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Le Parc naturel Normandie Maine travaille à la valorisation de l’écoconstruction sur le territoire. Explications avec Laura Déjeans, chargée de mission Transition énergétique.
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Par Antoine Sauvetre Publié le 1 août 2026 à 18h10
À Carrouges (Orne), où se situe le siège du Parc naturel régional Normandie-Maine, un projet d’écoconstruction est en cours.
Thibault Manson, maçon et tailleur de pierres, et ses parents construisent une maison à partir de matériaux sains et de réemploi. Un concept que le Parc Normandie-Maine (PNM) souhaite mettre en avant, notamment auprès des collectivités locales.
Entre écologie, préservation du patrimoine et soutien à l’économie locale, explications avec Laura Déjeans, chargée de mission Transition énergétique au PNM.
Quand on évoque l’écoconstruction, on pourrait imaginer des techniques archaïques ou marginales. Qu’en est-il réellement sur le terrain ?
C’est tout sauf une pratique archaïque ! L’écoconstruction et l’écorénovation répondent à des enjeux d’avenir indispensables. Cela passe par l’utilisation de matériaux dits « biosourcés » (issus du vivant comme la paille, le chanvre ou le bois) et « géosourcés » (issus du minéral comme la terre ou la pierre).
Mais attention : utiliser un matériau naturel ne suffit pas à le rendre « vert ». Si vous faites venir du bois de l’autre bout du monde, sa balance écologique est totalement gâchée.
L’idée centrale de l’écoconstruction, c’est d’aller chercher une ressource la plus locale possible, issue par exemple de forêts gérées durablement, tout en incluant la question du réemploi des matériaux existants.
Quels sont les avantages concrets de ces démarches pour les habitants au quotidien ?
Je distingue quatre grands enjeux.
D’abord, la priorité face au dérèglement climatique est de limiter l’empreinte carbone des chantiers, de la conception jusqu’à la démolition.
Ensuite, le confort et la santé des usagers. Les épisodes de forte chaleur montrent l’intérêt de penser les bâtiments de manière bioclimatique pour garantir la fraîcheur en été et garder la chaleur en hiver. De plus, les matériaux biosourcés émettent très peu de micropolluants ou microplastiques, contrairement à certaines peintures, enduits ou isolants issus de la pétrochimie.
Qu’en est-il de la préservation de notre patrimoine normand et ligérien ?
C’est le troisième enjeu majeur : préserver nos paysages et la typicité de nos bâtiments anciens. Avec des isolants synthétiques traditionnels, on perturbe le fonctionnement physique du bâti ancien, qui a besoin de respirer et de conserver un bon niveau d’hygrométrie.
Enfin, le dernier enjeu est économique : en valorisant ces savoir-faire, on soutient directement les artisans et les agriculteurs du coin.
Justement, comment cette démarche peut-elle structurer une filière économique sur le territoire ?
En poussant cette dynamique, on crée un véritable écosystème territorial qui concerne une multitude de métiers.
Dans le cas du chanvre ou de la paille, cela part de l’agriculteur qui produit la matière première, passe par les unités de transformation et le négoce, jusqu’à l’architecte formé et l’artisan capable de la mettre en œuvre sur le chantier.
Mais pour que les agriculteurs s’engagent et que les artisans se forment, il faut créer de la demande et assurer des commandes. C’est le serpent qui se mord la queue.
C’est pourquoi le Parc cible en priorité la maîtrise d’ouvrage publique : les gros chantiers portés par les collectivités sont un levier pour amorcer la pompe et rassurer la filière.
Que met concrètement en place le Parc Normandie-Maine pour impulser ce mouvement ?
Depuis le début de l’année, nous pilotons un programme d’animations territorial aux côtés d’acteurs référents : l’ARPE (Association pour la promotion de l’écoconstruction en Normandie), Fibois Normandie et la Chambre d’agriculture Normandie.
Nous menons actuellement deux grandes enquêtes : l’une auprès des professionnels (artisans, maîtres d’œuvre, architectes) pour évaluer leurs pratiques et leurs besoins en formation, et l’autre auprès des collectivités pour identifier leurs freins.
L’objectif est de sensibiliser et de tester, à terme, un modèle d’accompagnement, notamment pour les petites communes rurales qui manquent d’ingénierie.
Construire ou rénover « vert », est-ce vraiment plus cher ? Et s’y retrouve-t-on sur ses factures d’énergie ?
Il ne faut pas se mentir, on observe un surcoût à l’investissement initial, même si, souvent, il n’est pas aussi élevé qu’on le pense.
En revanche, dans des bâtiments mal conçus ou mal isolés, on subit des surcoûts invisibles mais bien réels sur le long terme, liés aux factures énergétiques. Il nous manque encore des données chiffrées précises à l’échelle locale pour établir un comparatif parfait du retour sur investissement, mais c’est un sujet d’étude très pertinent que nous souhaitons creuser.
Sentez-vous une réelle prise de conscience de la part des élus du secteur ?
Tout à fait ! Lors de notre événement de lancement à la Maison du Parc à Carrouges, nous avons réuni plus de 60 élus et professionnels.
Il y a un intérêt fort, d’abord pour adapter les bâtiments publics (comme les écoles) au changement climatique, mais aussi pour préserver le cachet de leurs centres-bourgs. Le Parc joue ici pleinement son rôle de facilitateur.
Si un particulier du secteur d’Alençon souhaite se lancer aujourd’hui dans une rénovation écologique, comment peut-il faire ?
Le bilan de nos travaux à la fin de l’année permettra de définir exactement comment le Parc pourra orienter les habitants à l’avenir.
En attendant, les particuliers peuvent se référer à l’annuaire en ligne développé par nos partenaires de l’ARPE. Il recense les artisans et professionnels qualifiés dans l’écoconstruction à l’échelle régionale.
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