraham était d’une remarquable attention. Le Montréalais a enchanté le public du Festival d’été de Québec avec son élégant orchestre et les invités de sa Carte blanche, La Force, Martha Wainwright, Hohnen Ford, Simon Angel, Klô Pelgag et Les Louanges.

Pour tenir une foule si grande dans un tel état de contemplation, ça prend des pouvoirs surnaturels que Watson, avec sa musicalité entre chanson pop, post-rock et musique post-romantique, et sa voix unique, possède. Ce niveau de recueillement collectif atteint pendant les interprétations d’Ode to Vivianne et Melody Noir, offertes durant la première moitié du concert, est quelque chose de rare sur les plaines du FEQ, qui ont plutôt l’habitude de faire pousser les décibels.

Ce mardi soir fut donc humide et apaisant, comme une caresse sur les plaines au lendemain du fameux gala de rimes boxées du rappeur Souldia. En termes d’ambiance, le jour et la nuit entre ces deux événements animés par des artistes d’ici — seule constante, cette météo, capricieuse en journée, mais clémente une fois les premières notes de musique entendues sur les plaines.

Un long bourdon a résonné des haut-parleurs pendant quelques minutes avant que Watson trouve son chemin dans la pénombre de la scène où l’attendaient son piano et ses deux vieux complices Mishka Stein (guitares, entre autres) et Olivier Fairfield (percussions) et la violoniste Sophie Trudeau.

Sur Gordon in the Willows et The Wandering (toutes deux du dernier album Uh Oh, paru l’automne dernier), interprétées en ouverture, les langoureuses harmonies prenaient leur envol sur des sonorités électroniques ; le piano droit de Patrick Watson n’est qu’une carcasse dans laquelle sont logés son clavier et des synthés modulaires qui amènent les chansons douces dans une autre galaxie. Voilà un autre pouvoir surnaturel de la proposition entendue mardi, cette manière, si naturelle, de faire cohabiter les mouvements intensément électriques et électroniques à ceux qui n’ont besoin que de guitares acoustiques et d’un quatuor à cordes pour capter l’attention. Soulignons ici la grande qualité des éclairages et des projections, qui renforçaient le caractère cinématographique de la musique du Montréalais.

Performances spéciales par des invités spéciaux

Devant Watson, Ariel Engel (La Force) répond à ses mélopées ; Engel était une des invitées spéciales de cette Carte Blanche, mais la vérité, c’est qu’elle est l’invitée spéciale de chacun de ses concerts. Plus qu’une choriste, elle est un personnage en soi dans ce concert, le double vocal de Watson, une voix si belle et forte qu’elle occupe par moments l’avant de la scène, comme en ouverture de Silencio, interprétée en milieu de concert.

Martha Wainwright est entrée tôt sur scène pour chanter en duo House on Fire, ce fut de toute beauté, et en toute complicité. Arrivée d’Angleterre pour l’occasion, la chanteuse Hohnen Ford a soufflé Postcards, un brin abîmée par un trou de mémoire de Watson, qui nous a fait prendre la chose en riant. Plus loin, l’artiste Yoann Bourgeois a fait un numéro de trampoline au milieu du parterre pendant que Watson et ses musiciens chantaient Here Comes the River, puis Klô Pelgag arriva, pour Ami imaginaire. En fin de concert, Les Louanges est apparu, guitare au cou ; les invités réunis ont repris I Lost My Baby de Jean Leloup, à la surprise générale.

Appelons cela la tournée royale, le grand chelem des scènes québécoises d’envergure : onze jours après avoir charmé la place des Festivals avec une performance similaire, Watson foulait la grande scène des plaines pour une seconde fois en carrière, tête d’une affiche musicalement impeccable avec Klô et le Français Bertrand Belin en début de soirée.

De Klô Pelgag, qui achève la tournée de son album Abracadabra et dont nous avons déjà abondamment vanté les mérites — de son spectacle autant que de l’album -, soulignons simplement qu’elle fut à la hauteur du moment, que sa petite fille semblait prendre beaucoup de plaisir à filmer maman sur scène pendant qu’elle travaillait et que les premières images que les spectateurs ont vu du concert furent celles d’une assiette de spaghetti boulettes de viandes filmée en très gros plan. Sur les écrans géants de chaque côté de la scène, ça faisait son drôle d’effet.

En ouverture de soirée, alors que le soleil avait décidé de se remontrer dans ce ciel gris-jaune, l’auteur, compositeur, interprète et romancier Bertrand Belin et ses musiciens aguerris ont magnifiquement fait, devant une foule parsemée, le lot des premières parties. « C’est la première fois qu’on se rencontre, n’est-ce pas ? » a-t-il demandé, sourire en coin, à la foule qui le découvrait. Belin nous rend visite depuis le révélateur album Hypernuit, paru en 2010, mais pas assez fréquemment — de la chanson folk, il est passé au new wave, avant de revenir à la chanson rock aux textes singulièrement poétiques.

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