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L’Autriche a une centrale nucléaire entièrement achevée à Zwentendorf depuis 1978 : elle n’a jamais produit un seul kilowattheure

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Sur les rives du Danube, à une cinquantaine de kilomètres de Vienne, un réacteur nucléaire complet attend depuis 1978. Bâtiment achevé, tourelles de refroidissement en place, salle de contrôle équipée : tout est là pour produire de l’électricité. Mais Zwentendorf n’a jamais produit un seul kilowattheure d’origine nucléaire. Pas une minute, pas un watt. La centrale la plus aboutie et la plus inutile d’Europe.

À retenir

  • Un réacteur nucléaire complet construit en Autriche, prêt à démarrer depuis 1978, mais gelé par un vote populaire inattendu
  • Comment un pays entier a tenu bon pendant près de 50 ans sans jamais dévier de son choix anti-nucléaire, malgré les crises énergétiques
  • Une centrale « morte » transformée en salle de classe vivante pour ingénieurs et en décor de cinéma authentique

Sommaire

  1. Une centrale prête à démarrer, arrêtée par les urnes
  2. Un cimetière atomique devenu salle de classe
  3. Des pièces détachées pour d’autres réacteurs, un tournage de cinéma
  4. Une leçon toujours d’actualité

Une centrale prête à démarrer, arrêtée par les urnes

Le projet prévoyait un réacteur à eau bouillante d’une puissance électrique de 730 mégawatts, dont la construction avait débuté en 1972 pour être achevée en 1977. Un chantier colossal pour l’époque, pensé comme la première pierre d’un programme bien plus vaste. Zwentendorf ne devait d’ailleurs être qu’un début : elle devait être la première d’une série de centrales nucléaires destinées à fournir de l’électricité à six millions de foyers autrichiens. Le pays sortait tout juste du choc pétrolier, et l’atome apparaissait comme la voie de l’indépendance énergétique.

Mais le chantier terminé, il restait une étape que personne n’avait anticipée à ce point : l’onction populaire. Face aux premières contestations, le chancelier social-démocrate Bruno Kreisky décide de trancher la question par les urnes, en soumettant la mise en service de la centrale à un référendum, une fois le chantier terminé. Le pari se retourne contre lui. Le 5 novembre 1978, les Autrichiens votent contre la mise en service de leur centrale flambant neuve. De justesse. Une poignée de voix a suffi à enterrer un projet industriel pourtant terminé jusqu’au dernier boulon.

La sanction ne reste pas symbolique. À la suite de ce référendum, le parlement autrichien vote en 1978 une loi de non-utilisation de l’énergie nucléaire, l’Atomsperrgesetz. Et le verrou se resserre avec le temps : après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, la portée de cette loi fut renforcée en 1999 avec la « loi pour une Autriche sans énergie nucléaire », qui a été intégrée à la Constitution du pays. Résultat, près d’un demi-siècle plus tard : aucune centrale nucléaire commerciale, construite dans le but de produire de l’électricité, n’est jamais entrée en service en Autriche. Un pays entier, adossé à un réacteur achevé, qui a choisi de ne jamais l’allumer.

Un cimetière atomique devenu salle de classe

Que fait-on d’un réacteur qu’on ne peut jamais démarrer ? On n’en fait pas une ruine. Zwentendorf est devenue, paradoxalement, l’un des meilleurs outils pédagogiques du nucléaire européen. Elle sert aussi de centre de formation pour les techniciens nucléaires d’autres pays. L’intérêt est presque évident une fois qu’on y pense : des ingénieurs peuvent circuler dans une salle de commande réelle, manipuler des équipements industriels grandeur nature, sans jamais craindre la moindre contamination radioactive, puisqu’aucune réaction en chaîne n’y a jamais eu lieu.

Le site offre une opportunité unique pour la formation et les tests de procédures sur un site réel, mais sans les risques liés à la radioactivité, donc sans besoin de mesures de sécurité coûteuses ni de combinaisons de protection. Une singularité rare dans le paysage nucléaire mondial : d’ordinaire, un site qu’on visite après exploitation porte les stigmates de décennies de fission. Ici, rien de tout ça. Le bâtiment est propre, intact, presque neuf malgré son âge.

Le site a aussi changé de mains depuis. Le fournisseur d’électricité EVN AG a racheté les bâtiments et le terrain de la centrale de Zwentendorf en 2005 pour y installer un centre de formation à la sécurité. Une partie du terrain a ensuite pris une tout autre direction énergétique : l’entreprise y a installé une installation photovoltaïque de 1,2 million d’euros en 2009. La centrale nucléaire de Zwentendorf produit ainsi 180 000 kWh d’électricité d’origine renouvelable par an et est devenue l’une des plus puissantes centrales solaires d’Autriche. Le contraste a quelque chose de savoureux : un site conçu pour dompter l’atome finit par alimenter le réseau grâce au soleil.

Des pièces détachées pour d’autres réacteurs, un tournage de cinéma

Le destin de Zwentendorf ne s’arrête pas à la formation et au solaire. Depuis le référendum, la centrale a été partiellement déconstruite. Certains de ses composants techniques, jamais irradiés, ont eu une seconde vie ailleurs : ils ont servi de pièces détachées pour d’autres installations nucléaires européennes en manque de matériel. Une centrale qui n’a jamais fonctionné a ainsi contribué, indirectement, à faire tourner des réacteurs voisins.

Le lieu a également intéressé le monde du cinéma. Il est disponible comme lieu de tournage et a notamment servi au tournage de « Grand Central » de Rebecca Zlotowski, avec dans les rôles principaux Tahar Rahim et Léa Seydoux. Décor grandeur nature d’une centrale nucléaire authentique, sans les contraintes de sécurité qu’imposerait un site en activité : peu de productions peuvent se targuer d’un tel réalisme sans le moindre risque.

Le remplacement énergétique, lui, a été assuré autrement. La centrale thermique de Dürnrohr a été construite à proximité comme centrale de substitution, récupérant au passage les raccordements au réseau électrique initialement prévus pour Zwentendorf. L’infrastructure du projet nucléaire abandonné a donc, elle aussi, servi, juste pas de la manière prévue à l’origine.

Une leçon toujours d’actualité

Ce qui frappe, presque cinquante ans après ce vote, c’est la cohérence du choix autrichien. Le pays n’a jamais dévié de sa trajectoire, malgré les crises énergétiques successives et le débat relancé régulièrement chez ses voisins. L’Autriche n’a jamais produit d’énergie nucléaire de toute son histoire, un fait suffisamment rare en Europe pour mériter d’être souligné.

Depuis 2009, le site s’est même ouvert aux curieux : des visites guidées permettent de parcourir la salle des machines, la salle de contrôle et les couloirs techniques d’un réacteur qui n’a jamais chauffé un seul gramme d’uranium. Une centrale nucléaire transformée en musée vivant de ce qui aurait pu être, et qui continue, chaque jour, à former les techniciens qui feront tourner les réacteurs des autres pays.

Sources : ltinews.net | lenergeek.com

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