Onze mois de silence radio absolu, imposé volontairement, sur la seule ligne capable de parler à un vaisseau situé à plus de 18 milliards de kilomètres de la Terre. En mars 2020, la NASA a coupé les transmetteurs de la Deep Space Station 43, l’antenne géante de Canberra, en Australie, pour une rénovation en profondeur. Résultat immédiat : Voyager 2 a continué de coasser à travers l’espace interstellaire sans recevoir aucune commande depuis la Terre, et cela pendant près d’un an.
À retenir
- Pourquoi la NASA a-t-elle coupé volontairement son seul lien avec Voyager 2 ?
- Aucune autre antenne sur Terre ne peut faire ce que celle de Canberra fait pour cette sonde
- Le silence radio a duré 11 mois avant un test spectaculaire à 37 heures-lumière de distance
Sommaire
- Une antenne, un vaisseau, aucune alternative
- Pourquoi couper le seul lien qui reste
- Le retour en ligne, testé à 37 heures-lumière de distance
- Un épisode qui s’est presque répété trois ans plus tard
Une antenne, un vaisseau, aucune alternative
Le Deep Space Network de la NASA compte trois grands complexes répartis sur la planète : un en Californie, un en Espagne, un en Australie. Sur le papier, ce triangle garantit une couverture continue quel que soit l’endroit où pointe un vaisseau. Mais Voyager 2 a quitté le plan de l’écliptique après son survol de Neptune en 1989, plongeant sous l’orbite terrestre. Voyager 2, qui se trouve actuellement à environ 17 milliards de kilomètres de la Terre, vole dans une direction descendante par rapport au plan orbital terrestre et ne peut donc communiquer qu’avec le site australien.
Concrètement, la planète elle-même bloque la vue depuis les stations du nord. Deep Space Station 43 est la seule antenne au monde capable de communiquer directement avec les deux Voyager ; ses stations sœurs de l’hémisphère nord sont incapables de « voir » Voyager 2, car la Terre est sur le chemin. Une contrainte purement géométrique, qui ne se résout pas en construisant une antenne de plus ailleurs.
Le problème ne s’arrête pas à la géométrie. Il faut aussi la bonne fréquence et la bonne puissance. Un émetteur en bande S spécial est nécessaire pour envoyer des commandes à Voyager 2, à la fois suffisamment puissant pour atteindre l’espace interstellaire et sur une fréquence compatible avec la technologie ancienne de la sonde ; l’antenne de 70 mètres de Canberra est la seule de ce type dans l’hémisphère sud. même les trois antennes plus petites de 34 mètres présentes sur le même site australien ne pouvaient pas prendre le relais pour l’envoi de commandes, seulement pour la réception passive des données scientifiques.
Pourquoi couper le seul lien qui reste
La décision paraît contre-intuitive : pourquoi désactiver volontairement l’unique moyen de piloter une sonde vieille de plus de quatre décennies ? Parce que le vrai risque, c’était de ne rien faire. Grande comme un immeuble de bureaux de vingt étages, l’antenne était en service depuis 48 ans, et certaines pièces, dont les émetteurs qui envoient les commandes aux différents vaisseaux, avaient 40 ans et devenaient de plus en plus peu fiables.
Un émetteur qui lâche sans prévenir, en pleine mission active, aurait été bien plus dommageable qu’une fenêtre de maintenance planifiée. C’est ce qu’expliquait Jeff Berner, ingénieur en chef du Deep Space Network à l’époque : « Évidemment, les 11 mois de réparations imposent davantage de contraintes aux autres sites du DSN », avant d’ajouter que le jeu en valait la chandelle une fois les travaux achevés. L’un des composants remplacés n’avait d’ailleurs pas été touché depuis presque un demi-siècle : parmi les mises à niveau de DSS43, on trouve deux nouveaux émetteurs radio, dont l’un, utilisé pour parler à Voyager 2, n’avait pas été remplacé depuis plus de 47 ans.
Pendant cette période, la sonde n’était pas totalement sourde et muette. Elle continuait d’émettre. Depuis que l’antenne était hors ligne, les opérateurs de mission ont pu recevoir des mises à jour de santé et des données scientifiques de Voyager 2, mais ils n’ont pas pu envoyer de commandes à la sonde. Une communication à sens unique, où la Terre écoutait sans pouvoir répondre, ni corriger la trajectoire d’antenne du vaisseau, ni ajuster ses instruments en cas de besoin.
Le retour en ligne, testé à 37 heures-lumière de distance
Le chantier s’est étiré plus longtemps que prévu à cause de la pandémie de Covid-19, qui a ralenti les équipes sur le terrain en Australie. La reprise effective des commandes a eu lieu fin octobre 2020 : le 29 octobre, les opérateurs de mission ont envoyé une série de commandes à la sonde Voyager 2 de la NASA pour la première fois depuis la mi-mars. Un test grandeur nature, avec un enjeu simple : vérifier que le nouveau matériel fonctionnait avant de relancer une exploitation normale.
Le suspense a duré plus d’une journée. À cette distance, chaque échange radio impose un aller-retour d’attente interminable : après environ 37 heures, DSS-43 a reçu une réponse de la sonde confirmant qu’elle avait bien reçu l’appel. Voyager 2 avait exécuté les instructions sans le moindre accroc, preuve que quatre décennies passées dans le vide n’avaient pas entamé sa fiabilité électronique. Les travaux complets se sont finalement conclus au début de l’année suivante, avec un antenne remise à neuf et prête à encaisser encore des décennies de service.
Un épisode qui s’est presque répété trois ans plus tard
L’histoire de la dépendance totale à cette unique antenne n’a pas fini d’inquiéter les équipes de la NASA. En juillet 2023, un incident distinct a de nouveau mis en lumière la fragilité de ce lien. Le 21 juillet, une série de commandes planifiées envoyées à Voyager 2 a involontairement fait pointer l’antenne de la sonde à deux degrés de la Terre, coupant à nouveau tout contact pendant plus d’une semaine, cette fois sans que l’antenne de Canberra soit elle-même en cause. Le signal a fini par être retrouvé grâce à un « battement de cœur » radio détecté après des efforts conjoints entre la NASA et les équipes australiennes du CSIRO, qui opère le site pour l’agence américaine. Un rappel que la sonde la plus lointaine jamais envoyée par l’humanité reste, près de cinquante ans après son lancement, à la merci d’une poignée de kilomètres carrés de matériel radio plantés dans la campagne australienne.
Sources : spacedaily.com | nasa.gov


6 day_ago
38



























.jpg)






French (CA)