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À Retiers, La Terre est notre métier a placé le changement climatique au cœur des échanges. La bio y a montré des solutions qui intéressent aussi les agriculteurs conventionnels.
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Par Arnaud Marlet Publié le 2 oct. 2026 à 10h06
Il y avait, cette année, comme une urgence supplémentaire à Retiers. Après un été marqué par le manque d’eau, les à-coups de croissance de l’herbe, les pertes de cultures et le stress thermique, le changement climatique n’avait rien d’un sujet de conférence abstrait. Pour sa 19e édition, La Terre est notre métier en a fait le fil rouge de deux journées consacrées aux techniques, aux filières et aux expériences de terrain. Organisé par le réseau GAB-FRAB et la FNAB, le salon a réuni une centaine d’exposants autour d’un village professionnel et d’un pôle de démonstrations techniques.
La bio comme laboratoire

Rotations, couverts végétaux, légumineuses, diversification des cultures, mélanges variétaux ou fertilisation organique sont autant de leviers susceptibles d’intéresser toute exploitation confrontée à des charges d’intrants élevées, à des épisodes climatiques plus irréguliers ou à la nécessité de renforcer l’autonomie de ses sols.
Le fil conducteur se retrouvait notamment dans le Pôle Climat, eau et biodiversité. Construit avec différents partenaires de la bio, cet espace proposait ateliers, rencontres, quiz et permanences autour de quatre entrées : climat, eau, biodiversité et arbres. L’Agence de l’eau Loire-Bretagne y abordait notamment les pratiques favorables à la qualité de l’eau, les solutions d’adaptation au changement climatique et les aides mobilisables pour accompagner les transitions. Le sujet de l’eau occupait ainsi une place particulière dans un salon où la question n’était plus seulement de réduire les impacts, mais de continuer à produire dans des conditions devenues plus incertaines.
Cette approche trouvait un écho dans la conférence de Serge Zaka, agroclimatologue, consacrée aux perspectives de production dans un Grand Ouest confronté à un réchauffement de + 4 °C. Le programme 2026 comptait au total 30 conférences, consacrées au climat mais aussi à l’eau, aux filières, à l’installation, à la transmission ou encore à la santé. Une nouvelle formule, les « 20 minutes Chrono », proposait par ailleurs des interventions courtes suivies d’un temps d’échange.
Du sol à la ferme
Dans les allées, le même souci de passer du principe à la pratique se retrouvait dans les différents pôles. Le Pôle Sol et biodiversité rappelait que la capacité d’un système à encaisser les aléas climatiques se joue aussi sous la surface. La structure, la couverture, la fertilité biologique et la capacité du sol à stocker et restituer l’eau deviennent des paramètres agronomiques à part entière. Le pôle technique et démonstrations permettait, lui, de voir les outils en action, notamment sur le désherbage, les couverts végétaux, l’irrigation ou la plantation sur mulch. Le salon consacrait quatre hectares à ces démonstrations et ateliers en 2026.

Le Cabaret des savoir-faire paysans complétait le dispositif. Ici, pas de catalogue de solutions standardisées, mais des agriculteurs venus raconter des pratiques qu’ils ont mises au point ou adaptées sur leur ferme. Transmission entre cédant et repreneur, valorisation du sarrasin, abattage à la ferme, séchage solaire, production de chanvre ou organisation du travail en élevage laitier figuraient parmi les sujets proposés.
Un salon qui déborde de la bio
Cette volonté de croiser les profils explique aussi la place accordée aux agriculteurs non bio, aux porteurs de projets et aux jeunes. Le salon entend parler aux producteurs engagés en agriculture biologique comme à ceux qui réfléchissent à une conversion, une installation, une transmission ou simplement à l’évolution de leur système. Dans les allées, de nombreux lycéens des établissements agricoles ont ainsi pris part aux visites et aux animations.
Le village exposants réunissait les acteurs du machinisme, des semences, de l’accompagnement, des filières, de la transformation ou de la restauration collective. Le réseau FNAB disposait également de son espace pour présenter ses actions et favoriser les échanges entre producteurs. L’ensemble donne au salon une physionomie assez différente d’un rendez-vous agricole classique : moins centré sur la nouveauté commerciale que sur la confrontation des pratiques et la circulation des expériences.
Une agriculture à rendre plus autonome
La réponse proposée à Retiers passe largement par l’autonomie. Autonomie vis-à-vis des intrants, en développant la fertilité des sols et la fixation biologique de l’azote ; autonomie fourragère, en sécurisant les ressources ; autonomie décisionnelle, enfin, en diversifiant les cultures, les débouchés ou les équipements.
Les échanges portent davantage sur les conditions de réussite, les compromis techniques et économiques, les adaptations possibles selon les sols et les systèmes. C’est aussi ce qui permet à un agriculteur conventionnel de venir y chercher des idées sans nécessairement envisager un changement complet de système.

À Retiers, le changement climatique aura donc surtout servi de révélateur. Celui de la nécessité d’accélérer l’adaptation, mais aussi de l’intérêt de confronter les expériences plutôt que de chercher une solution miracle. Entre conférences, démonstrations et témoignages, La Terre est notre métier a choisi de mettre les pieds dans les parcelles. Avec une conviction en filigrane : face à des conditions de production qui changent, la résilience se construit autant dans les sols que dans les échanges entre agriculteurs.

Deux démonstrations à la loupe
Écimer les adventices au dessus de la culture
Sur une parcelle de sarrasin implantée pour la démonstration, la FRcuma Ouest a montré le principe de l'écimeuse-récolteuse : intervenir au-dessus de la culture pour sectionner les adventices qui dépassent, comme le ray-grass ou la folle avoine, sans toucher le sarrasin. La machine associe une coupe à section, travaillant selon un principe de cisaille, à un rabatteur à balais qui dirige les adventices vers un tapis puis une trémie.
La rotation reste le premier levier de maîtrise du salissement. L'écimage vient compléter cette stratégie lorsque les adventices dépassent la culture. Reste une limite : que faire de la biomasse extraite de la parcelle ?
Planter dans le mulch
En maraîchage, la démonstration de la MulchTec Planter posait une autre question : comment augmenter la fertilité des sols tout en mécanisant la plantation ? Cette machine allemande permet de planter directement dans une couche de mulch, sur sol travaillé ou non. Elle découpe la couverture, ouvre le sol, dépose le plant puis referme la ligne. Le constructeur indique qu'elle peut travailler dans des couches de mulch allant jusqu'à 15 cm et atteindre, selon la configuration, jusqu'à 4 000 plants par heure et par rangée.
Une fertilisation localisée, une irrigation à la plantation ou la pose d'un goutte-à-goutte sous le mulch peuvent aussi être intégrées. L'objectif est de conserver une couverture du sol et de réduire les perturbations liées au travail du sol. Deux démonstrations qui illustrent une même logique : faire évoluer le matériel pour accompagner des systèmes plus économes en interventions et davantage centrés sur la préservation des sols.
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