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Il y a une vieille citation attribuée à Yogi Berra, ce joueur de baseball des Yankees de New York, qui dit : « Quand tu arrives devant un embranchement sur la route, prends-le ». C'est un peu ça que vivent les Jeux de l'Acadie, ces temps-ci.
Cette citation amusante et maladroite fait quand même réfléchir sur l'immobilisme et la prise de risques.
Après 47 ans d'existence, l’organisme est à une croisée des chemins et des décisions s’imposent afin qu’il reste pertinent auprès de la jeunesse.
Les réflexions en cours pour ce faire ont fait grand bruit depuis quelques semaines.
Pour une organisation, l'indifférence est la pire des choses. C'est pour ça que les dirigeants et les membres des Jeux de l'Acadie doivent se réjouir des questionnements soulevés par ces décisions.

Le drapeau des Jeux de l'Acadie lors de la cérémonie d'ouverture, le 24 juin 2026, à Edmundston.
Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle
Ça veut dire que l'organisation, même après près d'un demi-siècle d'existence, est encore pertinente et que les Acadiens y sont encore très attachés. C'est bon signe.
Une finale accessible à tous?
Parmi les annonces qui ont récemment fait réagir, on peut penser au choix de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, comme ville hôtesse de la 47e finale en 2029.
La décision a réjoui bien des gens, mais elle soulève aussi quelques interrogations : Combien ça va coûter et en a-t-on les moyens?

Le Centre scolaire et communautaire des Grands-Vents, à Saint-Jean, est la plus grande école du Conseil scolaire francophone provinciale de Terre-Neuve-et-Labrador. Elle sera probablement utilisée pour les Jeux en 2029. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Jesse Ferguson, l'entraîneur de mini-handball à l'école La Croisée, à Robertville, dans la région Chaleur, est de ceux qui aimeraient bien conduire son équipe à Saint-Jean.
Pour l'athlète, ça va amener quelque chose de différent, comme une aventure, dit celui qui n’a jamais participé aux Jeux. J'adorerais ça, si ça pouvait être à Saint-Jean, ça serait quand même spécial. Je suis certain que les gens de Saint-Jean vont nous accueillir vraiment, vraiment bien.
Il avoue néanmoins avoir des inquiétudes.
Mais est-ce que tous les joueurs de mon équipe vont être capables de payer? Est-ce que leur situation financière le permettra?, ajoute le mentor de Robertville. Le prix des billets d'avion, des déplacements en autobus et du traversier n’est pas à la portée de tous. Les parents pourront-ils suivre?
C'est une question que comprend le président de la Société des Jeux de l'Acadie (SJA), Jolain Doiron.

Gaël Corbineau, de la Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador, a mené la candidature de Saint-Jean pour accueillir les Jeux en 2029. À droite, le président de la Société des Jeux de l'Acadie, Jolain Doiron.
Photo : Société des Jeux de l'Acadie
On s'entend que les coûts vont être plus élevés. Les délégations sont conscientes de ça, déclare-t-il, en ajoutant que l'annonce du choix de Saint-Jean a été accueillie dans l'enthousiasme.
Déjà, les délégations disaient on va travailler, on va se lancer à partir de maintenant pour les campagnes de financement, des collectes de fonds, approcher des commanditaires. Il y en a qui ont parlé de chasse à l'as, de tournoi de golf, de loterie.
À 32 mois des premières compétitions, il est encore trop tôt pour établir les chances de succès.
D'après Jolain Doiron, Karen Sheriffs, la directrice générale des Jeux du Canada 2025 à T.-N.-L., va partager son expérience avec le comité organisateur de la Finale des Jeux de l'Acadie (COFJA) 2029.
Les idées ne manquent pas pour permettre au plus grand nombre de participer aux Jeux de l’Acadie 2029 malgré la distance.
Noliser des avions ou même mobiliser un bateau de Marine Atlantique qui partirait d'Halifax pour se rendre à Saint-Jean de Terre-Neuve, mentionne M. Doiron. Mais, il y a encore beaucoup de vérifications à faire.

Marine Atlantique relie la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve par traversier. (Photo d'archives)
Photo : Marine Atlantique
Savoir changer
Dans un monde qui change de plus en plus rapidement, comment les Jeux de l'Acadie peuvent-ils demeurer justes auprès de la jeunesse? C'est notamment ce qui ressort des sessions de travail tenues lors de l'Assemblée générale annuelle (AGA) à Tracadie, samedi.
Alors que l’heure est à la réflexion, des changements pourraient transformer le visage des Jeux.
Lors de l'AGA, il a été question de revoir la programmation sportive et culturelle, qui est en place depuis 2015.
Par exemple, la Voix des groupes a connu une baisse de participation. En 2024, seulement trois délégations étaient inscrites.

Marcel Dupuis répond aux questions de la délégation de Kent lors de la séance de travail sur la programmation sportive et culturelle, le 24 octobre 2026 lors de l'assemblée générale annuelle de la Société des Jeux de l'Acadie, à Tracadie, au Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / François Le Blanc
Patrice Michaud, président du comité régional au Restigouche, ajoute que d’autres avenues ont été explorées. On a même parlé des échecs et de la robotique, qui se fait dans les écoles, donne-t-il en exemple.
C'est vraiment préliminaire et embryonnaire, tient par contre à souligner Jolain Doiron.
Des questions ont été posées : faut-il garder des sports, mais modifier des règles? Et comment des activités s’inscrivent-elles dans le programme de développement à long terme des sportifs et des artistes?
Souvent, les Jeux sont la première grande compétition des jeunes.
Ces réflexions suscitent des débats. On n'avait pas accès à l'intérieur de la salle où se tenaient les discussions de l'AGA. Mais, en jasant avec les délégués, on sent que les gens ont les Jeux à cœur.

Les représentants des régions ont entamé un processus de réflexion sur l'avenir des Jeux, à savoir si des changements doivent être apportés sur quelques dossiers.
Photo : Radio-Canada / François Le Blanc
Une réflexion est notamment en cours sur les enjeux démographiques auxquels sont confrontés les Jeux.
On est encore loin d’un redécoupage des régions, mais la question mérite d’être posée maintenant pour éviter des transformations quand il sera trop tard. Comment regrouper des écoles pour former de bonnes équipes?
Kenneth Aucoin, directeur général des Jeux de l'Acadie en Nouvelle-Écosse, fait remarquer que la transformation n'a pas besoin d'être énorme. Des petits changements peuvent fonctionner, dit-il.
Mais ce n'est pas facile de faire des changements.

Dans un match à rebondissements, la Nouvelle-Écosse a eu le dessus sur Madawaska-Victoria pour une médaille de bronze en mini-handball, le 27 juin 2026 aux Jeux de l'Acadie, à Edmundston. Ce sport est très populaire auprès des jeunes de 11 et 12 ans.
Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle
La récente décision de changer les règles d'admissibilité en athlétisme a soulevé bien des protestations. Pour la finale 2027, un participant ne pourra faire qu'une seule discipline. Fini le temps où un jeune pouvait jouer au soccer, puis aller courir un 100 mètres.
Une pétition demandant de faire marche arrière a recueilli 1009 signatures depuis deux semaines.
Chaque région a aussi ses particularités et ses défis. On peut penser au manque de bénévoles d'un côté ou à la diminution de la population de l'autre.
Mike Couturier, président du comité du Madawaska-Victoria, rappelle qu'il y a aussi des défis pour rendre les jeux attrayants auprès des nouveaux arrivants.
Les Jeux sont déjà attrayants, mais il y a une nouvelle réalité culturelle. Il faut sensibiliser les nouveaux arrivants aux Jeux, car ils ne les connaissent pas. Il faut leur parler de la beauté des Jeux de l'Acadie.
Le travail ne manquera donc pas dans les prochaines années. Car, comme l'a aussi dit Yogi Berra : si tu ne sais pas où tu vas, tu finiras par aller à un autre endroit.
Et cette destination pourrait ne pas être la meilleure.


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