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L’anglais est désormais l’unique langue de travail du Collège militaire royal (CMR) à Kingston, en Ontario, après des décennies où les deux langues officielles étaient permises. C’est ce que révèle une note interne d’abord rapportée par le média franco-ontarien ONFR, puis consultée par Le Devoir jeudi.
« Le Conseil du Trésor a désigné la région de Kingston comme anglophone », est-il indiqué dans le document transmis aux membres du collège et rédigé par le commandant du CMR, Pascal Godbout. Ainsi, écrit-il, « l’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux doivent principalement s’effectuer en anglais ».
Le français est désormais considéré comme « acceptable » dans les réunions et les communications internes « lorsque cela est possible sur le plan opérationnel, mais les points principaux doivent être communiqués en anglais », peut-on lire dans la note partagée aux membres mercredi mais signée par le brigadier-général Godbout en février.
Ces directives mettent fin à une tradition institutionnelle de bilinguisme pour les employés du collège, actif depuis 1876 et officiellement bilingue depuis 1969.
Encore l’an dernier, la page du gouvernement du Canada dédiée à la « dualité linguistique » du CMR indiquait : « L’apprentissage de l’autre langue officielle ne devrait pas se limiter aux cours obligatoires d’éducation et formation en langue seconde. Le CMR est un établissement bilingue et les activités quotidiennes peuvent avoir lieu dans l’une ou l’autre des langues officielles, ou les deux, et la traduction est offerte au besoin. »
La page n’avait pas été mise à jour depuis le 17 février 2025 lorsque Le Devoir l’a consultée.
L’éducation bilingue
Ces nouvelles règles ne s’appliquent pas aux étudiants (les aspirants de marine et les élèves-officiers), qui continueront à être instruits dans les deux langues officielles.
« Conformément à notre mandat national, l’instruction individuelle et l’éducation des membres des [Forces armées canadiennes] continueront d’être offertes en anglais et en français, afin d’assurer le perfectionnement des officiers en langue seconde », est-il indiqué dans la note. « Il convient de noter que la pratique actuelle consistant à alterner les langues officielles de la semaine (français du 1er au 15, anglais du 16 au 31) sera maintenue au sein de l’escadre d’instruction comme méthode de formation visant à promouvoir le bilinguisme. »
Le bilinguisme est désigné comme l’un des quatre « piliers » du Collège militaire royal, aux côtés des études, de l’instruction militaire et du conditionnement physique.
« Le respect des droits linguistiques constitue un élément fondamental d’un environnement professionnel et inclusif », indique-t-on en conclusion de la note.
Le député péquiste d’Athabaska, Alex Boissonneault, qui a étudié au CMR, a réagi ce matin sur le réseau social X aux révélations de ONFR en clamant que le « “bilinguisme” a toujours été une façade ». « À l’époque où j’y étudiais, on disait à la blague qu’il y avait deux langues officielles : l’anglais… et le “bilingue”. Aujourd’hui, au moins, c’est clair : le français devient optionnel », a-t-il écrit.
Situés dans la circonscription fédérale de Kingston et les Îles, dont 1,4 % des habitants parlent le français, selon le recensement de 2021, le CMR et les institutions fédérales ne sont pas légalement tenus de permettre à leurs employés de travailler dans les deux langues officielles du pays.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


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