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L’incroyable histoire des juges qui osèrent condamner leur propre camp… et ce que la République en fit

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Auteur(s) Xavier Azalbert, France-Soir Publié le 03 août 2026 – 20:20

Lundi 3 août 2026 – L’incroyable histoire des juges qui osèrent condamner leur propre camp… et ce que la République en fit

France-Soir

Il était une fois des juges.

Dans les années 1990, des magistrats comme Renaud Van Ruymbeke et Eva Joly ont osé attaquer frontalement des réseaux de financement occultes qui touchaient le cœur du pouvoir. L’affaire Urba, l’affaire Elf : des dossiers où des élus, des ministres, des dirigeants de partis de gouvernement se retrouvaient dans le collimateur. Ces juges ont perquisitionné, inculpé, mis en examen des hommes de leur propre univers institutionnel. Ils ont fait avancer la machine judiciaire contre leur camp.

La réponse ne s’est pas fait attendre. Pressions, campagnes de dénigrement, tentatives de dessaisissement, accusations de « partialité » et d’« acharnement ». Certains ont reçu des menaces. D’autres ont quitté la magistrature, usés, déclarant publiquement leur lassitude face à un système qui n’acceptait pas d’être jugé. Et pendant ce temps, d’autres dossiers s’enlisaient, des prescriptions tombaient, des arrangements politiques effaçaient une partie des responsabilités. Le système avait su se protéger.

Ce n’est pas une invention. C’est un schéma récurrent. Sous la IIIe République, la Haute Cour condamne parfois des figures politiques… avant que des lois d’amnistie ne viennent, quelques années plus tard, tout effacer. Après la Libération, les chambres civiques frappent des dizaines de milliers de personnes pour indignité nationale… avant que les amnisties de 1951 et des années suivantes ne réduisent massivement les sanctions. Chaque fois, la République a su condamner un jour pour mieux absoudre le lendemain, dès lors que l’unité, la stabilité ou l’intérêt supérieur l’exigeaient.

La prescription et l’amnésie collective ne sont pas des accidents. Elles sont des instruments. La justice devient alors, comme l’écrivait Camus dans L’Homme révolté, tantôt vengeance déguisée, tantôt pure illusion : un théâtre où l’on joue l’égalité pendant que le vrai pouvoir se déroule en coulisses.

Deux poids, deux mesures : petite leçon d’histoire comparée.

Sous l’Ancien Régime, le noble bénéficiait du privilège de juridiction. Le roturier était jugé plus durement, plus vite, plus définitivement. La Révolution promit d’en finir. Deux siècles plus tard, le privilège a changé de costume. Il ne se dit plus « noblesse ». Il se dit « utilité politique », « stabilité institutionnelle », « intérêt supérieur de l’État ». On a vu des dossiers de prise illégale d’intérêts, de conflits d’intérêts, de financements opaques s’enliser pendant des années avant de mourir de prescription. On a vu des peines aménagées, des classements sans suite, des non-lieux motivés par des subtilités que le justiciable ordinaire ne connaîtra jamais.

Et l’actualité de cet été 2026 en offre deux illustrations saisissantes.

D’abord les feux. En Gironde, près de 50 000 hectares ont brûlé. Des centaines de maisons détruites dont 180 dans la seule ville du Porge (33). Près de 220 000 personnes évacuées. Un record national de surfaces brûlées déjà atteint. Pendant que les pompiers se battaient avec un courage admirable, on a redécouvert, une fois de plus, la faiblesse chronique des moyens, les annulations de commandes de Canadairs, l’impréparation. Puis, comme toujours, viendra le temps de l’oubli. Les responsabilités se dissiperont dans les commissions, les rapports et les prescriptions. On condamnera peut-être quelques auteurs de mises à feu. Mais ceux qui ont laissé le système se déliter année après année ? Ils seront, eux aussi, amnistiés par le silence. Cependant un collectif de 700 personnes demande la transparence et des comptes sur ce qui s’est réellement passé au Porge. Les questions fusent – « récupération complotiste » accuse le premier ministre, une réponse politique inadéquate envers des personnes qui ont tout perdu. Et pourtant l’adjointe au maire du Porge explique bien que « les pompiers avaient eu ordre de repartir du Porge pour aller sauver Lège-Cap-Ferret ». Un double discours qui ne passe pas.

⚡️SUIVI – « Dès le début de la soirée, les pompiers avaient eu ordre de repartir du #Porge pour aller sauver Lège-Cap-Ferret, alors qu’on avait des flammes partout, que tout le monde n’était pas évacué », rappelle Nathalie Augonnet, adjointe au maire du Porge. Sur toutes ces…

— Brèves de presse (@Brevesdepresse) August 3, 2026

Ensuite Ceuta. En quelques jours, 50 000 à 60 000 personnes ont franchi la frontière de l’enclave espagnole. Des dizaines de morts par noyade. Un afflux sans précédent qui a fait trembler l’Europe. La France a multiplié par cinq ses contrôles à la frontière espagnole. L’Italie a suspendu la libre circulation. Et pendant que l’on s’indigne, que l’on renforce les dispositifs, que l’on cherche des responsables du côté des « mafias » ou d’une décision de justice espagnole, une question demeure : qui, dans les capitales européennes, portera réellement la responsabilité politique de l’impréparation, des accords fragiles, des aveuglements successifs ? Là encore, la machine de l’oubli est déjà en marche.

Les juges des années 1990 avaient cru pouvoir résister. Ils avaient cru que la robe les rendait intouchables. Ils avaient oublié que le système, lorsqu’il se sent menacé, sait toujours se réconcilier avec lui-même. Il condamne un jour. Il absout le lendemain. Et ceux qui ont osé trop regarder finissent, eux aussi, par être « réintégrés » dans le grand silence… ou par en sortir, usés.

Aujourd’hui, en ce 3 août 2026, alors que les braises continuent de couver en Gironde et dans le Var, alors que les frontières européennes se referment dans l’urgence, la leçon reste la même. Une justice qui sait condamner son propre camp pour mieux l’amnistier ensuite n’est plus une justice. C’est une administration de l’oubli. Une machine à produire de l’amnésie collective. Et un peuple qui regarde cette machine fonctionner – face aux forêts qui brûlent et face aux crises qui débordent – finit par comprendre que le bandeau de Thémis n’est pas seulement glissé. Il a été soigneusement retiré.

La République préfère oublier plutôt que punir.
Jusqu’au jour où il n’y aura plus rien à oublier… parce qu’il n’y aura plus rien à sauver.

Source : France Soir

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