Onze ans de travaux, 30 000 ouvriers, 5,6 km de galerie : l’empereur Claude n’a pas fait les choses à moitié pour vider le lac Fucin, dans les Abruzzes. Le chantier démarre en 41 et s’achève en 52, avec une inauguration en grande pompe. Le lac, lui, est toujours là. Il faudra dix-huit siècles pour qu’il disparaisse vraiment.
À retenir
- L’empereur Claude a lancé en 41 après J.-C. un chantier de 11 ans mobilisant 30 000 ouvriers pour percer un tunnel de 5,6 km sous une montagne des Abruzzes.
- L’inauguration en 52 s’est déroulée en grande pompe avec une naumachie (combat naval) sur le lac lui-même, spectacle rare pour célébrer une œuvre d’ingénierie.
- Le projet romain a réduit le lac de 140 à 90 km² seulement, faute d’entretien suffisant : il a fallu attendre 1862 pour que Torlonia et Montricher achèvent l’assèchement complet.
Sommaire
Trente mille hommes sous une montagne
Trente mille ouvriers pendant onze ans.
Le décompte vient de Suétone, qui évoque ces travaux dans sa Vie de Claude, aux chapitres 20 et 21. Trente mille hommes, c’est plus d’un tiers de la jauge du Stade de France. Leur mission : percer 5,6 km de galerie, soit un 5 km de course à pied avec 600 mètres de rab. Le lac n’avait pas d’exutoire naturel, son niveau fluctuait, et les crues menaçaient les terres alentour.
L’empereur y voyait aussi un moyen de gagner du terrain cultivable. Le projet était donc autant agricole que politique : un souverain qui assèche un lac prouve qu’il maîtrise la nature, et les Romains aimaient ce genre de démonstration. Claude a poussé l’idée jusqu’à la mise en scène.
Une naumachie pour fêter l’ouvrage
En 52, l’inauguration prend la forme d’une naumachie, un combat naval joué sur le lac lui-même. Suétone mentionne ce spectacle parmi les réalisations marquantes du règne. Donner une bataille navale sur l’eau qu’on s’apprête à évacuer relève d’un sens du théâtre assez peu commun chez les ingénieurs.
Le résultat est moins spectaculaire que le décor.
Le lac passe d’environ 140 km² à environ 90 km². Cinquante kilomètres carrés gagnés, c’est environ la moitié de Paris intra-muros, ce qui n’a rien de dérisoire. Mais 90 km² d’eau, cela reste un lac, et pas un petit. Faute d’un entretien suffisant, l’ouvrage romain ne tient pas dans la durée, et le projet de Claude reste inachevé.
1862 : Torlonia reprend le chantier
Il faut attendre 1862 pour qu’Alessandro Torlonia lance l’assèchement complet, avec l’ingénieur Jean François Mayor de Montricher. Leur canal mesure 6,3 km de long sur 21 m, soit 700 mètres de plus que la galerie romaine.
Les travaux s’étirent sur plus de 13 ans à partir de 1862. C’est deux ans de plus que le chantier de Claude, avec des moyens techniques qu’aucun Romain n’aurait imaginés. Les sources divergent d’ailleurs sur l’année exacte de l’achèvement, ce qui en dit long sur la durée et l’ampleur de l’entreprise.
Dix-huit siècles séparent les deux chantiers.
Ce que le lac a laissé derrière lui
À la place de l’eau s’étend aujourd’hui une plaine de 155 km², à 669 m d’altitude, devenue l’une des plus fertiles d’Italie. C’est une fois et demie la surface de Paris intra-muros, consacrée à l’agriculture là où Claude n’avait obtenu qu’un lac rétréci. Le lac que l’empereur voulait seulement dompter a fini en terres cultivées, sous la direction de Torlonia et de Montricher.
Le chantier moderne a suivi le même couloir que l’antique, et dans la partie haute du tunnel, la maçonnerie romaine d’origine resterait visible par endroits.
Sources : fr.wikisource.org | fr-academic.com


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