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Malgré la crise qui secoue leur industrie, des travailleurs forestiers réussissent à rester sur la Côte-Nord en se tournant vers la forêt privée. Ils peuvent compter sur certains lopins de terre qui exigent toujours des travaux sylvicoles, alors que leurs collègues de la forêt publique quittent en masse vers d’autres provinces.
Samuel Jalbert visite régulièrement des forêts privées en Haute-Côte-Nord, notamment près de Portneuf-sur-Mer. C'est parfois après quelques heures de route sur des chemins forestiers qu’il retrouve des travailleurs en pleine action, seuls avec leurs machines parmi les arbres.

Pour Samuel Jalbert, le fait de n'avoir qu'une seule scierie avec qui faire affaire limite tout de même les endroits où il peut faire des travaux sylvicoles.
Photo : Radio-Canada / Nazdar Roy
Dans son travail, celui qui est le directeur général du Groupement Agro-Forestier Côte-Nord accompagne des propriétaires qui souhaitent effectuer une variété de travaux sylvicoles, comme de la coupe, de l'entretien de plantation et du reboisement.
Son approche a donc quelque peu changé au cours de la dernière année. La crise forestière touche des entrepreneurs sylvicoles avec qui il fait affaire – une problématique qu’il tente de limiter comme il le peut.

La création et l'entretien des chemins forestiers font partie des travaux sylvicoles réalisés en forêt privée.
Photo : Radio-Canada / Nazdar Roy
On a augmenté un petit peu notre volume de récolte, pour essayer d'être solidaires avec ces entreprises-là et leur fournir du travail, partage-t-il. Le Groupement Agro-Forestier Côte-Nord tente de diversifier ses activités pour y arriver.
La foresterie, c'est un milieu où il y a quand même beaucoup de collaboration. On connaît presque tout le monde.
Le Groupement se tourne notamment vers l'éclaircie commerciale. On vient récolter entre 30 et 40 % des arbres pour optimiser la croissance des arbres qu'on va laisser, donc on cible les tiges d'avenir qu'on veut garder sur le parterre, explique Samuel Jalbert.
Ce type de travaux permet à la fois d'entretenir des sections de forêt tout en fournissant le bois récolté à des usines. Samuel Jalbert souhaite développer cette expertise dans la région.
Cette initiative permet à des entrepreneurs forestiers de reprendre leur souffle dans un contexte où leur industrie accumule les coups. Les fermetures de scieries, la faible demande actuelle pour le bois d’œuvre et les tarifs américains changent le quotidien de plusieurs travailleurs, qui cherchent des solutions.
Le cousin de Samuel Jalbert travaille lui aussi dans ce domaine. L'entreprise de Sébastien Jalbert se spécialise en récolte forestière. Lorsque la scierie Outardes a fermé pour une première fois au début de l'année, il craignait devoir quitter la province – comme d'autres de ses collègues – pour trouver du travail étant donné ses obligations financières.

Le cousin de Samuel Jalbert, Sébastien Jalbert, raconte que les fermetures de scierie dans la région lui ont demandé d'importantes adaptations financières, notamment pour l'entretien de ses machines.
Photo : Radio-Canada / Nazdar Roy
Tu as peur, tu ne veux pas perdre ce que ça fait 25 à 30 ans que tu bâtis. Donc tu cherches de l'ouvrage, mais il n'y en a pas, parce que la crise n'est pas juste sur la Côte-Nord, c’est partout au Québec, déplore l’associé chez Multi C.J. & fils inc.
En se tournant vers le Groupement, Sébastien Jalbert peut demeurer près de sa famille et éviter les dépenses reliées à un déménagement de ses opérations dans une autre province.
Une scierie tient le fort
Si ce virage vers la forêt privée fonctionne, c’est également parce que la seule scierie qui fonctionne toujours à plein régime dans la région, Boisaco, met elle aussi la main à la pâte. La coopérative forestière achète des volumes de bois issus de la forêt privée, qui étaient auparavant destinés à la scierie Outardes. Cette dernière fermera de nouveau ses portes cet automne.
Il y a des volumes qui n'auraient pas pu être redirigés là, donc on va pouvoir les récupérer. On va étendre un petit peu plus notre territoire, détaille le président de Boisaco, Steeve St-Gelais.

Le président de Boisaco, Steeve St-Gelais.
Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin
La forêt privée demeure minoritaire sur l'échiquier forestier de la Côte-Nord. Boisaco estime qu'environ 3 à 4 % de son approvisionnement en bois vient de ce secteur. Pour sa part, Samuel Jalbert évalue que la forêt privée fournit généralement entre 1 et 2 % du volume annuel des usines de la région.
Toute perche tendue est toutefois la bienvenue pour les entrepreneurs, qui attendent avec impatience un retour à l'équilibre dans leur domaine.
Avec la collaboration de Renaud Chicoine-Mckenzie


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