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L’étonnant début de tournée de l’OSM avec «The Song of Hiawatha»

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L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) interprétera ce mercredi, à Édimbourg, en ouverture de sa tournée européenne, The Song of Hiawatha (Le chant de Hiawatha), un ensemble de trois cantates composées entre 1898 et 1900 par le musicien britannique Samuel Coleridge-Taylor (1875-1912). Le chef du célèbre Chœur du Festival d’Édimbourg, James Grossmith, contextualise pour Le Devoir cette présentation-événement d’une œuvre devenue rare.

Avant la Seconde Guerre mondiale, la trilogie de Coleridge-Taylor, The Song of Hiawatha, remportait un succès phénoménal sur les scènes anglaises. Un accomplissement majeur pour ce compositeur né en 1875 d’une mère anglaise et d’un père médecin originaire de la Sierra Leone. Samuel Coleridge-Taylor fut l’un des pionniers de la valorisation du patrimoine musical africain et afro-américain dans la musique classique occidentale. Il s’est ainsi vu attribuer le surnom de « Dvořák noir », et parfois celui de « Mahler africain », pour son style très romantique et grandiose hérité de son maître au Royal College of Music, Charles Villiers Stanford, qui le tenait pour un « génie ».

Deux destinées

« The Song of Hiawatha n’était pas seulement “très populaire”, nous dit James Grossmith. C’était littéralement l’œuvre la plus prisée du répertoire, seulement dépassée au Royaume-Uni par Le Messie de Händel. On parle ici de 800 chanteurs et 200 danseurs réunis chaque semaine pendant 12 semaines, année après année, de 1924 à 1939. Environ un million de personnes ont assisté à ces représentations de Hiawatha au Royal Albert Hall de Londres. »

Le désamour ultérieur s’explique par le déclin des grandes sociétés chorales au Royaume-Uni dans l’après-guerre, mais aussi parce que, « sur le plan culturel, il devenait difficile d’aborder cette œuvre à mesure que le regard sur la période coloniale évoluait ».

Même si Hiawatha demeure une « grande célébration de la culture autochtone », elle l’est par le filtre de la fin du XIXᵉ siècle, nuance James Grossmith. Quant à l’attachement historique du public envers cette pièce : « Tout le monde étudiait le poème de [Henry] Longfellow à l’école ; c’était un passage obligé en littérature anglaise et, jusqu’aux années 1950, tout le monde connaissait La mort de Minnehaha ou Le festin de noces de Hiawatha. Ensuite, la musique a pris une autre direction et les sensibilités ont évolué. Le public s’est senti mal à l’aise avec la vision un peu simpliste et exotique de la culture autochtone, ainsi qu’avec une lecture trop romantisée de l’histoire coloniale. C’est particulièrement vrai dans la troisième partie, Le départ de Hiawatha, où l’acceptation par les aînés de l’arrivée des missionnaires chrétiens paraît trop facile. Nous savons bien que la réalité a été autre. »

James Grossmith note toutefois que ce biais est largement imputable au poème de Longfellow lui-même, et qu’il « y a une immense chaleur dans la musique de Coleridge-Taylor, autour du personnage de Hiawatha et de son histoire ».

Retour en grâce

Au cours des dernières décennies, seul Le festin de noces de Hiawatha réapparaissait occasionnellement au programme. « C’est de la musique classique accessible et magnifiquement conçue, ce qui explique son immense popularité. » Pour autant, cette première cantate n’est pas supérieure aux deux autres : « Les plus belles pages musicales se trouvent dans les parties suivantes. Mais comme cette pièce était interprétée par des chœurs amateurs un peu partout, la première section était simplement la plus facile d’accès pour eux. »

La résurrection de l’œuvre à Édimbourg, qui réunit le fameux Chœur du Festival et l’OSM, s’inscrit dans une démarche thématique : « Le thème du Festival est axé sur l’histoire américaine, à l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis. Il était fondamental d’intégrer la narration et l’expérience autochtones dans cette programmation. Hiawatha s’inscrit parfaitement dans ce cadre, en dépit de l’exotisme et du romantisme d’époque. Il est important de revoir cette œuvre pour ce qu’elle est et de nouer à nouveau le dialogue avec une partition qui nous était si familière il n’y a pas si longtemps. »

Par ailleurs, le 150ᵉ anniversaire de la naissance de Samuel Coleridge-Taylor en 2025 a impulsé une véritable dynamique autour du compositeur. « Depuis deux ans, on observe un grand mouvement pour ramener sa musique dans les salles de concert. C’est un très grand créateur qui mérite d’être mieux connu. Il possédait une maîtrise fantastique de la mélodie et de l’orchestration », affirme James Grossmith.

Quant aux oppositions auxquelles s’est heurté Coleridge-Taylor de son vivant — et après sa mort prématurée en 1912 —, James Grossmith rappelle : « Le rêve de Gérontius d’[Edward] Elgar a été créé un an seulement après Le festin de noces de Hiawatha. Il existait une réelle rivalité entre eux, et Elgar s’est montré extrêmement critique envers la musique de Coleridge-Taylor lorsque les deuxième et troisième parties ont été publiées. Cela a certainement eu un impact. » Le chef de chœur ne manque pas de souligner par ailleurs que Coleridge-Taylor a dû faire face au racisme tout au long de sa vie. « Cela a aussi joué un rôle déterminant dans le parcours posthume de sa musique. »

Résurrection d’une grande œuvre oubliée ou simple feu de paille ? Réponse ce mercredi à Édimbourg, sous la baguette de Rafael Payare.

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