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Scan du visage, identité numérique ou documents officiels : la protection des mineurs va concerner bien plus que les mineurs.
Présenté le 24 août 2026 par le Premier ministre Christopher Luxon, l’Online Safety (Minimum Age and Child Safety Risk Assessment) Bill vise les réseaux sociaux considérés comme présentant un risque élevé pour les mineurs, notamment Instagram, TikTok, Snapchat et Facebook.
Christopher Luxon justifie cette offensive par les conséquences des réseaux sociaux sur les adolescents : contenus nuisibles, mécanismes addictifs, sommeil, santé mentale ou scolarité. « Nous ne pouvons tout simplement pas accepter les dommages causés à une génération d’enfants néo-zélandais », affirme le Premier ministre.
L’objectif peut difficilement être contesté. La méthode, elle, mérite quelques secondes supplémentaires de réflexion.
Votre date de naissance ne suffira plus
Les plateformes concernées devraient prendre des « mesures raisonnables » pour s’assurer que leurs utilisateurs ont au moins 16 ans. Le gouvernement cite plusieurs possibilités : informations déjà détenues sur le compte, estimation de l’âge à partir du visage, services d’identité numérique ou présentation d’une pièce officielle.
Une simple date de naissance déclarée par l’utilisateur ne serait pas suffisante à elle seule.
Les entreprises récalcitrantes pourraient recevoir une amende allant jusqu’à 10 % de leur chiffre d’affaires mondial. Autant dire que le bouton « J’ai plus de 16 ans » risque rapidement de prendre sa retraite.
Le dispositif n’englobe cependant pas tout Internet. Les messageries comme WhatsApp ou Discord, certains jeux en ligne et les IA destinées principalement à l’information ou à la productivité comme ChatGPT sont (pour le moment) exclues. En revanche, les compagnons conversationnels conçus pour simuler une relation personnelle ou émotionnelle entreraient dans le dispositif.
Voilà donc une protection de l’enfance aux frontières assez particulières : certains services fréquentés par des adolescents échappent au filet, tandis que Facebook ou Instagram devront déterminer si l’internaute qui se présente devant eux a bien dépassé l’âge réglementaire.
En France, le Conseil constitutionnel vient précisément de pointer le problème
L’histoire ressemble étrangement à celle que nous venons de vivre en France.
Le Parlement avait définitivement adopté le 21 juillet une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Mais le 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré le cœur du dispositif. Les Sages ont écrit noir sur blanc que l’interdiction impliquait que « toute personne, même majeure, fasse la preuve de son âge avant d’y accéder ».
C’est exactement le problème : pour contrôler une minorité de mineurs, il faut techniquement trier l’ensemble des utilisateurs. Le Conseil a également reproché au législateur français de ne pas avoir suffisamment encadré les conditions de cette vérification et les garanties protégeant la vie privée.
Même deux partis du gouvernement néo-zélandais disent non
Le projet de Christopher Luxon est d’ailleurs loin d’être adopté. ACT et New Zealand First, les deux partenaires de coalition de son Parti national, refusent de le soutenir.
New Zealand First assume clairement son inquiétude : le parti estime qu’un tel système conduirait nécessairement vers l’identité numérique ou des restrictions supplémentaires et menace les libertés et la vie privée de l’ensemble de la population. Le Parti travailliste n’a pas encore promis ses voix. À ce stade, Christopher Luxon reconnaît lui-même que le texte ne pourra pas être voté avant la dissolution du Parlement précédant les élections de novembre.
Protéger les enfants des mécanismes addictifs et des contenus dangereux est une nécessité. Mais lorsqu’un dispositif destiné aux mineurs impose aux adultes de prouver qu’ils sont adultes, le sujet change de dimension. La France vient d’en avoir la démonstration juridique. La Nouvelle-Zélande s’apprête à tenter l’expérience grandeur nature.
Et comme souvent avec le numérique, le contrôle annoncé pour quelques-uns commence par installer l’infrastructure capable de contrôler tout le monde.


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