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La mairie avait des rapports, des alertes et des réunions ; les familles ont fini par ajouter des plaintes.
Les plaignants estiment que les deux anciens responsables municipaux connaissaient la gravité des risques encourus par certains enfants. Leur avocate, Me Lise-Honorine Bornes, affirme que leur « responsabilité pénale individuelle » est engagée.
Une première alerte qui remonte à 2015
La chronologie avancée par les familles ne commence pas en 2026. Le 14 avril 2015, Jean-Pierre Lecoq, alors maire du VIe arrondissement, interpelle déjà l’exécutif parisien sur la sécurité du recrutement des personnels en contact avec les enfants. Le compte rendu officiel du Conseil de Paris est aujourd’hui particulièrement embarrassant à relire. Anne Hidalgo reprochait notamment à l’élu de nourrir des « polémiques politiciennes sur chaque sujet », avant de laisser Emmanuel Grégoire répondre sur le fond.
Onze ans plus tard, la polémique n’est plus seulement politicienne. Selon les éléments des plaintes consultés par l’AFP, SOS Périscolaire avait également écrit à Patrick Bloche dès décembre 2021 pour l’alerter sur des faits de maltraitance. Une visioconférence avait suivi en janvier 2022.
Au vu de cette chronologie, la bureaucratie parisienne semble avoir découvert une nouvelle unité de temps : l’alerte à maturation lente.
Saint-Dominique : deux animateurs mis en examen et incarcérés
Les trois familles avaient déjà porté plainte entre mars et mai pour différents faits présumés concernant leurs enfants à l’école Saint-Dominique, dans le VIIe arrondissement : agressions sexuelles, violences, non-assistance à personne en danger et, pour l’une d’elles, viol. Deux animateurs ont été mis en examen le 23 mai et écroués. L’information judiciaire concerne des faits à caractère sexuel présumés commis au préjudice d’une vingtaine d’enfants.
132 animateurs suspendus en quelques mois
Le décor général donne une idée de l’ampleur de la crise. Entre le 1er janvier et le 5 juin 2026, 132 animateurs parisiens ont été suspendus. Parmi eux, 52 l’ont été pour des soupçons de violences sexuelles ou sexistes. Les plaintes contre Hidalgo et Bloche franchissent toutefois un cap : elles cherchent désormais à déterminer si les responsables politiques eux-mêmes disposaient d’informations suffisamment précises pour agir davantage.
« Omerta » : une accusation des familles, pas un fait établi
Les plaignants vont très loin. Ils accusent Anne Hidalgo et Patrick Bloche d’avoir « délibérément » décidé d’organiser une « véritable omerta ». Anne Hidalgo avait déjà répondu aux accusations en février 2026 sur France Inter : « Je ne peux pas laisser dire que nous serions restés depuis 2015 sans rien faire ». Elle avait notamment affirmé que des responsables n’ayant pas transmis certains signalements avaient été écartés ou licenciés.
L’avocat de l’ancienne maire n’a pas souhaité commenter les nouvelles plaintes et le parquet n’a pas communiqué à ce stade. La qualification de non-assistance à personne en danger obéit à des critères précis prévus par l’article 223-6 du Code pénal. Il faudra donc établir ce que savaient exactement Anne Hidalgo et Patrick Bloche, à quel moment, et quelles actions étaient concrètement possibles.
Après les rapports, les signalements, les mutations, les suspensions et les commissions, ce sont désormais les magistrats qui vont devoir regarder dans les tiroirs.


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