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L’URSS a embarqué sur une station orbitale un canon si puissant qu’il fallait allumer les moteurs pendant le tir pour encaisser le recul

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Le 24 janvier 1975, l’Union soviétique a fait feu avec un canon automatique dans le vide spatial, une première mondiale jamais reproduite depuis. La station militaire Salіout 3 embarquait un canon de 23 mm capable de tirer plusieurs milliers de coups par minute, et pour encaisser le recul de l’arme en apesanteur, les contrôleurs au sol ont dû allumer les propulseurs de la station au moment même du tir, afin de contrebalancer le recul du canon, particulièrement puissant. Une scène qui ressemble à un scénario de science-fiction des années soixante-dix, sauf qu’elle s’est réellement produite à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la Terre.

À retenir

  • Une arme de guerre soviétique cachée dans un programme spatial censément civil
  • Comment les ingénieurs ont résolu l’énigme du recul en l’absence de gravité
  • Un secret militaire soviétique resté classifié pendant des décennies

Sommaire

  1. Un canon de chasseur-bombardier recyclé pour l’espace
  2. Le 24 janvier 1975, l’heure du tir
  3. Pourquoi fallait-il allumer les moteurs pendant le tir

Un canon de chasseur-bombardier recyclé pour l’espace

Tout commence avec le programme Almaz, une série de stations militaires que Moscou a maquillées sous le nom rassurant de « Saliout » pour brouiller les pistes. Salyut 3 était une station spatiale soviétique lancée le 25 juin 1974, la deuxième station militaire Almaz, et la première de ce type lancée avec succès, incluse dans le programme Salyut pour dissimuler sa véritable nature militaire. Officiellement, on parlait de recherche scientifique civile. En réalité, il s’agissait d’un poste d’observation destiné à surveiller les mouvements militaires occidentaux depuis l’orbite basse.

L’arme installée à bord n’avait rien d’un gadget improvisé. Une version antérieure de ce canon automatique de 14,5 mm de Nudelman servait déjà de tourelle arrière sur le bombardier supersonique Tu-22, mais lui et son équipe furent alors chargés de développer la toute première arme conçue pour fonctionner dans l’espace. Le développement de ce canon, connu sous le nom de Rikhter R-23, avait en réalité débuté bien avant : le programme a démarré à la fin des années 1950, avant le premier vol spatial habité, avec pour objectif de créer une arme aussi courte que possible pour éviter les problèmes rencontrés sur les avions à haute vitesse lorsqu’un canon est pointé dans le flux d’air. Sa conception technique restait redoutable : capable de tirer jusqu’à 2 600 coups par minute, il détenait la cadence de tir la plus élevée jamais atteinte par un canon à un seul canon mis en service.

Le montage sur la station imposait une contrainte particulière : impossible de viser librement. L’arme était fixée à la station de telle sorte que la seule façon de viser aurait été de changer l’orientation de la station entière. Concrètement, les cosmonautes ou les contrôleurs au sol devaient faire pivoter tout l’engin, un exercice d’orientation minutieux pour aligner le canon sur une cible fictive.

Le 24 janvier 1975, l’heure du tir

La question du recul en apesanteur inquiétait les ingénieurs bien avant le jour J. En raison des risques de secousses de la station, les tests en orbite de l’arme avec des cosmonautes à bord avaient été écartés. personne ne voulait être présent quand le canon cracherait ses munitions. Le test a donc eu lieu après le départ définitif de l’équipage, dans une station vide de tout humain, pilotée uniquement depuis le sol.

Les résultats de l’opération ont longtemps circulé sous forme de bribes éparses, la classification soviétique ayant fait son œuvre pendant des décennies. Selon l’encyclopédie Astronautica, le 24 janvier 1975, des essais d’un système spécial à bord de Saliout 3 ont été menés avec des résultats positifs à des portées allant de 3 000 à 500 mètres. D’après plusieurs sources russes ayant émergé après la chute de l’URSS, Saliout 3 aurait tiré 20 de ses 32 obus disponibles lors de trois tirs d’essai distincts. Certains témoignages, relayés notamment par le commandant Pavel Popovitch qui avait séjourné à bord de la station, vont plus loin : les cosmonautes ont confirmé qu’un satellite cible avait été détruit lors du test, bien que ce détail reste sujet à débat parmi les historiens du spatial.

L’opération n’a duré qu’un temps très court à l’échelle d’une mission spatiale. Le lendemain, la station a reçu l’ordre de rétrofuser pour une rentrée destructrice au-dessus de l’océan Pacifique. Vingt-quatre heures à peine séparaient le tir historique de la destruction volontaire de l’engin. Un timing qui en dit long sur le caractère expérimental, presque jetable, de cette phase du programme Almaz.

Pourquoi fallait-il allumer les moteurs pendant le tir

En apesanteur, aucune force de gravité ni de frottement ne vient atténuer le recul d’une arme à feu. Sur Terre, le poids du canon, la résistance de l’air et le sol absorbent une bonne partie de l’énergie du tir. Dans le vide spatial, rien de tout cela n’existe : chaque coup tiré pousse la station entière dans la direction opposée, avec un risque de désorientation ou de dérive de trajectoire.

Pour limiter ce phénomène, les ingénieurs soviétiques ont opté pour une solution aussi rudimentaire qu’efficace. Au moment du tir, les contrôleurs au sol ont allumé les propulseurs de la station dans un effort grossier pour contrebalancer le recul. L’idée consistait à créer une poussée inverse simultanée, capable d’annuler une partie de l’impulsion générée par les obus quittant le canon à près de 850 mètres par seconde. Le procédé n’avait rien de raffiné, mais il a fonctionné suffisamment bien pour que la station reste stable pendant les trois salves.

L’épisode reste, encore aujourd’hui, unique dans l’histoire de la conquête spatiale : aucune autre nation n’a revendiqué avoir tiré une arme à feu en orbite depuis ce 24 janvier 1975. Quelques mois plus tôt, en août 1974, une deuxième tentative d’équipage vers Saliout 3 avait déjà tourné court, le vaisseau Soyouz 15 ratant l’amarrage après un dysfonctionnement du système de rendez-vous automatique, un incident qui avait précipité l’abandon de la station et, indirectement, précipité ce tir final sans témoin humain à bord.

Sources : nationalinterest.org | nationalinterest.org

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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