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Photo tirée du film documentaire Libres de choisir qui a été présenté sur la Côte-Nord la semaine dernière. Photo Picbois Productions
Dans la région, on retrouve uniquement deux cliniques de planning familial où peuvent être réalisées des interruptions de grossesse, soit à l’Hôpital Le Royer de Baie-Comeau et à l’Hôtpital de Sept-Îles. Cette réalité complique l’accès aux services pour les personnes ne demeurant pas à proximité des deux centres, ailleurs sur l’immense territoire nord-côtier.
Le Regroupement des femmes de la Côte-Nord, en collaboration avec la maison de productions Picbois, présente ces derniers jours une tournée de projection du film documentaire Libres de choisir dans quatre villes de la région. Le but : informer la population avec des informations validées et actuelles.
« La principale motivation, nous, c’est vraiment dans la transmission d’informations qui soient justes (…) Parce que l’interruption de grossesse, c’est un soin qui est quand même sensible au temps. C’est-à-dire qu’on n’a pas les mêmes options si on attend trop longtemps. Puis c’est aussi une situation souvent où on souhaite quand même agir vite, mais quand on n’a pas les bonnes informations, c’est difficile », dit Carol-Ann Boudreault, responsable des communications pour le Regroupement des femmes de la Côte-Nord.
Sur la Côte-Nord, seuls deux centres pratiquent les interruptions de grossesse, ce qui entraîne des enjeux d’accès aux soins.
« Il y a tout l’enjeu du déplacement, il y a l’enjeu de la confidentialité aussi, puis c’est difficile d’avoir la bonne information, malheureusement », dit Mme Boudreault.
En plus de présenter le film documentaire dans quatre MRC de la Côte-Nord, le Regroupement des femmes de la Côte-Nord a lancé l’initiative À moi de choisir Côte-Nord, qui est un site web informatif sur les interruptions de grossesse et les ressources régionales disponibles.
« Au moment où on a une grossesse imprévue, puis qu’on se demande quoi faire, avant même d’avoir pris une décision, juste de savoir c’est quoi les options qui s’offrent à nous, comment on peut aussi se diriger pour faire son choix », dit Carol-Ann Boudreault.
Le site web À moi de choisir Côte-Nord a été lancé officiellement le 8 octobre. Photo Regroupement des femmes de la Côte-Nord
Sur le site web, on retrouve une liste de ressources qui sont neutres et qui sont là pour écouter et renseigner les femmes sur les options qui s’offrent à elles. Le site est traduit en anglais et devrait bientôt être traduit en innu. Le site peut être consulté au amoidechoisir.ca.
Désinformation
La chercheuse à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, spécialisée dans les mouvements anti-avortement, Véronique Pronovost, prend part à la tournée de projection du film documentaire, afin de discuter avec les gens et répondre à leurs questionnements concernant les interruptions de grossesse. Selon elle, il y a encore beaucoup de désinformation entourant les interruptions de grossesse.
« Par exemple, le fait que les femmes utilisent l’avortement comme contraception, que les femmes se font avorter pour aucune raison valable à 38 semaines. Donc, c’est beaucoup de ces mythes, ces préjugés qui viennent alimenter les positions », dit Mme Pronovost.
Chercheuse à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, spécialisée dans les mouvements anti-avortement, Véronique Pronovost était présente lors de projections du film documentaire Libres de choisir. Photo Myriam Baril Tessier
Elle explique que, dans le documentaire, on retrouve plusieurs témoignages de femmes qui ont vécu un avortement. Des femmes de tous les âges et qui ont vécu une interruption de grossesse à différents moments de l’histoire du Québec, par exemple quand l’intervention n’était pas légale.
« C’est vraiment intéressant d’aller au-delà des idées reçues pour aller confronter les gens dans leurs idées, justement grâce à ces témoignages qui sont extrêmement doux, extrêmement lumineux. Le documentaire a réussi à faire ça, et c’est très rare qu’on va parler d’avortement de manière positive, de manière, je ne vais pas dire légère, mais d’une manière plus neutre », dit Mme Pronovost.
Rappelons que l’avortement est un droit et qu’il a été décriminalisé partout au Canada depuis 1988.
Concernant la montée de l’idéologie anti-choix, la chercheuse explique qu’au Québec, selon les chiffres de 2022-2023, on retrouve seulement 5 % de la population qui se dit ouvertement contre le droit à l’avortement. 40 % seraient totalement en faveur et puis il y a un peu plus du tiers de la population qui est entre les deux. Doit-on s’inquiéter ?
« Il ne faut pas être alarmiste, il ne faut pas comparer nécessairement l’ampleur des mouvements ici au Québec, dans le reste du Canada ou aux États-Unis. Cela dit, je pense qu’il faut demeurer mobilisé sur cette question-là. Parce que, malheureusement, on commence à voir de plus en plus, de différents mouvements sociaux ou différentes tendances, donc idéologiques, qui se mettent à travailler ensemble, notamment sur la question de l’avortement », dit Véronique Pronovost.
Cette dernière explique qu’en ce moment, ce n’est pas nécessairement une période où les mouvements pour les droits des femmes peuvent espérer faire de nouveaux gains.
« On est plutôt en train d’essayer de sauver les meubles. »
Il reste deux projections grand public du film documentaire sur la Côte-Nord. Une à Sept-Îles, lundi le 12 octobre à 19 h au Centre des Congrès de Sept-Îles et la dernière à Havre-Saint-Pierre, mercredi le 14 octobre à 19 h à la Shed-à-Morue.
Nadia Dorval
Diplômée en Arts et technologies des médias, Nadia Dorval a été animatrice à la radio durant près de sept ans. Ses expériences en développement philanthropique... Lire la suite
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