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Perrier et Hépar sont passés pendant des années par des filtres interdits avant d’être vendus comme eaux naturelles, et l’État le savait

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Perrier et Hépar ont été vendues pendant des années sous l’appellation « eau minérale naturelle » alors que leurs usines appliquaient des traitements formellement proscrits pour ce statut. L’usage chronique de traitements de purification interdits, lampes UV, charbon actif et micro-filtration renforcée à 0,2 micron, a été révélé en janvier 2024 sur les marques Perrier, Vittel, Contrex et Hépar, toutes propriété du groupe Nestlé Waters. Le produit lui-même n’était pas dangereux à boire. C’est son étiquette qui mentait.

À retenir

  • Nestlé Waters a utilisé des filtres à charbon actif, des UV et une micro-filtration à 0,2 micron sur Perrier, Hépar, Vittel et Contrex, techniques interdites pour l’appellation eau minérale naturelle.
  • Le groupe a engrangé un gain estimé à plus de 3 milliards d’euros en 15 ans grâce à cette fraude, vendant l’eau 100 à 300 fois plus cher que l’eau du robinet.
  • Les autorités savaient depuis 2022 que l’industriel appliquait ces traitements interdits et les contaminations bactériennes sur les forages, selon le rapport de la commission sénatoriale.

Sommaire

  1. Une appellation qui interdit toute désinfection
  2. Deux ans de révélations, de contrôles et une transaction
  3. Ce que le Sénat reproche à l’État
  4. Le prix réel de la bouteille

Une appellation qui interdit toute désinfection

Le statut d’eau minérale naturelle repose sur un principe simple : la ressource doit rester intacte de la source à la bouteille. D’origine souterraine, se distinguant par leur pureté originelle, ces eaux ne doivent en aucun cas faire l’objet d’une désinfection, rappelle le Sénat dans son rapport. Une tolérance existe malgré tout depuis le début des années 2000. L’Agence nationale de sécurité sanitaire autorise depuis 2001 la filtration des eaux minérales avec un filtre spécifique de 0,8 micron, en dessous de ce seuil le traitement est considéré comme de la désinfection.

C’est précisément cette limite que les usines du Gard et des Vosges auraient franchie. La dirigeante de Nestlé Waters a reconnu, lors d’un échange avec un cabinet ministériel en 2021, l’utilisation dans ses usines des Vosges et du Gard de filtres à charbon actif et de traitements ultraviolets, des mesures qualifiées de « strictement interdites ». Le motif invoqué en interne n’était pas cosmétique. Des contaminations bactériennes ou virologiques épisodiques se produisaient déjà sur les forages de la marque Perrier, des sources de plus en plus régulièrement polluées, en partie de matières fécales, selon des échanges internes cités par le Sénat.

Le mécanisme économique, lui, est limpide. Une eau minérale naturelle se vend nettement plus cher qu’une eau simplement rendue potable par traitement, et ce prix ne récompense qu’une seule chose : la promesse d’une origine non transformée. Dès qu’un site désinfecte, cette promesse s’effondre, même si l’eau reste parfaitement buvable.

Deux ans de révélations, de contrôles et une transaction

Tout part d’une enquête journalistique. L’affaire a été révélée au début de l’année 2024, par le journal Le Monde et la cellule d’investigation de Radio France. Les autorités sanitaires réagissent alors avec des contrôles ciblés sur les sites concernés.

Les rapports rendus par le service national d’enquête de la DGCCRF et de l’IGAS ont démontré que différentes marques du groupe Nestlé Waters traitent les eaux prélevées avec des microfiltres, des UV et des filtres à charbon actif, des techniques illégales pour une commercialisation en eau minérale naturelle. Face à ces constats, l’industriel choisit la voie judiciaire négociée plutôt que le procès. Une transaction pénale de plusieurs millions d’euros a ainsi été conclue avec le parquet, sans reconnaissance de culpabilité formelle devant un tribunal. Le montant reste très inférieur aux gains estimés par les services de l’État sur la période concernée.

La justice a ensuite pris le relais sur un autre terrain. Une information judiciaire est ouverte le 13 février 2025 contre Nestlé Waters, accusée d’avoir utilisé des traitements illégaux pour ses eaux minérales. Des perquisitions ont visé le site emblématique de Vergèze, dans le Gard. Perrier peut toutefois continuer à porter son appellation. La justice a tranché en faveur du maintien de la commercialisation sous le label « eau minérale naturelle », malgré l’offensive judiciaire d’une association de consommateurs demandant le retrait des bouteilles.

Ce que le Sénat reproche à l’État

Une commission d’enquête sénatoriale s’est saisie du dossier fin 2024. Son rapport, publié en mai 2025, ne se contente pas d’épingler l’industriel. Il vise tout particulièrement Nestlé Waters, mais brocarde également l’absence de réactivité des pouvoirs publics, informés de la situation depuis plusieurs années. Le constat est documenté par des échanges de correspondance interne.

Les autorités savaient, au moins depuis 2022, que l’industriel trichait depuis des années, avaient conscience que cela créait une distorsion de concurrence avec les autres minéraliers et avaient connaissance des contaminations bactériologiques, voire virologiques, sur certains forages, écrivent les sénateurs. Le rapport va plus loin sur la décision réglementaire elle-même. « En définitive, c’est au plus haut niveau de l’État que s’est jouée la décision d’autoriser une microfiltration sous le seuil de 0,8 micron », note le document. La commission dénonce aussi une communication verrouillée sur la durée. Le scandale a fait l’objet d’une « dissimulation par l’État » relevant « d’une stratégie délibérée », selon les conclusions rendues publiques.

L’ampleur financière du dossier a également été chiffrée par les parlementaires. Le gain engendré par l’industriel sur le dos des consommateurs, Perrier inclus, pourrait dépasser 3 milliards d’euros en 15 ans, selon le rapport sénatorial. Ce chiffre reste une estimation des services de l’État, contestée par le groupe concerné.

Le prix réel de la bouteille

La question qui reste posée au moment de remplir son caddie est celle du prix. Une eau minérale naturelle est vendue en moyenne 100 à 300 fois plus cher que l’eau du robinet, selon une estimation reprise par une association de consommateurs. Un rapport pareil ne se justifie que par une promesse de pureté d’origine, pas par la composition chimique du liquide.

Trois euros la bouteille d’un litre et demi. Quelques centimes pour le même volume au robinet. La différence tient presque entièrement à un argument marketing : l’idée d’une eau intacte, jaillie d’une roche protégée depuis des millénaires. Quand cet argument repose sur un traitement dissimulé, c’est bien le consommateur qui a financé, sans le savoir, l’écart de prix.

Les contrôles annoncés sur l’ensemble du secteur n’ont, à ce stade, pas conduit à un retrait des bouteilles concernées des rayons. Les débats budgétaires de rentrée sur le coût de la vie ramènent pourtant régulièrement cette question sur la table : payer pour une origine plutôt que pour un traitement, encore faut-il que la promesse soit vraie.

Sources : senat.fr | finance.yahoo.com | assemblee-nationale.fr

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