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Environ 350 000 ressortissants haïtiens sont menacés d'expulsion après la récente décision de la Cour suprême des États-Unis, autorisant l’administration Trump à révoquer le Statut de protection temporaire (TPS). Cette décision provoque une onde de choc aux États-Unis mais aussi jusqu'au Manitoba.
Le TPS préserve ses bénéficiaires de l’expulsion et leur donne le droit de travailler aux États-Unis. Il est accordé aux personnes en danger dans leur pays d'origine. Pour Haïti, il a été mis en place après le séisme de 2010 qui a ravagé le pays avant que la situation politique empire, marquée par la violence de groupes armés.
Pour Farah Larrieux, organisatrice communautaire et elle-même bénéficiaire du TPS, la révocation décidée par des juges conservateurs est l'aboutissement d'un agenda politique discriminatoire. Elle dénonce une injustice et une mesure prise sans considération des faits documentés sur la situation sécuritaire en Haïti.
Les gens ne vivent pas, ils survivent, insiste-t-elle, faisant référence à la situation sur le terrain caractérisée par une mainmise des gangs et l'instabilité politique.
Pour beaucoup d'Haïtiens vivant avec le TPS, l’incertitude est insoutenable.
Mme Larrieux, qui a lutté contre les tentatives précédentes de révocation du programme, confie avoir elle-même traversé des mois de dépression.
Pour elle, expulser ces gens dans le chaos actuel équivaut à une sentence de mort .
À Minneapolis, la détresse est palpable. Ruben Joanem, membre de plusieurs organisations haïtiennes, décrit un climat dramatique. Les gens sont sur leurs genoux, rapporte-t-il.
Il souligne que certains ont même entamé des démarches pour confier à des personnes de confiance le pouvoir de gérer leurs biens en cas d'arrestation et d'expulsion.
Un drame humain vu depuis le Manitoba
Au Manitoba, l’angoisse est partagée. Beaucoup expriment des inquiétudes pour leurs proches et familles; d'autres s'en font tout simplement pour leurs compatriotes qui vivent cette incertitude quotidiennement.
Le professeur Bathélemy Bolivar, chercheur en immigration associé à l'Université du Manitoba, qualifie la situation de drame humain .
Celui qui a lancé une pétition il y a quelques mois pour demander au Canada d'accueillir 30 000 Haïtiens, invite le Canada à en faire un peu plus .
Je ne parle pas de recevoir des immigrés à tort et à travers… mais je parle de personnes déjà intégrées, qui sont bilingues, qui sont des acteurs économiques essentiels en Amérique du Nord.
M. Bolivar appelle le Canada à adopter une mesure exceptionnelle, à l’image de ce qui a été fait pour les réfugiés syriens.
Le chercheur ajoute qu'une province comme le Manitoba a tout intérêt à accueillir ces familles pour renforcer son bassin francophone.
Recherche d’alternatives
Arisnel Mésidor, consultant réglementé en immigration vivant au Manitoba, dit constater quotidiennement le désarroi de ses clients haïtiens aux États-Unis. Certains sont dans un état très déplorable mentalement.
Imaginez une personne de 45-50 ans, avec des enfants, qui se retrouve sans chez soi , déclare-t-il avec émotion.
Rappelant que les conditions justifiant le maintien d'un tel programme sont encore présentes en Haïti, il trouve la décision de la plus haute cour de justice américaine illogique.
Mais beaucoup ont déjà entamé des démarches pour rejoindre la communauté haïtienne, qui grandit à vue d'œil au Manitoba, dit M. Mésidor.
Son message à celles et ceux qui ont les yeux rivés vers le Canada : bien s'informer, se protéger contre la désinformation et consulter des professionnels.
Farah Larrieux exhorte aussi la communauté à se mobiliser politiquement, notamment en appelant leurs sénateurs à voter en faveur du projet de loi prônant la prolongation du TPS de trois ans pour les Haïtiens.
Il faut continuer la lutte , harangue-t-elle.


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