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Interview : ce que la mission de Sophie Adenot va changer pour la recherche… et pour nous

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La mission Epsilon de Sophie Adenot va démarrer lors de son séjour dans la Station spatiale internationale (ISS), mais en réalité, le travail a déjà commencé au sol depuis des mois. Rémi Canton, Chef de projet vols habités au Cadmos (Centre d'aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales), a coordonné la préparation des expériences françaises.

Futura : Avant de partir, à quoi ressemblent les dernières semaines de Sophie Adenot sur Terre ?

Rémi Canton : Sophie [Adenot] est aux États-Unis où elle alterne entre Houston, au Texas, et Cap Canaveral, en Floride, pour finaliser sa préparation. Elle a aussi une répétition générale avec SpaceX pour réviser les automatismes du lancement à bord de la capsule Crew Dragon.

Enfin, elle terminera avec quelques jours de quarantaine avec son équipage, l'objectif étant bien sûr de rester en parfaite santé avant de s'envoler.

Futura : Une fois dans l'espace, elle aura différentes expériences à réaliser, comment tout cela est-il conçu sur Terre ?

Rémi Canton : Notre travail au Cadmos/Cnes est de comprendre les besoins exprimés par la communauté des chercheurs et de préparer du matériel et des protocoles qui y répondent. Notre mission n'est pas d'occuper Sophie durant son séjour, mais de répondre à ces objectifs scientifiques et de préparer les technologies nécessaires à l'exploration de demain, à bord du laboratoire de recherche un peu particulier qu'est l'ISS.

L'ISS est un laboratoire habité en permanence depuis 25 ans. © Artsiom P, Adobe Stock

C'est notre travail du quotidien, quelle que soit la nationalité des membres d'équipage. En revanche, lorsque nous savons qu'un astronaute français va partir, nous préparons un ensemble d'expériences un peu plus étoffé, mettant en valeur notre savoir-faire et nos partenaires scientifiques et industriels.

Futura : Et qu'y a-t-il dans ce package prévu pour Sophie Adenot ?

Rémi Canton : Parmi la dizaine d’expériences du Cnes, il y en a une (EchoFinder) qui va tester un système d'imagerie par échographie, combinant réalité augmentée et intelligence artificielle pour permettre aux astronautes de réaliser des échographies de bonne qualité en complète autonomie, c'est-à-dire sans assistance depuis la Terre et même sans connaissance médicale préalable.

Il y a une autre thématique sur la biocontamination, avec une expérience (MultISS) qui permet d'identifier les contaminations de surface pour pouvoir mieux les traiter, et une autre (MatISS-4) qui va tester des revêtements de matériaux pour limiter la propagation de ces contaminations, afin bien sûr que l'environnement soit le plus sain possible dans un environnement confiné.

Futura : Tout cela dans le but de favoriser le quotidien des astronautes ?

Rémi Canton : En partie oui, mais avec à chaque fois des retombées dans nos vies quotidiennes, les contraintes spatiales servant d'accélérateurs technologiques, mais l'objectif principal est ailleurs. Il s'agit d'abord de faire de la recherche, de répondre à des questions scientifiques, pour améliorer les connaissances et mieux comprendre des phénomènes qui ne peuvent être observés sur Terre. Trouver une application à ces recherches ne vient qu'après, c'est le fonctionnement même de la recherche scientifique.

Sophie Adenot est la 11e astronaute française. © ESA

De plus, ces applications ne sont pas uniquement destinées aux astronautes, mais aussi et surtout aux besoins terrestres. Typiquement, les dispositifs médicaux qui sont testés dans l'ISS pourront être utilisés dans les déserts médicaux, et les revêtements résistants à la contamination bactérienne déployés dans les milieux hospitaliers, les transports en commun, etc.

Futura : Et quel est l'intérêt de pratiquer toutes ces expériences dans l'ISS ?

Rémi Canton : L'impesanteur permet d'observer l'inobservable. Sur Terre, nous ne pouvons pas supprimer de manière permanente les effets de la gravité. L'ISS nous offre cet environnement et nous permet ainsi d'ouvrir les yeux sur des phénomènes physiologiques, biologiques ou physiques qui sont masqués sur Terre par les effets de la gravité.

C'est pourquoi l'ISS est un laboratoire unique et capital pour nos recherches. Si nous avions un moyen de supprimer la gravité sur Terre en appuyant sur un bouton, les scientifiques auraient fait cela depuis longtemps. Pour eux, l'espace est surtout une contrainte !

Futura : Si on résume, à quoi sert-il d'envoyer des astronautes dans l'espace ?

Rémi Canton : Les grands programmes de coopération internationale répondent en premier lieu à des enjeux géopolitiques et de prestige. Mais quitte à avoir ce formidable outil de recherche, nous essayons de l'utiliser au mieux. Et pour cela, nous avons besoin des astronautes pour faire fonctionner ce laboratoire, soit en tant qu'opérateurs, soit en tant que sujets d'expériences physiologiques.

La durée des expériences est d'ailleurs généralement bien plus longue que les missions des astronautes. Les stations privées qui devraient prendre le relais après la fin de l'ISS porteront également cet objectif.

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