Un lac de plus de 280 kilomètres carrés a disparu en une décennie et demie, laissant derrière lui l’un des pires cauchemars de pollution de l’air aux États-Unis. Depuis 1913, le lac Owens, en Californie, est vidé de son eau au profit de Los Angeles. Résultat : son lit asséché envoie dans l’atmosphère des tonnes de poussière toxique chaque année, et pour contenir le désastre, l’État est contraint d’arroser en permanence son fond, sans jamais pouvoir arrêter l’opération.
À retenir
- Un lac de 280 km² a complètement disparu en treize ans pour une ville affamée d’eau
- Son absence a créé l’une des pires catastrophes de pollution aux particules fines du pays
- Cent ans plus tard, l’État doit toujours l’arroser quotidiennement pour éviter l’apocalypse sanitaire
Sommaire
- Comment un lac entier a disparu en treize ans
- La pire source de poussière du pays
- Arrosé en permanence, sans jamais pouvoir s’arrêter
Avant le début du XXe siècle, le lac Owens n’avait rien d’un mirage. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, sa profondeur variait entre 7 et 15 mètres, pour une surface d’environ 280 kilomètres carrés, parfois assez pleine pour déborder vers le désert des Mojave. Un vrai lac, avec ses rives, sa faune, son agriculture alentour. Puis tout a basculé.
À partir de 1913, la rivière et les ruisseaux qui alimentaient le lac Owens ont été détournés par le Département de l’eau et de l’électricité de Los Angeles (LADWP) vers l’aqueduc de Los Angeles, un ouvrage titanesque conçu par l’ingénieur William Mulholland. Sa construction, commencée en 1908, s’est terminée en 1913, pour une longueur totale de 359 kilomètres. L’objectif était simple, et brutal : faire venir l’eau de la Sierra Nevada jusqu’à une métropole en pleine explosion démographique. Le lac Owens, lui, n’a pas résisté longtemps. Il a conservé une eau significative jusqu’en 1913, avant de se dessécher complètement en 1926. Treize ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour rayer un lac de la carte.
L’opération n’a pas fait que des heureux. Sa construction a été controversée dès le début, car les détournements d’eau vers Los Angeles sont considérés comme la cause du déclin de l’agriculture dans la vallée de l’Owens. Des agriculteurs locaux sont même allés jusqu’au sabotage de certaines installations, dans les années 1920, tant la colère était vive face à ce qu’ils percevaient comme un vol d’eau organisé.
La pire source de poussière du pays
Ce que personne n’avait anticipé, c’est ce que ce lac allait devenir une fois à sec : une bombe environnementale. La désiccation du lac a résulté en les plus hautes émissions de PM10 des États-Unis, ces particules fines capables de pénétrer profondément dans les poumons. Le mécanisme est presque simple à comprendre : sans eau pour maintenir les sédiments en place, le vent se charge de tout soulever.
Les chiffres donnent le vertige. Des rafales de vent dépassant 30 km/h pouvaient soulever plus de 50 tonnes de poussière par seconde depuis le lit du lac, formant des tempêtes atteignant parfois plus de 3 kilomètres de haut et envoyant 130 fois la limite fixée par l’agence américaine de protection de l’environnement dans l’atmosphère, jusqu’à 400 kilomètres de distance. Et ce n’était pas un incident isolé : de tels épisodes survenaient 25 fois ou plus chaque année, généralement à l’automne et au printemps.
Le pire, c’est la composition de cette poussière. Composée de particules microscopiques de moins de dix microns, elle contient des niveaux significatifs de métaux toxiques comme l’arsenic, le plomb et le sélénium, en plus de sels efflorescents. Une exposition prolongée qui n’a rien d’anodin : ces particules fines peuvent causer ou aggraver toute une série de problèmes de santé, comme l’asthme, la bronchite et les infections respiratoires. En 1987 déjà, l’agence fédérale de protection de l’environnement classait la zone comme non conforme aux normes de qualité de l’air liées aux PM10. Un comble pour un lac qui n’existe plus.
Arrosé en permanence, sans jamais pouvoir s’arrêter
Face à ce fiasco sanitaire, Los Angeles n’a eu d’autre choix que d’agir. En 2000, le LADWP a reçu l’obligation de réduire ce danger sanitaire créé par les tempêtes de poussière sur les 285 kilomètres carrés de lit asséché. La solution retenue tient en un mot : l’eau, encore et toujours. Pour empêcher les sédiments de s’envoler, il faut les maintenir humides, en permanence.
Aujourd’hui, l’ampleur du dispositif est impressionnante. Le LADWP exploite et entretient 48,6 miles carrés de mesures de contrôle fédéralement approuvées, permettant une réduction de 99,4 % des émissions de poussière. Le procédé principal reste l’inondation superficielle : les techniques incluent l’inondation peu profonde, la végétation gérée, le gravier, le labour avec inondation de secours et la saumure, l’inondation superficielle représentant environ 60 % de l’ensemble des mesures de contrôle. Concrètement, cela signifie des kilomètres de canalisations et de bassins qui maintiennent le sol humide jour et nuit, sur une surface plus vaste que Paris intra-muros.
Les résultats sont là, chiffrés noir sur blanc. Les émissions de PM10 du lac Owens sont passées d’environ 62 377 tonnes par an en 2000 à 355 tonnes par an en 2023. Une division par plus de 175. Mais ce succès a un prix, et ce prix, c’est justement l’eau, cette même ressource rare en Californie que Los Angeles a détournée un siècle plus tôt pour remplir ses robinets. Impossible d’arrêter l’arrosage sans faire renaître les tempêtes de poussière du siècle dernier.
Un rapport de 2025 des Académies nationales des sciences américaines vient d’ailleurs nuancer ce tableau plutôt flatteur. Les sources sur le lac comme hors du lac continuent de causer des dépassements de PM10 qui empêchent la zone de respecter la norme nationale de qualité de l’air. dompter le lac lui-même ne suffit plus : la poussière vient désormais aussi des terrains alentour, asséchés par la même logique de détournement. Los Angeles étudie même une piste radicale pour l’avenir : stocker de l’eau dans l’aquifère souterrain du lac afin de pouvoir la pomper pendant les mois d’été et les années de sécheresse, transformant ce lit mort en réservoir caché. Plus d’un siècle après sa disparition, le lac Owens n’a toujours pas fini de dicter ses conditions à la ville qui l’a asséché.
Sources : fr.scienceaq.com | blog.midwestind.com


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