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En 2016, l’Ontario a décroché un statut de membre observateur à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cette coopération a-t-elle répondu aux espoirs semés lors du Sommet de la Francophonie à Madagascar? Le bilan de cette alliance se concentre dans l’atteinte d’objectifs économiques, croient les experts, alors qu’Ottawa souhaite accueillir le Sommet de la Francophonie en 2028.
Lorsque l’Ontario devient membre de l'OIF, c’est l'aboutissement d’une dizaine d'années de tentatives pour y adhérer. À cette époque, les libéraux provinciaux détenaient le pouvoir à Queen’s Park.
Marie-France Lalonde occupait le poste de ministre déléguée aux Affaires francophones à l’époque. Elle se souvient que c’était un dossier prioritaire pour le gouvernement de Kathleen Wynne.
On rehaussait le profil de la province dans des domaines comme la culture et l'éducation, précise l’actuelle députée fédérale d’Orléans.
Celle qui était présente au Sommet à Madagascar se souvient avec émotion d’avoir amené le drapeau de l'Ontario au sein de l'assemblée une fois que notre statut a été validé.

Marie-France Lalonde était ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario au moment où la province a joint l’OIF comme membre observateur. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Chris Young
La professeure titulaire à la Faculté des sciences humaines à l’Université Saint-Paul, Aurélie Lacassagne, dresse un portrait mitigé de cette première décennie de l’Ontario au sein de l’organisation.
Il y a eu quelques ententes, mais rien de vraiment nouveau par rapport à ce qui se faisait avant l’entrée à l’OIF [...] dont aucune avec l’Afrique, poursuit-elle.
La professeure émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal, reconnaît qu’il n’y a pas eu beaucoup d’ententes conclues en 10 ans, mais elle est d’avis qu’il ne faut pas négliger les retombées en matière de visibilité que l’Ontario obtient en étant membre de l’OIF.
C’est quand même important pour la francophonie ontarienne de dire qu’on participe pleinement à la francophonie internationale.
Selon elle, cette contribution permet de favoriser le français comme une valeur ajoutée en Ontario.
Mme Cardinal rappelle l’implication ontarienne aux événements de réseautage de la Francophonie comme FrancoTech, un événement économique majeur organisé en marge du Sommet de la Francophonie.
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, juge quant à lui que l’Ontario a pris sa place au sein de la francophonie internationale depuis une décennie.
Il identifie comme premières retombées les ententes conclues entre l’Ontario et la Wallonie-Bruxelles, de même qu'avec la Louisiane.

Le président de l’AFO, Fabien Hébert (à gauche), ainsi que la ministre Caroline Mulroney (au centre) au tout premier kiosque de l’Ontario lors du dernier Sommet de la Francophonie.
Photo : Avec l'autorisation de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario
M. Hébert souligne aussi la présence d’un premier kiosque de l’Ontario au plus récent Sommet international de la Francophonie, tenu à Paris, en 2024.
Pour lui, le rôle d’observateur de l’Ontario au sein de l’OIF apporte un prestige et un rayonnement que la francophonie ontarienne n’avait pas auparavant.
Une participation axée sur l’économie
La professeure émérite Linda Cardinal souligne la continuité transpartisane du gouvernement de l’Ontario au sein de l’OIF, malgré le changement de gouvernement, survenu en 2018 avec l’arrivée de Doug Ford au pouvoir.
La participation de l’Ontario au sein de l’OIF s’est construite en deux temps, selon la professeure titulaire Aurélie Lacassagne.
Sous les libéraux, c’était plus d’ordre symbolique tandis que, sous les progressistes-conservateurs, c’est nettement plus tourné vers l’économie, relève-t-elle.

La professeure titulaire à la Faculté des sciences humaines à l’Université Saint-Paul, Aurélie Lacassagne. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Wright
L’intérêt de l’Ontario au sein de l’OIF est résolument économique, contrairement au Québec et même au Nouveau-Brunswick, où il y a aussi un intérêt culturel et identitaire.
Une approche qui ne déplaît pas à Fabien Hébert.
Les 5 % de francophones de l’Ontario contribuent à 10 % du PIB de la province. Jumelée avec notre présence à l'OIF, ça vient vraiment démontrer l’apport de la francophonie ontarienne, soutient-il.
La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, assume le positionnement économique pris par la province, indiquant que cette approche s’inscrit directement dans la Stratégie de développement économique francophone lancée en 2021 par son gouvernement.

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, au plus récent Sommet de la Francophonie, qui s’est tenu à Paris en 2024.
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
L’Ontario contribue activement au développement de la Francophonie économique, notamment par la participation d’entreprises ontariennes aux Missions économiques de la Francophonie depuis 2022, reconnaît la Représentation de l’OIF pour les Amériques, dont relève l’Ontario, dans une note transmise par courriel.
Linda Cardinal observe aussi l'intérêt marqué de l’Ontario pour l’économie. Ça permet de mettre en valeur les gens d’affaires de l’Ontario français dans les missions commerciales, remarque-t-elle.
On ne peut qu’en demander plus de la part de l’Ontario uniquement sur ce plan-là, ajoute-t-elle.
D’observateur à membre à part entière?
C’est à titre de membre observateur que l’Ontario a joint les rangs de l’OIF, sans droit de vote. Un statut qui n’a pas changé en une décennie.
La question qu’on se pose, après 10 ans, c’est si l’Ontario a l’intention de devenir membre à part entière?, lance Aurélie Lacassagne.
Fabien Hébert espère que l’Ontario le deviendra, à l’instar du Québec et du Nouveau-Brunswick.
Notre souhait, c’est que ça soit chose faite pour le Sommet de 2028. Ça serait un bon moment.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Fabien Hébert. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sarah Tomlinson
Il confirme que son organisme en a formulé le souhait auprès du gouvernement ontarien et que des discussions ont eu lieu en ce sens.
Du côté du gouvernement, on ne semble pas prêt à changer de statut.
À titre de membre observateur, l’Ontario bénéficie déjà d’un accès privilégié aux réseaux, aux initiatives économiques et aux partenariats de l’OIF.
Notre priorité demeure de maximiser les retombées pour les entreprises, les travailleurs et les communautés francophones de la province, détaille la ministre Caroline Mulroney dans une déclaration transmise par courriel.
Linda Cardinal ne croit pas non plus à un changement de statut prochainement, estimant que le gouvernement de l’Ontario semble assez à l’aise avec le statut qu’il a en ce moment.
L’Ontario n’a pas des obligations particulières au sein de l’OIF, mais elle semble en profiter beaucoup de par la visibilité qu’elle obtient.
Elle rappelle toutefois qu’un changement de statut peut se faire graduellement.
On peut passer d'observateur à membre associé avant de devenir membre à part entière. On pourrait y aller par étapes. C’est une approche qu’on aime bien en Ontario en matière de francophonie, l’approche de “la politique des petits pas”.
L’OIF continue d’encourager une plus grande implication de l’Ontario au sein de la Francophonie et de consolider sa coopération avec la province, indique la Représentation de l’OIF pour les Amériques.

La professeure émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal. (Photo d'archives)
Photo : Avec l'autorisation de Linda Cardinal
Mme Cardinal mentionne que, depuis l’arrivée de l’Ontario à l’OIF, la Nouvelle-Écosse s’y est jointe aussi comme membre observateur et que le Manitoba veut suivre.
Selon elle, l'Ontario n'est donc pas le seul gouvernement au sein de l’organisation à y voir un type d’espace pour favoriser le développement, les échanges et la collaboration même avec un statut de membre observateur.
Un Sommet en Ontario en 2028?
En décembre dernier, le premier ministre Mark Carney annonçait que le Canada serait candidat pour accueillir le Sommet de la Francophonie à Ottawa en 2028.
On a vraiment hâte de connaître la réponse sur la candidature du Canada. Ça serait une occasion rêvée que ça se tienne chez nous pour faire vraiment valoir la francophonie ontarienne, affirme le président de l’AFO, Fabien Hébert.
On espère que le Canada aura du succès dans sa demande : on pourra faire la démonstration de ce qu’on a à offrir au monde.

La France a accueilli le dernier Sommet de la Francophonie en octobre 2024. Le prochain aura lieu au Cambodge en 2026.
Photo : Associated Press / Aurélien Morissard
Le gouvernement de l’Ontario appuie avec enthousiasme la candidature du Canada, confirme la ministre Caroline Mulroney.
Mon objectif est que, lorsqu’il est question de la francophonie canadienne, on pense aussi à l’Ontario, indique-t-elle dans une déclaration écrite.
Linda Cardinal estime que le moment serait bien choisi en 2028 avec la fin du plan d’action pour les langues officielles.
Ça serait une occasion pour faire rayonner le français, pour montrer l’action du gouvernement canadien en matière de francophonie et comment ça peut se transposer sur le plan international, conclut-elle.


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