NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
En 2026, la randonnée ne concerne plus seulement les pratiquants aguerris. Selon la Fédération Française de la Randonnée, le trekking, qui consiste à parcourir un itinéraire sur plusieurs jours ou semaines en pleine nature, séduit de plus en plus les jeunes. Le sondage «La randonnée et les Français», mené par l'Union Sport & cycle en 2025, indique que 27% des randonneurs déclarent avoir déjà réalisé une randonnée itinérante, une pratique qui atteint 52% chez les 18-24 ans interrogés. Ce regain d'intérêt pour le trekking en montagne est en partie porté par un public qui suit les influenceurs sur les réseaux sociaux.
Si la montagne paraît atteindre son pic de popularité ces dernières années, Samuel Sempé, directeur du parc national des Écrins, un espace protégé au cœur des Alpes, nuance l'idée de surfréquentation. Celui-ci rappelle que l'affluence était à son paroxysme à la fin des années 1980. En revanche, ce qu'il observe indéniablement, c'est l'arrivée des néo-randonneurs attirés là par les réseaux sociaux.
NEWSLETTER
Recevez le meilleur de Slate directement dans votre boîte mail.
→
Dans une enquête menée par le parc en 2025, 25% des personnes présentes sur leurs sites déclarent avoir connu leur lieu de bivouac grâce aux plateformes sociales en ligne. Cette proportion dépasse les 30% en ce qui concerne le lac du Lauvitel ou le lac de la Muzelle.
La pratique du bivouac est plus populaire que jamais selon Samuel Sempé. Entre 2021 et 2025, le nombre de tentes observées sur certains sites a doublé. Sur les rives du lac de la Muzelle, le parc a comptabilisé jusqu'à 215 tentes au cours d'une même nuit en août 2025. L'enquête des Écrins montre tout de même que le bouche-à-oreille reste le premier canal d'information, même si ces chiffres illustrent une transformation plus large des usages de la montagne, dans laquelle les réseaux sociaux occupent désormais une place importante.
Cette arrivée de néophytes oblige le parc à redoubler de pédagogie, car pour Samuel Sempé, accueillir et protéger vont de pair: information, médiation, campagnes avec les offices de tourisme et, en dernier recours, contrôle sur le terrain, le parc tente de préserver les espaces sans fermer la porte à ceux qui les découvrent.
Mais ces nouveaux randonneurs ne font pas que changer le visage des sentiers, ils en redessinent aussi les codes esthétiques. Sur les réseaux sociaux, la randonnée devient une expérience à mettre en image. Le départ est choisi en fonction de l'heure à laquelle le soleil se couche pour avoir la plus belle luminosité sur la photo une fois arrivée au point de chute. La tenue, elle aussi, est soigneusement préparée: pantalon de trek, lunettes futuristes et bandanas font maintenant partie du décor. Petit à petit, la montagne devient aussi une affaire de style.
Une esthétique soigneusement choisie
De la tenue construite autour de la paire de Salomon à la photo de la tente au bord d'un lac turquoise, ces images finissent par composer un univers reconnaissable, codifié. C'est précisément ce que désigne le terme «aesthetic», qui inclut tout ce qui est relatif à la beauté et à son appréciation.
Vous l'avez peut-être remarqué, les vêtements outdoor sont devenus stylés. Ce phénomène porte un nom, le «gorpcore». Apparu en 2017 sous la plume du journaliste Jason Chen dans The Cut, ce mot désigne une esthétique inspirée de l'équipement technique. À l'origine, les vêtements sont pensés pour leur fonction –protéger de la pluie, du froid, faciliter le mouvement– mais leur utilité devient progressivement une tendance à part entière.
Sur Instagram ou TikTok, la tenue fait partie de l'image au même titre que la nature. Dans son ouvrage Sociologie de la mode, Frédéric Godart analyse la manière dont les vêtements contribuent à la construction de l'identité et aux mécanismes d'imitation et de distinction. Appliquée à la randonnée, cette lecture permet de comprendre ce que le «gorpcore» raconte: il ne suffit plus seulement de pratiquer la montagne, il faut aussi en adopter les codes stylistiques.
En plus des vêtements, l'esthétique englobe aussi le paysage, la lumière et la manière de cadrer l'expérience. Un sommet au lever du soleil, une tente qui semble perdue dans l'immensité des plaines ou même une silhouette de dos face aux sommets enneigés deviennent des images immédiatement identifiables. Que reste-t-il alors de la déconnexion recherchée au cœur de la nature lorsque l'expérience est pensée pour être postée sur les réseaux?
Une déconnexion qui n'en est plus une
La randonnée est à l'origine associée à la coupure avec le quotidien. Pourtant, l'imaginaire contemporain de la montagne se construit de plus en plus à travers les écrans. Samuel Sempé raconte: «J'ai vu parfois des influenceurs ou influenceuses avec le trépied, le cercle lumineux, pour faire leur vidéo, quelque chose qu'on ne voyait jamais auparavant.»
En 2021, l'étude The Instagrammable outdoors - Investigating the sharing of nature experiences through visual social media, menée par Irma Arts, Anke Fischer, Dominic Duckett et René van der Wal, montre que cette recherche perpétuelle de l'esthétique finit par impacter l'expérience elle-même et uniformise les représentations de l'outdoor.
Les auteurs décrivent des personnes qui, même si elle souhaite oublier les réseaux et déconnecter pendant leur sortie, prennent malgré tout certains clichés parce qu'elles savent qu'ils pourront être publiés ensuite. Il faut donc faire un choix: profiter du moment ou produire l'image du moment?Les chercheurs parlent d'une standardisation de l'imaginaire collectif, les paysages «instagrammables» repérés sur les réseaux sociaux contribuant à façonner ce que l'on cherchera à voir et à photographier une fois sur place.
C'est là que se joue le paradoxe. Tandis que la pratique de la randonnée est une expérience fondée sur le moment présent et l'immersion, elle finit par être pensée en amont pour créer une parfaite mise en scène.





























.jpg)






French (CA)