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Depuis la découverte des dorsales médio-océaniques dans les années 1950 et l'établissement progressif de la théorie de la tectonique des plaques, la formation de la croûte océanique était vue comme un processus purement magmatique : l'extension qui écarte les deux plaques tectoniques génère une remontée de manteau asthénosphérique qui, par décompression, fond et produit du magma. En cristallisant à différentes profondeurs, celui-ci va ainsi donner naissance à une nouvelle croûte océanique composée de matériel mafique (basaltes, gabbros, complexe filonien) d'une épaisseur typique de six à sept kilomètres.

Cartographie des fonds océaniques réalisée par Marie Tharp, Bruce Heezen et Heinrich Berann en 1977. © Berann, Heezen, Tharp, Library of Congress

Cartographie des fonds océaniques : l’héritage de Marie Tharp

Aujourd’hui, la cartographie des fonds marins est principalement réalisée par altimétrie satellite, méthode qui permet d’avoir une couverture globale de tous les océans de la Planète. Mais on oublie le travail titanesque qui a été nécessaire à l’élaboration des premières cartes dans les années 1950. À l’œuvre, une femme : Marie Tharp.... Lire la suite

Mais dans les années 1980, la multiplication des études de la croûte océanique, notamment par imagerie sismique, révèle un schéma bien plus complexe. Sur la dorsale médio-Atlantique notamment, on observe par endroits une croûte bien plus fine que prévu, de trois kilomètres d'épaisseur seulement. Pour comprendre sa composition et sa formation, des dragages vont être réalisés. Et là, surprise : les roches remontées ne sont pas des basaltes et des gabbros comme attendu, mais des péridotites. Autrement dit, des roches du manteau !

Dans les années 1980, on découvre que la croûte océanique n'est pas uniforme et ne correspond pas forcément au modèle « classique » d'origine magmatique (à gauche). Il existe des zones où des roches du manteau affleurent directement sur le fond océanique (à droite). © Plateforme Eduterre de l’ENS Lyon

Du manteau qui affleure au fond de l’océan

La question qui se pose alors est : comment ces roches ont pu arriver à la surface de la croûte océanique ? Ce dilemme va motiver de nombreuses études et notamment des observations directes du fond océanique grâce à des submersibles. On découvre alors que les zones de croûte anormalement fines correspondent à de gigantesques dômes, où roches mafiques et ultra-mafiques (du manteau) sont présentes en proportions variables. Leur surface régulière contraste fortement avec le reste du plancher océanique « classique » bien plus rugueux.

Basaltes en coussin. © NOAA

Créer de la croûte océanique sans magma : quand les failles jouent au flip-flop

Les dorsales océaniques sont traditionnellement considérées comme les plus grandes structures volcaniques sur Terre. La croûte océanique y est créée en continu et de façon symétrique. Ce processus représente le moteur de la tectonique des plaques et de l’écartement des continents. Pourtant, nous savons depuis plusieurs années que le mécanisme de création du plancher océanique n’est pas unique. En de nombreux points du globe, il s’avère en effet que l’accrétion océanique se fait avec peu, voire pas de magma. Dans ce cas, ce sont les failles qui jouent le premier rôle.... Lire la suite

Or, les géologues connaissent bien ce type de formation dans les continents, notamment dans le Basin and Range américain. On les appelle les « core complexes ». Il s'agit de structures en dôme, formées par le jeu de grandes failles extensives particulières qui permettent d'exhumer des roches profondes de la croûte. Les core complexes continentaux sont donc d'origine tectonique. Et s'il en était de même avec les core complexes océaniques ?

Une révolution en sciences de la Terre

Les études menées dans les années 2000 vont ainsi démontrer définitivement que la surface de ces dômes au fond de l'océan correspond bien au plan d'une faille. L'image sonar publiée en 2009 constitue l'une des illustrations les plus marquantes de cette révolution.

Image d'un core complexe océanique constituée par imagerie sonar en 2009, sur la dorsale médio-océanique. © MacLeod et al. 2009, Earth and Planetary Science Letters

Pour la première fois, la surface d'un core complexe océanique apparaît avec une telle précision, révélant la géométrie caractéristique de la faille de détachement qui a exhumé les roches profondes. Ces résultats vont permettre de proposer un nouveau modèle d'accrétion océanique, dans lequel le magmatisme n'est plus forcément le processus dominant. Il s'agit d'une évolution conceptuelle forte, qui a profondément modifié notre compréhension du fonctionnement des dorsales.

Schéma montrant la formation des core complexes océaniques (à gauche), au niveau d’une dorsale lente, par le biais d’une faille de détachement. À droite, la croûte est d'origine magmatique. © Marco Maffione, article paru dans la revue Scientific Reports, Licence CC-by-NC-ND 3.0

Au-delà de son importance pour la tectonique des plaques, la découverte de processus d'exhumation du manteau sur le fond océanique a bien d'autres implications, notamment sur notre compréhension des échanges chimiques entre la lithosphère et l'océan.

Il existe un cycle profond de l'eau, qui implique le manteau terrestre et est aujourd'hui étroitement lié à la tectonique des plaques. © Honey, Adobe Stock (image générée avec IA)

L’eau des océans disparaît aussi sous nos pieds : ce cycle profond existe depuis plus de 3 milliards d’années !

L'eau ne fait pas que tomber du ciel et retourner aux océans : elle s'enfonce aussi dans les profondeurs de la Terre. Des géologues viennent de montrer que ce cycle caché était déjà à l'œuvre il y a plus de 3 milliards d'années, révélant une Terre primitive bien plus dynamique qu'on ne l'imaginait.... Lire la suite

On considère aujourd'hui que ces processus jouent ainsi un rôle fondamental dans les cycles du carbone, de l'hydrogène, du soufre et de plusieurs métaux. Ils pourraient même avoir été déterminants dans l'apparition de la vie sur Terre, et constituent aujourd'hui des analogues privilégiés pour rechercher des environnements habitables sur d'autres mondes océaniques.

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