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L’Eurovision, pour ses 70 ans, est plus que jamais sous tension, entre le boycott sans précédent ou l’homophobie

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L’édition 2026 du grand concours européen de la chanson risque d’être scrutée de près. Plus que d’habitude ? On dirait bien.

De gros nuages gris flottent en ce moment au-dessus de Vienne, promettant de sérieux risques d’intempéries. La raison tient en un mot : Eurovision. Ce samedi 16 mai, la finale du plus populaire des concours de la chanson se déroule dans la capitale autrichienne dans un climat sous haute tension, qui n’a rien à voir avec la météo.

La présence d’Israël déchire l’Europe : 35 diffuseurs ont répondu présent (Bulgarie, Roumanie et Moldavie ayant décidé de faire leur retour respectif après trois, deux et un ans d’absence), tandis que cinq autres ont pris la décision de boycotter l’événement.

Parmi eux, l’Islande. Le pays nordique insulaire, qui participe à l’Eurovision depuis 1986, a annoncé par la voix de son diffuseur – la télévision publique RÚV – se retirer en décembre dernier, « compte tenu du débat public [sur son territoire] et des réactions à la décision de l’UER » vis-à-vis de l’État hébreu, invité depuis 1973.

Le même mois, la majorité des membres de l’Union européenne de radiotélévision avaient estimé qu’il n’était pas nécessaire de « procéder à un nouveau vote sur la participation » du pays gouverné par Netanyahu, précisant qu’il était éligible au même titre que tous les autres ayant accepté de « se conformer aux nouvelles règles » du jeu.

Visant à assurer la neutralité du télé-crochet, l’une d’entre elles limite désormais à 10 le nombre maximal des voix par mode de paiement contre 20 auparavant. Une façon d’éteindre les controverses suscitées par le coup de pouce spectaculaire accordé à la chanteuse israélienne Yuval Raphael. Pourtant snobée des jurys nationaux, celle-ci était arrivée seconde du concours en 2025 grâce au vote du public.

Un des « Big Five » se retire

Quelques minutes après cette décision, l’Espagne a, elle, confirmé son boycott. « Ce qui s’est passé à l’assemblée de l’UER confirme que l’Eurovision n’est pas un concours de chansons, mais un festival dominé par des intérêts géopolitiques », a déploré sur X le président de la chaîne de télévision publique espagnole RTVE, José Pablo López.

Idem pour les Pays-Bas, la Slovénie et l’Irlande, dont le Premier Ministre revendique « un acte de solidarité envers les journalistes tués en violation du droit international humanitaire pendant ce conflit ». Près de la moitié d’entre eux a trouvé la mort en 2025 dans la bande de Gaza, selon un rapport de Reporters sans frontières.

En plus de leur absence, les diffuseurs irlandais, espagnol et slovène ne diffuseront pas le concours à l’antenne. Le premier va montrer un épisode de la série Father Ted. Le second, un événement musical. Et le troisième, un programme consacré au sort des Palestiniens.

Inédite en raison de la présence de l’Espagne, qui compte parmi les cinq plus gros financiers du concours, la mobilisation s’est vue rejoindre par plus d’un millier d’artistes, dont le groupe Massive Attack et le rappeur Macklemore. Même son de cloche pour JJ, le vainqueur de l’édition 2025. La star de 2024, Nemo, a rendu son trophée.

Noam Bettan dans la langue de Molière

Le choix du candidat israélien, Noam Bettan, catalyse bien des tensions. Autorisé à parler aux médias à condition de ne rien dire des remises en question de sa participation ou de la guerre à Gaza, le chanteur de 28 ans, né de parents immigrés de France, vient défendre sa place avec Michelle, un titre en partie dans la langue de Molière.

Le candidat d’Israël, Noam Bettan, ici à Vienne, au mois de mai 2026.

picture alliance / dpa/picture alliance via Getty I

Le candidat d’Israël, Noam Bettan, ici à Vienne, au mois de mai 2026.

« Un de mes rêves, c’est de venir en France et d’y faire de la musique, en français », a-t-il déclaré à l’AFP, vantant les talents hexagonaux. Avant toutefois de préciser : « Israël reste mon pays, ma maison, et je ne renoncerai jamais à ça. J’ai toujours eu l’impression d’être entre deux mondes, jamais totalement l’un ou l’autre. »

Doit-on y voir une stratégie pour séduire le public français, très friand de l’Eurovision ? Quelques semaines avant la grande finale, son directeur a pour sa part « émis une lettre d’avertissement officielle » au diffuseur israélien KAN, des vidéos sur les réseaux avec une instruction de voter 10 fois pour Israël lui ayant été signalées.

Homophobie au Danemark

Divisée, l’ambiance en coulisses semble loin du « grand jeu », comme l’écrit France 24, sorti par les organisateurs pour célébrer l’anniversaire du concours, 70 ans cette année. Créé au tournant des années 1950, il avait été pensé dans un souci de réunification de l’Europe après la guerre autour de valeurs communes.

Théâtre de bien des enjeux diplomatiques au fil du temps, il s’est aussi distingué comme une scène d’expression majeure pour les artistes LGBT +, comme l’ont montré les victoires symboliques de la drag-queen à barbe Conchita Wurst ou de Nemo, interprète suisse non-binaire. Mais en 2026, rien n’est moins sûr.

Parmi les favoris, le Danois Søren Torpegaard Lund raconte être victime d’une vague de réactions homophobes dans son pays, pourtant réputé comme progressiste. Pire, il explique « que certaines personnes au Danemark ont essayé d’édulcorer [son] numéro ». À l’aise sur scène et extraverti, il a promis de « rester fidèle à lui-même ».

Découvrez ci-dessous des images de son show à venir :

Ailleurs, le Norvégien Jonas Lovv s’est vu demander d’y aller peut-être un peu plus molo, sa prestation ayant été perçue comme « trop sexy » par l’UER. Lui est en couple avec une femme, mais les mouvements saccadés de son bassin dans sa salopette scintillante pourraient ne pas convenir « aux familles », l’a-t-on mis en garde.

Vienne capitalise

Les débordements ont rarement lieu sur scène, à l’Eurovision. Aux alentours, si. La ville de Vienne se prépare. L’événement est placé sous très haute sécurité : plusieurs centaines de policiers sont mobilisés chaque jour, depuis le début des festivités en ville, mardi 12 mai.

Des militants pro palestiniens ont déjà couvert à coups de sifflet les discours dans le centre de la capitale de la ministre des Affaires étrangères, Beate Meinl-Reisinger, et du maire, Michael Ludwig, à l’occasion de la Journée de l’Europe. D’autres ont déposé des cercueils dans le centre-ville pour protester contre la venue d’Israël.

Ce même mardi, quatre spectateurs accusés d’avoir perturbé le passage de Noam Bettan lors de la première demi-finale ont, eux, été évacués par la sécurité. L’un d’entre eux a scandé « Stop the Genocide » et « Free Palestine » au début de la prestation, vue par des dizaines de millions de téléspectateurs. Deux slogans rendus inaudibles dans la version mise en ligne sur YouTube.

Aujourd’hui, le concours touche plus de 170 millions de personnes à la télévision et en streaming. Son contenu peut générer des milliards de vues sur les réseaux. Un boost incroyable, à côté duquel Vienne ne veut vraiment pas passer. Croisières musicales sur le Danube, visites de l’histoire queer de la ville, et ateliers pour préparer des saucisses… Son maire a mis les bouchées doubles. Ici, c’est une salle, deux ambiances.

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