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FIGAROVOX/TRIBUNE - Une pétition signée par plus de 50.000 personnes demande l’entrée de Samuel Paty au Panthéon. Le député LR s’y associe : selon lui, la République honorerait ainsi le courage d’un professeur et la vocation émancipatrice de l’école.
Jean-Louis Thiériot est député LR de Seine-et-Marne et ancien ministre délégué aux Armées et aux Anciens Combattants.
Le 16 octobre 2020, Samuel Paty a été assassiné dans les conditions ignobles que chacun connaît. Après le temps du choc, du deuil et de la justice des hommes, rendue par la Cour d’appel de Paris en mars 2026, vient celui de la mémoire. Une pétition en faveur de la panthéonisation de Samuel Paty a été lancée par l’une de ses sœurs et de nombreuses personnalités. Elle a, à ce jour, recueilli plus de 50.000 signatures.
Le 23 avril, la présidente de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie, Joëlle Alazard, relayait dans un vibrant appel la nécessité d’honorer ce « héros tranquille », pour reprendre les mots de Robert Badinter. «Sous la coupole de Soufflot, la République ne range pas ses morts, écrit-elle, elle se choisit un destin.» La standing ovation reçue par le film L’Abandon au Festival de Cannes prouve combien le tragique destin de Samuel Paty entre en résonance avec le cœur du pays.
Samuel Paty n’est pas une victime. C’est un martyr, c’est-à-dire un témoin, de deux pierres angulaires de notre édifice républicain : la liberté de l’esprit qui, avec Voltaire, ne reconnaît ni le blasphème ni le sacrilège, et l’école, lieu de la transmission des savoirs et des héritages, creuset de l’esprit critique qui, seul, fait les citoyens libres, aptes à la délibération démocratique apaisée. Il est dans la droite ligne des «hussards noirs de la République», ces maîtres dont Charles Péguy rappelait sans cesse, dans L’Argent, la vocation émancipatrice.
Samuel Paty, alors qu’il était conscient des menaces, a fait le choix de continuer son œuvre, discrètement, obscurément. Il n’a rien abdiqué ; il a poursuivi sa mission d’éveilleur des consciences par l’histoire et par l’enseignement des valeurs civiques.
Joëlle Alazard rappelle fort justement que le temple de la rue Soufflot n’est pas seulement une assemblée de génies et de héros. Il ne salue pas seulement une œuvre, mais un geste ou un destin qui disent symboliquement le visage que se choisit la France : Victor Baudin, député républicain tombé sur les barricades en 1851, Sadi Carnot, assassiné par un anarchiste, ou encore Jean Zay, «emprisonné par Vichy et assassiné par la Milice, qui y entra non comme martyr militaire, mais comme bâtisseur : l’homme qui avait cru que l’école était un rempart contre la barbarie et qui en était mort».
Si l’on met à part l’agitation politicienne qui voudrait voir dans cette panthéonisation une stigmatisation fantasmée, les réserves exprimées l’ont été parce que Samuel Paty serait «une victime du terrorisme qui est devenue un symbole à son corps défendant». Cette lecture de la tragédie est factuellement fausse. Alors qu’au nom du «pas de vagues», de la volonté d’apaisement ou de la lâcheté générale, certains professeurs en viennent à s’autocensurer et à accepter l’inacceptable, Samuel Paty, alors qu’il était conscient des menaces, a fait le choix de continuer son œuvre, discrètement, obscurément, parfois en butte aux sarcasmes de quelques collègues. Il n’a rien abdiqué ; il a poursuivi sa mission d’éveilleur des consciences par l’histoire et par l’enseignement des valeurs civiques. Il l’a payée de sa vie. C’est bien le choix d’un homme libre, l’héroïsme des humbles, le patient travail des maîtres qui s’efforcent de transmettre et d’émanciper dans l’obscure poésie du devoir. Nier l’héroïcité de ces vertus est un contresens.
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Les destins de Samuel Paty et de Marc Bloch, qui va avoir les honneurs du Panthéon, consonnent admirablement. C’est l’avers et le revers d’une même médaille, aux deux extrémités de la chaîne. Marc Bloch, c’est l’immense historien et le résistant. Samuel Paty, c’est le professeur de collège qui crée le terreau fertile. Tous deux ont fait le choix de servir la République en transmettant l’Histoire de «l’homme dans le Temps», pour reprendre les mots d’Apologie pour l’histoire. L’un et l’autre ont payé dans leur chair les dysfonctionnements d’un État impuissant. L’Étrange Défaite, c’est l’échec d’une IIIe République finissante, arc-boutée sur de petits privilèges et le travail en silo d’administrations et d’états-majors aveugles. L’assassinat de Samuel Paty, c’est la même tragédie à l’échelle de l’Éducation nationale et de la sécurité intérieure. Frères de discipline et frères d’engagement, il serait juste qu’ils reposent ensemble au temple des Grands Hommes.
Certains pourront dire qu’il ne s’agit que d’un symbole, sans doute. Mais les pays comme les peuples se nourrissent de symboles, et les grandes liturgies républicaines ont une dimension performative. Elles sont action. Elles disent le visage qu’une nation aime d’elle-même. Le visage de Samuel Paty est de ceux-là. Il a le visage de la France et de la République.
C’est pourquoi, fidèle à cette exigence de mémoire et de transmission, je dépose une proposition de résolution invitant le gouvernement à demander la panthéonisation de Samuel Paty. La représentation nationale est donc fondée à émettre le vœu que le Président de la République, seule autorité habilitée à le faire, décide d’ouvrir à Samuel Paty les portes du Panthéon.


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