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Tribune
Anton Brender
Economiste
Donald Trump est l’un des responsables de la hausse mondiale des taux d’intérêt, qui pénalise la France. Plutôt que de se réjouir du sort de l’un des leurs, les pays de la zone euro et la Banque centrale européenne devraient se serrer les coudes pour casser la spéculation, estime l’économiste Anton Brender dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 3 min.
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La tempête qui s’est levée sur les marchés obligataires mondiaux doit beaucoup à l’inconséquence des politiques menées par les Etats-Unis. En remettant en cause les alliances traditionnelles et en déstabilisant l’ordre commercial en place, Donald Trump a poussé de nombreux gouvernements occidentaux à s’endetter plus pour faire face à cette nouvelle donne géopolitique.
En même temps, en laissant filer son déficit budgétaire, le président américain force le Trésor à continuer d’emprunter, massivement, alors même que les géants de la tech, lancés dans une course folle, empruntent eux aussi à des rythmes jamais vus jusque-là.
Il en résulte, dans le monde entier, une pression à la hausse des taux d’intérêt. Elle est aggravée par les effets du blocage du détroit d’Ormuz, conséquence d’une « excursion » militaire irréfléchie [déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, le 28 février]. Partout, les banques centrales sont amenées à élever leurs taux directeurs pour éviter que l’augmentation du prix des carburants ne conduise à une hausse durable de l’inflation.
Pour la France, la tempête déclenchée par Donald Trump survient au pire moment : depuis deux ans maintenant, notre gouvernement a perdu le contrôle de son solde budgétaire et les choses ont peu de chance de changer avant l’été 2027. L’incertitude sur les résultats des élections à venir – présidentielle puis législatives – pousse d’autant plus les taux français à la hausse que le capital de crédibilité accumulée du pays en matière budgétaire est, pour dire le moins, faible : jamais, depuis trente ans, les engagements de rééquilibrage pris par nos gouvernements ont-ils été tenus. Difficile de s’étonner, dès lors, que les taux auxquels notre Etat emprunte soient les plus élevés de la zone euro. Quand une tempête survient, les navires dont personne ne tient la barre sont les plus en risque !
Coopérer plus étroitement
L’étonnant toutefois est l’assourdissant silence de nos partenaires européens. Certains se réjouissent, assez naturellement, de voir enfin la France sanctionnée par les marchés pour son indiscipline constante. Ils auraient tort de se réjouir trop longtemps. D’abord, nos taux ne sont plus les seuls à s’écarter toujours plus de ceux de l’Allemagne : ceux de la Belgique, de l’Italie et de l’Espagne font maintenant clairement de même.
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