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Les astronomes amateurs découvrent des astéroïdes et des comètes. D'autres sont peut-être ce que l'on pourrait appeler des « planétologues amateurs », étant donné qu'ils chassent sur Terre des météorites qui sont des mémoires et des clés de l'histoire de la formation et de l'évolution très primitives du Système solaire.
France Télévisions a rencontré des passionnés, qui se livrent à une véritable chasse au trésor pour acquérir des météorites. Très présentes dans le Sahara, elles alimentent un business florissant, notamment pour les tribus nomades qui les vendent à prix d’or. © France 2
Certains de ces planétologues amateurs ont ainsi découvert des météorites martiennes et lunaires ; d'autres, des météorites faisant partie de la famille dite des howardites, qui proviennent probablement de l'astéroïde Vesta. D'autres, enfin, des membres de la famille des aubrites. Ces dernières sont liées à la chute d'une météorite en France, à Aubres, en 1836. Une nouvelle théorie portée par une équipe scientifique française évoque la possibilité d'un lien entre les aubrites, rien de moins que Mercure.
Les météorites, des fragments d'astéroïdes ?
On a de bonnes raisons de penser que beaucoup de météorites trouvées sur Terre sont des fragments provenant de collisions d'astéroïdes situés dans la fameuse Ceinture principale, entre Mars et Jupiter. Ces astéroïdes sont parfois eux-mêmes issus de collisions avec des corps parents bien plus gros, ce qui au final expliquerait pourquoi on trouve des familles avec des propriétés minéralogiques et chimiques bien définies et caractéristiques.
Au cours des dernières décennies, en se basant sur des simulations de la formation du Système solaire et des migrations planétaires que l'on pense s'être produites, on a des raisons de penser que la Ceinture principale d'astéroïdes n'est pas constituée que de petits corps qui se seraient formés dans le Système solaire interne, c'est-à-dire en deçà de l'orbite de Jupiter.
Les météorites fascinent, d'abord parce qu'elles viennent de l'espace interplanétaire et qu'il nous est ainsi permis en quelque sorte de le toucher des mains sur Terre, mais aussi parce que nous sommes bien conscients qu'elles nous connectent aux plus vieilles archives de la formation du Système solaire et même à l'origine de la vie. Une météorite prometteuse à cet égard a été découverte au Maroc il y a quelques années et les recherches en cours à son sujet montrent qu'elle est exceptionnelle, contenant des grains pré-solaires en grand nombre. Son nom : Chwichiya 002.... Lire la suite
Ce que la mécanique céleste suggère et l'étude de la cosmochimie de certaines météorites, c'est que certains des petits corps célestes de la Ceinture principale se sont sans doute formés bien au-delà de l'orbite de Saturne, dans le Système solaire externe, et sont issus de corps carbonés riches en eau et en traces d'activité hydrothermale.
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On aurait même des restes de comètes provenant du fameux nuage de Oort.
Oued Chebeika 002, une chondrite CI1 très rare
On peut citer à cet égard la découverte en juin 2024 dans la vallée de l'oued Chebeika (province de Tan-Tan, région de Guelmim-Oued Noun), au Maroc, de plusieurs fragments de la météorite appelée Oued Chebeika 002. Elle est classée parmi les chondrites carbonées de type CI1. Rappelons que les chondrites CI (ou chondrites C1) sont des météorites pierreuses carbonées extrêmement rares, dont la composition chimique est la plus proche de celle du Soleil. Elles sont donc très anciennes.
Il n'est pas anodin de faire remarquer que plusieurs de ces fragments portent encore des traces d'une croûte de fusion intacte, ce qui laisse penser - étant donné la fragilité de cette croûte - que la météorite est tombée tout récemment sur Terre et qu'elle n'a donc pas été modifiée par un long séjour sur Terre.
Un fragment de 33,5 g de Oued Chebeika 002. © Jean Redelsperger, Jérôme Gattacceca
La similitude isotopique observée entre Oued Chebeika 002 et d'autres chondrites CI, suggérant qu'elles pourraient provenir de la région où se sont donc formées les planètes géantes de glaces (Uranus et Neptune) et les comètes du nuage d'Oort, n'est pas ce qui est le plus remarquable. En effet, les analyses de la météorite ont révélé des points communs troublants avec les célèbres astéroïdes Ryugu et Bennu.
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Selon certains chercheurs, tous ces objets pourraient bien provenir d'un corps parent commun, qu'ils proposent de nommer Naunet (Nounet en français), d'après une déesse égyptienne des eaux primordiales, comme ils l'expliquent dans un article publié en accès libre dans Meteoritics & Planetary Science.
Jean Redelsperger dans un laboratoire avec un fragment de Oued Chebeika 002. © Jean Redelsperger
Derrière la découverte à destination du monde scientifique de Oued Chebeika 002, il y a l'un des grands collectionneurs et chasseurs français de météorites, Jean Redelsperger, que l'on a pu voir s'exprimer au début de la vidéo de France 2.
Comme lors de la découverte de Chwichiya 002, il a bien voulu raconter à Futura une partie de ses aventures avec cette météorite. Voici ce qu'il nous a raconté.
Mon fournisseur habituel au Maroc, Mohamed El Guirah, m'a envoyé les photos de plusieurs pierres noires trouvées près d'Abteh. À première vue, leur aspect évoquait une météorite carbonée, mais la piètre qualité des clichés me laissait sceptique. À ma question « es-tu sûr que c'est une météorite ? », Mohamed m'assura qu'un petit fragment présentait une croûte de fusion. Le vent du désert façonnant parfois des textures trompeuses, le doute persistait. Passionné par les météorites carbonées, j'ai tout de même pris le risque de les acheter.
La croûte de fusion est bien visible sur cet échantillon de Oued Chebeika 002. © Jean Redelsperger, Jérôme Gattacceca
Au déballage, ce fut la stupéfaction. Face à moi se trouvait une matière noire, fragile et bréchique, laissant des traces légèrement grasses sur les doigts. Elle arborait une authentique croûte de fusion et un magnétisme certain. L'absence de chondres visibles trahissait une nature extrêmement primitive, potentiellement de type CI. Plus troublant encore : une nette odeur d'hydrocarbure s'en dégageait, ce qui renforçait l'hypothèse d'une météorite carbonée.
J'avais l'impression de tenir le Graal, d'être le témoin privilégié d'une matière inédite. On distinguait également de petites inclusions blanches qui m'ont immédiatement fait penser aux carbonates observés sur les échantillons de l'astéroïde Ryugu.
Visuellement, avec ce côté matière agglomérée, on aurait dit un petit astéroïde, comme s'il y avait là une logique formelle fractale, ce qui renforçait un lien possible avec Ruygu et Bennu.
Jérôme Gattacceca examine Oued Chebeika 002 dans son laboratoire. © Jean Redelsperger
Enfin, en regardant à la loupe, j'ai aperçu de minuscules grains de métal d'un jaune éclatant ; je n'avais jamais rien vu de tel dans une météorite. C'était une découverte incroyable, et j'ai été submergé par une émotion profonde. J'ai immédiatement contacté Jérôme Gattacceca, scientifique au Cerege à Aix-en-Provence qui analyse les météorites, pour planifier une visite le 4 septembre 2024.
Ce jour-là, j'ai partagé ce moment privilégié avec Arnaud Valz-Blin, qui m'accompagnait. Dès le jour même, Jérôme Gattacceca a mené les premières analyses à l'aide d'un magnétomètre. Les valeurs obtenues se sont révélées très proches de celles de la célèbre météorite d'Orgueil, une CI1 : un premier signal très prometteur !
Le 22 octobre 2024, la nouvelle est tombée officiellement avec la publication de la météorite dans le Meteoritical Bulletin de la Meteoritical Society. C'est bien une chondrite de type CI1. Si le premier fragment déclaré pesait 43,4 grammes, mes déclarations suivantes ainsi que celles d'autres vendeurs ont permis de porter la masse totale connue à 418 grammes.
Pour la communauté scientifique, cela a été un véritable tsunami, car cette météorite est une véritable aubaine pour les scientifiques qui ont rapidement fait le lien entre les météorites CI et les fragments de Bennu et Ruygu.


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