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Pendant sa pause, Mollie Lane marche le long de la rivière Détroit. Elle s’est installée à Windsor il y a trois ans pour ses études en génie. Sa ville d’adoption lui rappelle au quotidien celle de Sault-Sainte-Marie, dans le Nord de l'Ontario, où elle a grandi, car les deux sont frontalières de l’État américain du Michigan.
J’y allais souvent pour faire des courses, acheter de l’essence, plein de choses, raconte-t-elle.
Mais récemment, je ne veux plus dépenser mon argent [là-bas]. Avec les tarifs et [les États-Unis] qui ne soutiennent pas notre économie, je ne veux pas non plus soutenir la leur.

Mollie Lane, originaire de Sault-Sainte-Marie, étudie à l'Université de Windsor.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Elle a vu directement l’impact des tarifs, car à Sault-Sainte-Marie, plusieurs des parents de [ses] amis craignent de perdre leur emploi à l’aciérie Algoma Steel qui, invoquant notamment les droits de douane imposés par les États-Unis, amputera sa main-d’oeuvre de 1000 travailleurs en mars.
Les propos de Mollie Lane rejoignent ceux de Gilles Bondi, qui vit à Windsor.
Féru de sports, il voyageait régulièrement vers Détroit pour assister aux matchs de ses équipes préférées : les Tigers au baseball et les Red Wings au hockey. Il y allait aussi parfois pour rendre visite à des membres de sa famille.
Mais depuis [l’arrivée] de Donald Trump et ses menaces de faire du Canada le 51e État, j’ai arrêté de traverser, indique-t-il.

Gilles Bondi habite à Windsor.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Je ne crois pas qu’on devrait nous manquer de respect autant. Nous avons toujours été des alliés des États-Unis. [...] Oui, c’est personnel.
Des données publiées cette semaine par Statistique Canada confirment que les Canadiens ont fortement boudé les États-Unis en 2025. L’agence a enregistré près de 10 millions de retours de résidents du Canada en provenance des États-Unis en moins par rapport à l’année précédente, soit une baisse de 25,4 %.
Les voyages de retour d'autres pays d'outre-mer, eux, ont augmenté de 14,9 %.
Nos amis canadiens nous manquent à Détroit
À Détroit, Joseph Ratliffe, qui gère un restaurant au centre-ville, regrette que [ses] amis canadiens ne viennent plus aussi souvent.
Les Canadiens étaient pourtant certains des clients avec qui il entretenait les meilleures relations, souligne-t-il, au point où il a ajouté des bières canadiennes à son menu pour qu’ils se sentent comme chez eux.

Joseph Ratliff est gérant d'un restaurant au centre-ville de Détroit.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Si M. Ratliff dit ignorer les raisons pour lesquelles il en voit moins, le président-directeur général de l’organisme de promotion du tourisme Visit Detroit, Claude Molinari, lui, est on ne peut plus clair.
Les actions du gouvernement fédéral des États-Unis qui ont créé un froid avec le Canada ont eu un impact négatif sur le tourisme dans le Sud-Est du Michigan.

Des commerces de Détroit disent ressentir la baisse des touristes canadiens.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Des groupes commerciaux lui font régulièrement part du fait qu’il y a beaucoup moins de plaques d’immatriculation canadiennes dans leurs terrains de stationnement.
La baisse du tourisme canadien représente un manque à gagner de millions et de millions de dollars, mais le nombre de touristes en provenance de l’étranger et d’ailleurs aux États-Unis a augmenté en 2025, comme en témoigne le taux d’occupation des hôtels qui est resté stable.
Imaginez ce qu’on aurait si nous ne faisions pas face à un boycottage des Canadiens. Nous aurions une croissance. [...] Nous ressentons certainement les effets négatifs. Ils ne sont pas paralysants, mais nos amis canadiens nous manquent.
Nous sommes intimement liés
Pour l’instant, les Canadiens répondent à de la provocation qui a causé de la consternation, observe M. Molinari. Visit Detroit se garde d’ailleurs de déployer des efforts publicitaires visant à attirer des Canadiens, car cela pourrait paraître insensible, estime-t-il.
Les tensions entre les États-Unis et le Canada ne sont toutefois que temporaires, croit-il, car il garde espoir que les relations [entre les deux pays] se normaliseront dans le futur [...] et que les Canadiens décideront que venir aux États-Unis est une bonne chose.

Claude Molinari est le président-directeur général de l'organisme Visit Detroit, qui fait la promotion du tourisme dans la ville de Détroit.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
De son bureau à Détroit, il aperçoit le casino de Windsor, un rappel que les deux régions sont intimement liées.
Je crois que la paix est inévitable.
Daragh O’Brien, qui habite à Windsor depuis cinq ans, attendra toutefois quelques années avant de retourner aux États-Unis. En déménageant de Toronto, il s’était pourtant réjoui de s’installer dans une ville plus abordable, à quelques minutes de Détroit, où il pourrait se rendre à beaucoup d’événements sportifs et des concerts de rock.
Mais le retour au pouvoir du président américain l'a fait changer d’avis.
Nous avons [même] essayé de construire un pont et tout semble être rejeté par Trump, affirme-t-il, faisant allusion aux récentes menaces de bloquer l’ouverture du pont Gordie-Howe.
L’Irlandais d’origine est aussi préoccupé par les récents cas de violence de la police fédérale de l’immigration.
Avec un nom de famille O’Brien, mon accent, les agents de l’ICE, [...] c’est une inquiétude pour bien des gens. Surtout avec la Coupe du monde qui arrive, ce serait fou d’y aller, affirme-t-il.
Le tourisme intérieur en hausse à Windsor
Selon Statistique Canada, le nombre de voyages de résidents des États-Unis en direction du Canada a aussi baissé de 7,5 % en décembre 2025, comparativement à la même période en 2024.
Dans la région de Windsor, cette baisse a toutefois été compensée principalement par une hausse des touristes d’autres pays étrangers ainsi que des visites intérieures, note le président-directeur général de l’organisme Tourisme Windsor-Essex-Île Pelée, Gordon Orr.
Pour l’instant, je tends à dépenser mon argent ici, indique d’ailleurs Gilles Bondi, qui est ouvert à retourner aux États-Unis, mais sûrement pas sous l’administration actuelle.
Selon Statistique Canada, les résidents canadiens ont dépensé 11,1 % plus d’argent en tourisme intérieur entre juillet et septembre 2025, comparativement à la même période l’année précédente.
L’organisme fédéral souligne que l’été 2025 correspondait à la mise en place du passeport Un Canada fort, qui donnait un accès gratuit aux parcs provinciaux et qui sera de retour pour l’été 2026.


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