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La guerre sans fin des États-Unis contre l'Iran scellera-t-elle la chute du Parti républicain aux législatives de la mi-mandat ? La logique le voudrait et les sondages vont dans ce sens. Les Démocrates ne sont pas pour autant rassurés et certains experts leur prédisent une mauvaise surprise en novembre parce qu'ils ont exposé leurs divisions lors des primaires et manquent de force de conviction pour emporter les suffrages. Aussi la situation au Moyen-Orient pourrait-elle ne pas suffire à faire pencher la balance, raison pour laquelle sans doute les Républicains ne s'empressent pas de désavouer son principal responsable, Donald Trump.
Le conflit, qui entrera bientôt dans son septième mois, est, certes, impopulaire. Très impopulaire, avec seulement trois électeurs sur dix qui approuvent la façon dont leur Président gère la crise. Il est aussi impopulaire que le furent la guerre du Vietnam ou l'enlisement en Afghanistan, mais sans qu'il eût fallu attendre aussi longtemps pour enregistrer un tel niveau de désapprobation. Cinq mois ont, en effet, suffi pour que 68 % des Américains décrètent que les hostilités contre l'Iran "n'en valent pas la peine" ; ils avaient mis douze ans pour parvenir à cette conclusion à propos de l'Afghanistan.
"Si les États-Unis vont trop loin, l'Iran frappera l'Europe"Une Amérique affaiblie, et non renforcée
Non seulement deux tiers des Américains estiment que cette guerre est "une erreur", mais ils pensent aussi majoritairement (45 % contre 33 % dans un sondage de l'université Quinnipiac le mois dernier) qu'elle a affaibli les États-Unis sur la scène internationale au lieu de les renforcer. De quoi battre en brèche les arguments de sécurité nationale que la Maison-Blanche invoque pour justifier une entreprise dont beaucoup dénoncent l'invraisemblable amateurisme.
Le jugement est d'autant plus sévère que Washington paraît désormais en position d'infériorité face à Téhéran, désespérant au mieux de rétablir la situation qui prévalait auparavant, à savoir un détroit d'Ormuz ouvert librement à la circulation des navires – on est loin, très loin, de l'élimination de la "menace iranienne" que devaient garantir l'éradication du programme nucléaire et, dans la foulée, un changement de régime. Le sentiment général est, au contraire, que l'Iran sortira consolidé de l'aventure, et pour longtemps.
Ce récent sondage risque de ne pas plaire à TrumpUn désengagement au Moyen-Orient
Des informations de la presse américaine mercredi ne sont pas de nature à modifier cette opinion : le Pentagone envisagerait de réduire significativement la présence des États-Unis au Moyen-Orient. Quelque 200 installations militaires américaines ont été endommagées ou détruites pendant le conflit, et l'on songerait à Washington à ne pas réparer ou reconstruire. La facture (5 milliards de dollars au moins) viendrait alourdir une ardoise déjà salée (la guerre a coûté plus de 37 milliards jusqu'ici), mais c'est leur vulnérabilité qui dicterait le choix d'éloigner prudemment les forces américaines de la région.
Paradoxalement, et c'est là que réside l'espoir des Républicains, si le conflit avec l'Iran est impopulaire, il n'intéresse pourtant pas exagérément l'Américain moyen, hormis peut-être quand il passe à la pompe et paie désormais l'essence beaucoup plus cher. Cela s'explique par le fait que les hostilités n'ont fait que peu de victimes du côté américain (six morts sont à déplorer) et que la Maison-Blanche s'est bien gardée d'engager des troupes sur le sol iranien. Un défilé de cercueils sur les bases militaires aurait certainement un tout autre impact.
Trump dit qu'il va déclarer que le détroit d'Ormuz est "un territoire des Etats-Unis"Une solidarité de façade
Pour l'heure, s'ils n'en pensent pas moins, les candidats républicains aux scrutins du 3 novembre s'abstiennent donc de critiquer publiquement la politique iranienne de Donald Trump. Cela leur permet d'afficher leur patriotisme en disant soutenir les soldats sur le front, et de ne pas hypothéquer l'appui des électeurs qui restent aveuglément fidèles au Président. Ils sont rares ceux qui, comme le sénateur de la Virginie-Occidentale Jim Justice, fustigent un "désastre" qui pèse sur le pouvoir d'achat des ménages américains. En rappelant que Donald Trump s'était fait élire en leur promettant de réduire le coût de la vie.
Les Démocrates pourraient exploiter les errements de la Maison-Blanche, qui trahissent un profond désarroi. Donald Trump ne vient-il pas de menacer de bombarder… le sultanat d'Oman, pays du Golfe avec lequel les États-Unis ont passé un accord stratégique de défense en 1980 (renouvelé et élargi en 2019) qui leur donne un accès privilégié à ses ports et aéroports ? Au lieu de quoi des élus démocrates ont pris pour cible la vie privée du Président en évoquant l'omniprésence ambiguë d'une accorte jeune femme de 35 ans, Natalie Harp, qui ne le quitte pas d'une semelle.
"Il joue au golf et à la Bourse, il ne veut pas faire le boulot. Il veut construire sa salle de bal et voyager avec Natalie sur leur palace volant offert par l'émir du Qatar", a ainsi lancé lors d'un meeting, dimanche, le sénateur Jon Ossoff, qui défend périlleusement un siège crucial en Géorgie. L'assistance a ri et applaudi, tandis que Donald Trump fulminait. Il n'est pas certain, toutefois, que l'allusion à une relation extraconjugale porte bien loin. Non seulement il est de notoriété publique que Harp est une collaboratrice dévouée au Président depuis la première heure, mais on sait aussi, avec Bill Clinton et l'affaire Lewinsky, que les Démocrates n'ont guère de leçons de moralité à donner.
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