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Lucile Viaud a un laboratoire à Évran (Côtes-d’Armor) où elle valorise des matières premières, comme les boues et sédiments de l’estuaire de la Rance.
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Par Rédaction Dinan Publié le 1 août 2026 à 18h10
Native de Pont-à-Mousson en Meurthe-et-Moselle, Lucile Viaud arrive en Bretagne en 2017, à l’Institut des sciences chimiques de Rennes. Chevelure châtain foncé, la frange savamment égalisée, lunettes à fines montures, regard noir qui vous attrape et ne vous lâche plus, l’artiste-chercheuse, formée en design à l’École Boulle, conduit en 2014 des recherches dans le cadre de son projet de diplôme « Le monde du silence », avec un objectif « la valorisation des coproduits de la filière halieutique en Bretagne ».
Un pôle de recherche
Au Bois Tison, à Évran, dans le bâtiment d’une ancienne porcherie entièrement réhabilitée, elle a installé un pôle de recherche en verrerie, défendant l’idée « que le rebut est un trésor en attente d’être sublimé ». Là elle va créer – à partir de résidus et de déchets – des verres de couleur naturelle, comme le Glaz de la Rance vert-bleu, le verre du Ponant ambré, le verre de la Charente d’un noir opaque ou encore le verre de Saint-Fons turquoise.
Revaloriser des sédiments
Tête bien pleine, lauréate de plusieurs fondations (Sophie Rochas, Banque Populaire en 2020 et 2024, fondation Rémy Cointreau en 2020 et 2022, du prix Liliane Bettencourt en duo en 2023 et nomination au grade de chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres…), ainsi que de différents prix (Grand prix de la Ville de Paris 2018, le prix de « l’Observeur du design »…), insatiable chercheuse, curieuse de tout, Lucile Viaud – parce qu’elle les utilise déjà dans une de ses recettes de verre – s’est aussi questionnée sur les sédiments de la Rance pour les revaloriser.
L’envasement de l’estuaire
L’envasement de l’estuaire est considéré aujourd’hui comme une catastrophe écologique. Depuis des années, des actions et de nombreuses recherches ont été entreprises pour trouver une filière de revalorisation des boues et des sédiments. Des plans ont été annoncés et des essais ont été conduits.
De cette réflexion, une tuile composée de 70 % des sédiments de la Rance, prélevés à La Hisse, et de 30 % de sable va naître. En septembre 2025, dix-huit étudiants de l’École européenne supérieure d’art de Bretagne (EESAB) ont planché sur la fabrication de cette tuile.
Après cuisson, elle apparaît avec une couleur naturelle jaune de lichen.

Un potentiel énorme
Si les essais de revalorisation des sédiments de la Rance se sont heurtés au problème de la présence du sel, « l’avantage de cette tuile est que les sédiments pour la confectionner ne nécessitent pas de stockage pendant trois ans pour la dessalinisation », mentionne avec lucidité Lucie Viaud.
Cette tuile représente « un potentiel énorme », d’autant « que des millions de mètres cubes de sédiments sont disponibles », défend Lucie. « L’ardoise n’a plus aucun sens en Bretagne », appuie-t-elle, « toutes les ardoises viennent d’Espagne sur une filière polluante ».
« Parler, expliquer, convaincre »
Consciente que cela va bousculer un patrimoine et des habitudes solidement ancrés, la chercheuse avance « notre rôle aujourd’hui est de faire accepter ce type de couverture aux architectes des Bâtiments de France, aux élus. Il faut parler, expliquer, convaincre, d’autant, qu’avec le réchauffement climatique nous n’avons plus intérêt, en été, à avoir une toiture foncée ».

Aujourd’hui, reste à effectuer des tests et essais techniques, de résistance, de durée de vie, de coûts de fabrication. Mais l’avenir des toits bretons se trouve peut-être au fond de la Rance.
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