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En Ontario, des acteurs du secteur forestier jugent que la province a encore beaucoup à faire pour stabiliser l’industrie, qui fait face à une crise exacerbée par la guerre tarifaire avec les États-Unis. Ottawa et l’Ontario ont déjà établi de nombreux programmes et subventions en vue de soutenir l’industrie forestière, mais des experts croient qu’une refonte complète du secteur est nécessaire.
Depuis plusieurs mois déjà, les entreprises du secteur forestier doivent payer des droits de douane de 45 % sur toutes les exportations de bois d’œuvre vers les États-Unis.

Ian Dunn souligne que l'Ontario est ouverte à ses idées, mais il attend qu'elles se concrétisent. (Photo d'archives)
Photo : OFIA
Ian Dunn, président-directeur général de l'Association des industries forestières de l'Ontario (OFIA), reconnaît que la stratégie ontarienne mise en place depuis 2020 contient d’excellents objectifs et de très bonnes mesures, mais il espère observer davantage de réformes et services en vue de soutenir l’industrie forestière.
Il souhaite notamment que les industries forestières ontariennes aient accès aux fonds disponibles sous le Programme de financement pour protéger l’Ontario, qui permet aux entreprises éligibles d’obtenir un prêt à terme d’au moins 250 000 dollars.
Pour l’instant, seules les entreprises des secteurs de l’automobile, l’acier et l’aluminium — qui payent des droits de douane de l’article 232 — ont accès à ces fonds.
Aucune véritable décision n’a été prise quant à la capacité du secteur forestier d’accéder à ces fonds, bien qu’on doit payer les tarifs douaniers de l’article 232, déplore M. Dunn.

Le bois d'œuvre est la cible de droits de douane américains de 45 %. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Lise Millette
Il suggère également que les droits de coupe soient fixés en fonction des réalités sur le marché.
Nous croyons fermement en un système de droits de coupe basé sur le marché. Donc, ce que le marché peut payer, cela devrait être le prix, lance-t-il.
Le président de l’OFIA réclame également la réduction de la paperasserie, et une transformation de la réglementation pour permettre aux entreprises d’exporter plus de produits plus rapidement.
C’est de pouvoir charger plus de bois sur les camions afin que le coût de transport du bois vers les usines soit plus bas et plus en phase avec notre concurrence, poursuit-il.
[Les ministres] sont tous très réceptifs et ouverts à ces discussions. Nous cherchons simplement à savoir quelle est la prochaine étape et quand cela va se concrétiser.
Un besoin de refonte complète de l’industrie
C’est un domaine dans lequel je pense que le gouvernement devrait apporter davantage de soutien, lance Mathew Leitch, professeur en science du bois et produits forestiers de l’Université Lakehead.
Vous voulez soutenir l’industrie ? Commencez à construire de nouvelles structures en bois […] Ils veulent que nous réduisions notre empreinte carbone. C’est un moyen facile d’y arriver. Construisez avec du bois, plantez plus d’arbres, s’exclame-t-il.
M. Leitch affirme qu’il est dans l’intérêt des scieries et papetières de diversifier leurs produits, afin de mieux répondre à la demande et stabiliser leurs opérations.

Mathew Leitch reconnaît que l'industrie forestière a besoin de diversifier ses produits. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Capture d'écran
Il souligne notamment la possibilité de remplacer chaque produit dérivé du pétrole par les produits chimiques issus de l’arbre ou encore de se servir des usines de pâte à papier pour alimenter le réseau électrique, particulièrement dans les régions où l’énergie est rare.
Je pense que le gouvernement doit regarder où sont nos forces et y investir massivement, car c’est l’une de nos plus grandes industries au Canada […] Ce serait vraiment dommage que l’industrie fondatrice de ce pays fasse une chute libre, dit-il.
Jean-Charles Cachon, professeur émérite à la faculté de gestion à l’Université Laurentienne, croit pour sa part que le seul moyen de pérenniser l’industrie serait d’effectuer une refonte complète.
Pour lui, l’industrie forestière a besoin d’une révolution dans la gestion des forêts, d’améliorer sa productivité en diversifiant sa production, ainsi que d’obtenir de nouveaux marchés.
Il cite par exemple la Finlande, qui a réussi à modifier complètement sa gestion forestière et également à développer une quantité de nouveaux produits.
Il y a certainement de la place pour une émulation et une imitation de ce qu’ont fait les Finlandais. Il semblerait qu’on a une industrie au Canada qui ferme les yeux et qui se bouche les oreilles quand on leur parle de modèle à l’étranger, indique M. Cachon.

Jean-Charles Cachon reconnaît que révolutionner l'industrie forestière nécessitera des investissements des secteurs public et privé. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Dans une déclaration, l’Ontario indique qu’il a déjà un plan clair et ciblé de soutien au secteur forestier.
On cite notamment l’investissement de plus de 250 millions de dollars dans le secteur depuis 2022, pour moderniser les scieries, renforcer les chaînes d’approvisionnement, réduire les coûts en énergie et débloquer de nouveaux marchés pour les produits du bois de l’Ontario.
Nous continuerons de prendre des mesures pour renforcer le secteur forestier de l’Ontario, créer des emplois et accroître la capacité concurrentielle du secteur , peut-on lire dans la déclaration.
Pour ce qui est du gouvernement fédéral, la Banque de développement du Canada (BDC) indique qu’elle a approuvé deux transactions en Ontario pour un montant de 13,5 millions de dollars, soit 5,3 % de toutes les approbations en date du 3 mars 2026.
En date du 3 mars 2026, la BDC avait approuvé des garanties totalisant 256 millions de dollars pour 18 entreprises dans l’ensemble du pays.


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