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Jusqu'à 65 litres d'eau par jour grâce au brouillard : cette installation n'a plus rien de la science-fiction

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Pendant des générations, les femmes de la région d'Aït Baâmrane, dans le sud-ouest du Maroc, ont consacré jusqu'à quatre heures par jour à marcher vers les puits et à en rapporter des bidons d'eau posés sur leur tête, pesant près de 23 kilos chacun.

Cette tâche accaparait leurs matinées, tenait les filles éloignées de l'école et rythmait toute la vie domestique, en bordure du Sahara. Tout a changé le jour où de gigantesques filets en polymère sont apparus sur les pentes du mont Boutmezguida.

Comment fonctionnent les capteurs de brouillard

Suspendus à des poteaux d'acier à plus de 1 200 mètres d'altitude, ces filets piègent l'humidité du brouillard atlantique lorsqu'il balaie la chaîne de l'Anti-Atlas. L'eau captée s'écoule vers des réservoirs, circule par des canalisations gravitaires et atteint désormais les robinets de villages situés à plus de dix kilomètres. Ni puits ni pompes motorisées : seulement du maillage, de l'altitude et l'humidité déjà présente dans l'air.

Schéma de fonctionnement de l'éolienne de Dutch Rainmaker. © Dutch Rainmaker, 2009

Comment récolter l'humidité de l'air avec une éolienne

L'eau potable est une ressource précieuse et même inaccessible pour des millions de personnes dans le monde. Il existe aujourd'hui des technologies qui permettraient d'obtenir des litres d'eau potable même en plein désert. Par exemple en pompant l'humidité de l'air en utilisant l'énergie du vent.... Lire la suite

Le principe est ancien. Assez simple pour figurer dans des écrits du XVIe siècle, il a depuis été considérablement perfectionné par l'ingénierie moderne. Gareth McKinley, professeur à l'école d'ingénierie du Massachusetts Institute of Technology (MIT), en explique l'évolution : en modifiant la taille des trous, celle des fibres et le revêtement de ces fibres, l'efficacité de collecte a été améliorée d'environ 500 %. Les filets du mont Boutmezguida peuvent ainsi recueillir jusqu'à une soixantaine de litres d'eau par mètre carré de maillage en 24 heures.

L'installation mobilise 600 mètres carrés de filets, ses faibles besoins énergétiques étant couverts par des panneaux solaires. Des matériaux robustes permettent aux habitants de réparer eux-mêmes l'équipement, un progrès par rapport aux premiers dispositifs testés en Érythrée, au Chili et au Yémen dans les années 1990 et 2000.

De la brume de la montagne au robinet du village

Derrière le projet se trouve l'ONG marocaine Dar Si Hmad, qui œuvre depuis 2006 pour apporter de l'eau potable à la région tribale d'Aït Baâmrane, où l'eau douce est rare et où la terre recule sans cesse face au désert.

L'entrée en service de la canalisation fut un moment fort. La communauté s'était rassemblée pour y assister : un robinet a été ouvert dans une maison, l'eau a coulé pour la première fois, et un verre de cristal, rempli, est passé de main en main. Les habitants ont bu ce qu'ils appellent désormais l'eau du brouillard.

Le gaspillage de l'eau potable est énorme. En France, les villes les plus mal notées en la matière sont Nîmes, avec 41 % de l’eau perdue dans les réseaux de distribution, Avignon (35,5 %), Rouen (31,7 %), Amiens (28,7 %) et Toulon (26,7 %). © Whispertome, DP

L'or bleu récolté à partir de la brume... grâce au coton

Trouver des sources d’eau douce autres que les nappes phréatiques est actuellement l’un des plus importants axes de recherche en hydrologie. Une équipe a récemment développé un matériau alliant coton et polymère hydrophile qui permet de récupérer l’équivalent de 340 % de son poids en eau… à partir du brouillard !... Lire la suite

Jamila Bargach, cofondatrice et directrice de Dar Si Hmad, décrit le poids d'une telle responsabilité. « Les bons jours, je suis la reine du brouillard, confie-t-elle. Mais les mauvais jours, j'en suis l'esclave ». Le système achemine aujourd'hui l'eau potable directement aux foyers, par plus de dix kilomètres de canalisations. Pour ces villages où les femmes portaient l'eau sur leur tête des heures durant, le changement a bouleversé le quotidien : les filles qui passaient leurs matinées à transporter des bidons vont désormais régulièrement à l'école.

Chacun des 600 mètres carrés de filets installés sur le mont Boutmezguida recueille jusqu'à une soixantaine de litres d'eau en 24 heures © Watts & Wild, iStock

Une eau qui n'avait jamais touché le sol

Le robinet fonctionnait, la canalisation tenait. Mais l'adoption ne fut pas immédiate. Certains villageois estimaient qu'une eau n'ayant pas été en contact avec la terre était dépourvue de minéraux, donc de vie. Or une eau « vivante » était jugée nécessaire aux rituels religieux et, plus encore, à la consommation. À leurs yeux, l'eau du brouillard ne remplissait pas ces conditions.

Fadma, une grand-mère de 52 ans, fut l'une des plus farouches opposantes au projet. Son ennemi juré, c'était le brouillard, raconte Jamila Bargach : un état entre deux états, indéterminé, synonyme de trop de flou. Avec le temps, son regard a changé. Fadma considère aujourd'hui le brouillard comme une source d'eau légitime, et ses petites-filles fréquentent l'école au lieu de transporter des bidons.

 Natural Aqua Canarias s.l.

Attraper le brouillard avec un arbre fontaine

Un arbre pour recueillir l’eau du brouillard : l’idée est ancienne et vient d’être redécouverte. Une entreprise des Canaries en fabrique même un modèle… métallique. L’un de ses promoteurs, Alain Gioda, historien du climat, chercheur à l’IRD et collaborateur de l’Unesco et de l’UICN-France, raconte à Futura-Sciences l’histoire de cette renaissance de savoirs du passé...... Lire la suite

L'arrivée de l'eau courante a aussi bousculé certains équilibres domestiques. Dépossédées de leur rôle d'unique pourvoyeuse d'eau du foyer, des femmes ont perdu une part de leur autorité. Dar Si Hmad a répondu par une « école de l'eau », axée sur les pratiques de préservation et l'alphabétisation de base. La logique était pratique : une femme incapable de lire les chiffres sur un téléphone ne peut pas signaler une canalisation rompue menaçant le mur d'argile de sa maison. Une étude de cas de l'université de Toronto, en 2022, a d'ailleurs souligné le travail délibéré de l'organisation sur la préservation culturelle, la coopération locale et l'autonomisation des femmes, jugées essentielles à la pérennité du système.

Où la technique aide, et où elle s'arrête

La reconnaissance du projet par l'agence des Nations unies sur le climat, en mai 2026, a braqué de nouveau les projecteurs sur cette technique, alors que l'épuisement des nappes phréatiques s'aggrave en Afrique du Nord et dans les régions côtières du globe. L'Organisation mondiale de la Santé estime qu'une communauté a besoin d'environ 75 litres d'eau par personne et par jour pour subvenir aux besoins des habitants, des cultures et du bétail. Une seule installation modeste peut atteindre ce seuil pour un village.

Les chiffres sont tout aussi parlants sur le plan humain. Rien qu'en Afrique, les femmes consacreraient chaque année quelque 40 milliards d'heures à aller chercher de l'eau. Le système marocain efface ce fardeau pour les familles qu'il dessert.

Quel est donc ce procédé révolutionnaire mis au point par le MIT pour générer de l'eau potable ? © MIT

Cette technologie révolutionnaire capte l’humidité dans l'air et délivre de l’eau potable en seulement quelques minutes

Une équipe d'ingénieurs du MIT (Massachusetts Institutes of Technology) a mis au point une technologie qui permet d'extraire l'eau de l'air ambiant bien plus rapidement que les dispositifs existants.... Lire la suite

Mais la collecte de brouillard n'est pas une solution universelle. Elle exige un brouillard régulier, une topographie précise et une altitude élevée. L'Arabie saoudite a récemment investi 7,2 milliards de dollars dans une usine de dessalement sur le golfe Persique, rappel que les régions arides dotées de côtes mais sans montagnes brumeuses requièrent des approches entièrement différentes.

Les filets du mont Boutmezguida fonctionnent parce que l'Anti-Atlas piège régulièrement l'humidité atlantique en altitude. Le système tourne désormais depuis assez longtemps pour prouver qu'une structure d'apparence simple, du maillage tendu entre des poteaux sur une crête isolée, peut résoudre un problème de pénurie d'eau que puits, camions et dessalement n'avaient pu régler.

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