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« L’équation insoluble » du maintien à domicile dans Montmagny

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Le sujet du maintien à domicile est de toutes les plateformes électorales au Québec, mais il résonne particulièrement fort dans la municipalité régionale de comté (MRC) de Montmagny, où la population aînée est de près de 10 % plus élevée qu'ailleurs dans la province et où le taux de chômage est au plus bas.

Je te dis que je dépends des autres pas pire, souffle Josette Bisson. Depuis deux ans, elle a dû s'habituer au va-et-vient constant des préposées du CLSC et de la Coopérative de services à domicile de la MRC de Montmagny qui entrent, sept jours par semaine, dans son quatre et demie au cœur de Montmagny. Des anges qui la peignent et l’aident à se lever, à manger et à faire son ménage.

Une femme, assise dans un fauteuil, regarde l'objectif et porte une canule nasale.

Dans la MRC de Montmagny, un tiers des personnes aînées vivent seules. Le revenu moyen des personnes de 65 ans et plus est de 31 600 $. Il est de 40 960 $ dans l'ensemble du Québec.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

À 82 ans, Josette souffre d’une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) et d'ostéoporose. J’ai perdu ma liberté, lâche-t-elle, attachée qu’elle est au fil d’oxygène duquel elle doit constamment se dépêtrer.

Rien toutefois pour l'empêcher de voter. De son appartement. Je ne peux pas dire qu'il y a beaucoup de choses qui me préoccupent. Mais le maintien à domicile, ça me touche, c'est important, dit-elle.

Cette année, ça a été la ronde des préposées.

Depuis un an, les employées qui lui viennent en aide changent souvent. Ce sont de nouveaux visages qui entrent dans son intimité et auxquels il faut s'habituer et expliquer le fonctionnement de la maison. Il manque de personnel, souligne-t-elle.

L’énigme de la main-d’œuvre

Devant l’hôtel de ville de Montmagny, la mairesse ne passe pas par quatre chemins. On arrive avec une équation qui n'est pas soluble parce qu’on n'a pas de main-d'œuvre. On veut garder les gens chez eux, mais on n'a pas de logements non plus pour les accueillir, résume-t-elle.

Je vais avoir une réponse très simple : non, il n’y en a pas de main-d'œuvre à Montmagny.

Une personne assise dans un fauteuil roulant.

12,6 % de la population de la MRC de Montmagny est âgée de 75 ans et plus.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Là-bas, un poste sur 10 n’est toujours pas pourvu à la Direction du soutien à domicile et des services gériatriques. Dans la MRC voisine de L’Islet, c’est un sur cinq, selon Santé Québec Chaudière-Appalaches.

Hausse imminente de la demande

À la Coopérative de services à domicile de la MRC de Montmagny, on mise sur le bouche-à-oreille pour trouver des employés. On essaie de le présenter comme une sorte de revenu d'appoint pour un couple, explique Serge Kirouac, directeur général de la Coopérative, qui répond présentement aux besoins de 500 usagers.

Mais le temps presse. Dès la fin de l’automne, les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD) s’attendent à une augmentation de la demande en raison de l’adoption d’un décret gouvernemental en août qui prévoit le déploiement d’un projet vitrine d’accès en aide à domicile dans neuf régions du Québec, dont Chaudière-Appalaches.

Les EÉSAD devront ainsi offrir sous peu, en plus de l’aide à la vie domestique déjà offerte, des services d’assistance personnelle, comme des soins d’hygiène ou la distribution de médicaments, à toute la population de 65 ans et plus.

Cette clientèle pourra désormais, selon son revenu, bénéficier du Programme d'exonération financière pour les services d'aide domestique (PEPSAD). Pour le moment, seules les personnes recommandées par Santé Québec Chaudière-Appalaches ont accès à ces services gratuitement.

Ce que proposent les partis politiques en matière de maintien à domicile :

  • La Coalition avenir Québec (CAQ) veut bonifier de 200 $ le crédit d'impôt pour le soutien aux aînés.
  • Le Parti conservateur du Québec (PCQ) mise sur le déploiement de la paramédecine communautaire à domicile et sur l'intégration accrue du secteur privé financé par l'État.
  • Le Parti québécois (PQ) veut augmenter de 50 % le budget en soins à domicile en plus de faciliter l’accès au crédit d’impôt pour le maintien à domicile.
  • Le Parti libéral du Québec (PLQ) promet de bonifier les services de soins à domicile en ajoutant 700 M$ sur quatre ans.
  • Québec solidaire (QS) souhaite que les CLSC soient la porte d’entrée du système de santé en créant 400 points d’accès à la première ligne dans tout le Québec.

Un bain à 8 $ par semaine

La chose qui risque d'être la plus offerte, c'est des bains, illustre Serge Kirouac. Les personnes qui vont avoir l'aide maximale, ça va peut-être leur coûter 8 $ par semaine pour avoir un bain. C'est intéressant parce que ce n'était pas couvert par le PEPSAD, ajoute-t-il.

Combien de personnes devront être desservies et combien faudra-t-il en embaucher pour répondre à la demande? C’est le néant pour tout le monde, répond du tac au tac Serge Kirouac.

Ailleurs au Québec, il y a des régions avec des EÉSAD qui veulent refuser le projet vitrine. C’est l'inquiétude pour tout le monde.

Serge Kirouac, assis à son bureau, un crayon à la main.

Serge Kirouac est directeur général de la Coopérative de services à domicile de la MRC de Montmagny.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Le regroupement provincial des EÉSAD se veut rassurant. On n’est pas dans l’improvisation, assure J. Benoit Caron, directeur général du Réseau de coopération des entreprises d'économie sociale en aide à domicile. Il affirme que les trois régions qui ont servi de projets pilotes n’ont pas de listes d’attente pour les services d’assistance personnelle, seulement pour l’aide à la vie domestique.

Des services à domicile plus chers

Pour attirer de la main-d'œuvre, la Coopérative de services à domicile de la MRC de Montmagny a augmenté le salaire de ses employés à 22 $ pour le taux horaire de base. Mais elle a aussi dû augmenter ses tarifs de 1,50 $ en mars pour les soins d'assistance personnelle.

C'est sûr que, plus on améliore les conditions de travail, plus ça va signifier une potentielle augmentation de la tarification, convient J. Benoit Caron. Il estime qu'il en coûte à l'usager un maximum de 3,50 $ l'heure pour obtenir des services à domicile avec toutes les subventions disponibles selon son revenu.

Au centre-ville de Montmagny, la conseillère municipale Mireille Thibault déplore que les plus vulnérables voient leur tarification augmenter. Ça semble peu, mais c’est beaucoup pour quelqu’un qui a le revenu minimum, commente-t-elle.

Elle est elle-même tutrice légale d'un membre de sa famille et regrette que la question ne soit pas davantage abordée dans la campagne électorale. Le maintien à domicile durant cette campagne-ci a été d'une grande rareté, constate-t-elle.

Mireille Thibault, debout, au milieu d'une rue.

Mireille Thibault est conseillère municipale à Montmagny et proche aidante.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Mireille Thibault affirme qu'au cours de la dernière année, Santé Québec Chaudière-Appalaches a délaissé les services d’aide à la vie domestique au profit de la Coopérative de services à domicile de la MRC de Montmagny, dont les prix augmentent.

Depuis qu'elle doit débourser pour obtenir des services auprès de la Coopérative, elle a réduit un peu les heures. Bien qu'on ait une subvention [...], j'ai diminué au maximum. On lui fait à manger, on l’a rodé pour qu'il arrive à faire son lavage tout seul pour enlever des heures, énumère-t-elle.

Les personnes à faible revenu se retrouvent avec des décisions qui peuvent être parfois très difficiles à prendre, convient Patrik Marier, professeur au Département de science politique et titulaire de la Chaire de recherche en gérontologie sociale de l’Université Concordia. Dans bien des cas, on va soit enlever le service, soit y aller avec des réductions, ajoute-t-il.

Deux personnes marchent dans la rue, dont une avec un déambulateur.

Le revenu moyen des 65 ans et plus est de 31 600 $ dans la MRC de Montmagny comparativement à 40 960 $ dans l'ensemble du Québec.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Le chercheur rappelle que plus du tiers des aînés reçoivent le Supplément de revenu garanti en raison d’un revenu annuel inférieur à 22 800 $.

Malgré la bonification du programme de soutien à domicile annoncée en mai, il constate une tendance macro depuis plusieurs années au désengagement de l'État pour tout ce qui concerne, dans le fond, l'aide à la vie domestique, l'appui et le soutien social.

Mireille Thibault est perplexe. Elle songe à son proche. Moi, je serai toujours là pour l’aider, si je ne meurs pas avant lui, mais je pense aux plus vulnérables et à ceux qui vivent tout seuls dans un appartement. Est-ce qu'il est rendu insalubre? Ils mangent quoi? Qui fait leur épicerie? s'interroge-t-elle.

Pénurie de bénévoles

Les organismes communautaires font aussi partie de l’équation du maintien à domicile en offrant des services comme des livraisons de repas ou de l’accompagnement médical, mais ils manquent également de main-d'œuvre, surtout dans un territoire où les distances à parcourir sont grandes.

C'est sûr que c'est un problème. On a des bénévoles qui sont vieillissants. Plusieurs bénévoles ont le même âge que les personnes qui sont accompagnées, explique Martin Picard, directeur général du Centre d'action bénévole des MRC de Montmagny et de L'Islet.

Martin Picard, assis à son bureau, travaille à son ordinateur.

Martin Picard est directeur général du Centre d'action bénévole des MRC de Montmagny et de L'Islet.

Photo : Radio-Canada / Eugénie Emond

Pour y arriver, il multiplie les partenariats avec des entreprises, comme l'épicerie locale qui prépare les repas pour la popote roulante. Il tente aussi de briser les silos alors que l’intégration des services est importante, selon lui. Il ne faut pas imposer un modèle qui est unique et centralisateur, il faut se coller à la réalité des villages dans lesquels on opère, insiste-t-il.

Selon le professeur Patrik Marier, un manque de communication entre les organismes est régulièrement observé dans la province.

Ce qu'on constate sur le terrain au Québec, c'est qu’il y a très peu de communication entre ces divers organismes. Puis, on se retrouve avec des trous de services et on a beaucoup de difficulté à combler les besoins, résume-t-il.

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