La ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative se veut rassurante et combative dans un contexte budgétaire catastrophique. Elle prend la défense du monde associatif face à ses détracteurs mais prévient : l’État ne supprimera pas le contrat d’engagement républicain. Elle a répondu aux questions du groupe EBRA, dont fait partie notre journal.

Propos recueillis par Fabrice Veysseyre-Redon - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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Quels doivent être selon vous les rapports entre l’État et le monde associatif en 2026 ?

« Je considère que beaucoup d’actions aujourd’hui seraient impossibles sans les associations. C’est pour cela d’ailleurs que nous avons les marchés publics qui nous lient avec des associations qui viennent œuvrer et déployer des politiques publiques. La France n’aurait pas le même visage sans nos associations. Il est important de le rappeler tant leur travail est important. Les relations de l’État avec les associations, c’est aussi une relation de soutien et de confiance qui s’est établie au fil du temps et à laquelle je suis extrêmement attachée. Nous le manifestons bien évidemment par le soutien financier, mais aussi par le soutien à travers des guichets comme le Guid’Asso qui se déploie en France pour aider à la structuration du milieu associatif. »

Certains vous reprochent « d’engloutir 60 milliards » dans les associations, sans aucune forme de contrôle...

« Ce terme "engloutir", je l’ai pris comme un crachat à la figure des millions de Français qui s’engagent aujourd’hui dans des associations partout en France que ce soit dans nos clubs sportifs, dans nos associations caritatives comme les Restos du cœur, le Secours populaire ou le Secours catholique. Ces millions d’hommes et de femmes qui donnent de leur temps pour venir en aide aux autres et illustre notre devise républicaine. Ces chiffres sont issus d’une étude que nous avons publiée fin 2024 en toute transparence. Ils sont aujourd’hui manipulés pour donner une fausse photographie de la réalité. Tout d’abord, nous avions établi que les dépenses publiques (nationales comme locales) à destination des associations sont à hauteur de 53,3 milliards d’euros et non 60. On voit bien qu’il y a une espèce de suspicion que certains voudraient faire peser sur l’intégralité du monde associatif en parlant de fraude ou que sais-je encore. Or il est contrôlé au même titre que le monde de l’entreprise, par les services de Bercy. »

« J’entends la revendication des associations mais je suis favorable au contrat d’engagement républicain ». Photo Sipa /Mickaël Pinta

« J’entends la revendication des associations mais je suis favorable au contrat d’engagement républicain ». Photo Sipa /Mickaël Pinta

Pas mal d’associations souhaiteraient la fin de ce contrat d’engagement républicain. Que pouvez-vous leur dire ?

« J’entends cette revendication mais je suis favorable au contrat d’engagement républicain. J’ai demandé qu’on me sorte un état des retraits de subventions qui ont été consécutifs à une entorse faite au contrat d’engagement républicain. À date, six cas ont été jugés : trois en faveur des associations, trois en faveur des collectivités ou de l’administration. Il y a deux procédures toujours en cours et une où l’association n’a pas fait de recours. Donc on est vraiment à la marge et cela porte toujours sur des faits graves. Je dis aux associations qu’être soumis au contrat d’engagement républicain les sécurise et les protège de ceux qui veulent nous faire croire qu’il n’y a aucun contrôle ! »

« La jeunesse s’engage de manière peut-être plus ponctuelle, moins dans la durée, mais elle s’engage beaucoup »

En parallèle, vous êtes confrontée à une autre réalité qui est celle du budget et une réduction à hauteur de 9,1 millions sur votre ministère, avec un nouveau coup de rabot sur le service civique. Cette baisse des crédits fait déjà suite à une baisse de quasiment 25 % entre 2025 et 2026.

« Nous sommes au stade de la discussion et j’espère que nous arriverons à un compromis avec les parlementaires. Dans la proposition initiale, effectivement, le ministère des Sports de la jeunesse et de la vie associative consent un effort au même titre que les autres ministères, sauf les Armées et l’Education nationale. Je ne peux pas m’extraire de la solidarité gouvernementale mais c’est un effort qui est très mesuré par rapport à ce qu’on a pu connaître précédemment. On va baisser en effet de 10 millions d’euros (sur 500) l’enveloppe sur les services civiques mais nous comptons bien accomplir ces 135 000 missions prévues. »

L’année dernière, à l’occasion de ce même Forum national des associations, vous nous aviez dit en 2025 que vous vouliez renforcer l’engagement des jeunes via le service civique. Est-ce encore possible ? Que dit le bilan de l’année écoulée ?

« Oui c’est encore possible de renforcer l’engagement des jeunes. Sur 2026, on sera certainement un peu au-dessus des 135 000 missions. C’est vrai que ça nous demande de nous ajuster et de faire plus attention à nos propres dépenses. On fait beaucoup d’économies aujourd’hui sur notre propre fonctionnement interne, au profit de nos missions essentielles. Et puis nous développons de nouveaux outils pour renforcer l’engagement des jeunes. On a reconfiguré la plate-forme jeveuxaider.gouv.fr. Aujourd’hui nous avons 40 000 missions identifiées partout en France spécifiquement pour les 16-18 ans. Notre jeunesse s’engage, elle a envie de donner son temps, mais elle s’engage différemment, elle va sur des causes, elle va sur des festivals, elle va sur des actions caritatives. Donc elle s’engage de manière peut-être plus ponctuelle, moins dans la durée, mais elle s’engage beaucoup. »

« Dans cet esprit nous présenterons prochainement une nouvelle plateforme qui leur donnera une vision encore plus large. Par ailleurs je suis très attachée au mentorat. Dans le projet de budget, on ne touche pas au crédit du mentorat. Nous devons plus que jamais l’encourager, dans les associations comme dans les entreprises. »

« Il faut continuer à soutenir la solidarité »

Les associations sont en manque de visibilité, de stabilité. Elles demandent des conventions pluriannuelles. Est-ce réalisable ?

« Oui c’est réalisable même si bien évidemment, on a toujours une réalité budgétaire qui peut venir la remettre en cause. Je signe de plus en plus des conventions d’objectifs qui vont sur trois voire quatre ans puisqu’on a poussé la possibilité de les signer sur quatre ans. »

Tant sur le plan pratique que philosophique, quelle est votre priorité aujourd’hui ?

« Tout est affaire de priorité mais pour moi la priorité des priorités c’est de sanctuariser les mesures de défiscalisation. Quitte à les faire évoluer quand c’est nécessaire comme on l’a fait avec le doublement de la niche Coluche dès 2025. Il faut continuer à soutenir la solidarité. Je suis fière que l’État continue à aider les associations. »

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