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En raison des compressions annoncées par Ottawa dans plusieurs ministères et départements, dont celui de Service correctionnel Canada (SCC), le poste de bibliothécaire risque d’être aboli de tous les pénitenciers, craint un organisme.
Book Clubs for Inmates, un organisme à but non lucratif, a tiré la sonnette d’alarme en faisant circuler une lettre ouverte adressée au ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, pour qu’il freine ces possibles abolitions.
Plus de 2000 personnes et organismes un peu partout au pays ont signé la lettre.
Tom Best, directeur général de Book Clubs for Inmates, soutient que les bibliothécaires dans les prisons jouent un rôle crucial, et pas seulement pour l'organisation des lieux.
Ils sont surtout aussi très doués pour recommander des livres adaptés au niveau de lecture de chacun, particulièrement pour ceux qui, par exemple, sont des lecteurs réticents, affirme-t-il.
Environ 70 % des détenus qui entrent dans les prisons fédérales ont un niveau d'alphabétisation inférieur à la 10e année, selon des données du Bureau de l'enquêteur correctionnel.
En janvier 2026, Service correctionnel Canada a confirmé avoir envoyé des lettres à 18 bibliothécaires leur indiquant que leur poste pourrait être aboli.
En éliminant les derniers postes de bibliothécaires à compter du 1er avril, SCC prévoit de faire des économies de 2,4 millions de dollars.
SCC a aussi décidé d’interrompre le financement de la formation collégiale dans les pénitenciers fédéraux au Québec.
Une nouvelle tentative
L’ex-commissaire de Service correctionnel Canada, Don Head, se souvient être intervenu dans des circonstances similaires en 2008.
À l’époque, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait lui aussi demandé aux ministères d’effectuer des compressions au sein de la fonction publique.
Lorsque je suis devenu commissaire, j'ai en fait interrompu cette initiative, en partie après m'être rendu dans les pénitenciers fédéraux pour constater de visu ce qui se passait dans les bibliothèques, explique-t-il.
Cela m'a permis de mieux comprendre le rôle que jouaient les bibliothécaires dans l'éducation globale, la santé mentale et la réinsertion des délinquants sous responsabilité fédérale.
Il espère que le nouveau commissaire, Talal Dakalbab, nommé par le premier ministre Mark Carney le 3 mars dernier, pourra renverser la vapeur.
Les bibliothécaires, une bouée de sauvetage
Dans un courriel, une porte-parole de Service Correctionnel Canada explique que dans le cadre de nos efforts visant à augmenter l’accès à des ressources numériques dans nos établissements, les détenus ont désormais un meilleur accès à l’information et aux possibilités d’apprentissage.
De nombreux pénitenciers fonctionnent déjà sans bibliothécaire attitré sur place, ajoute la porte-parole.
Or, le simple fait de disposer de livres ou d'un accès numérique n'est pas forcément utile sans la présence d'une personne possédant les connaissances et les compétences nécessaires pour les guider et les orienter vers les bonnes ressources, explique M. Head.
Dans certaines circonstances, les bibliothécaires en milieu carcéral savent aussi tisser des liens privilégiés avec certains détenus.
Melissa Munn, professeure de criminologie au Collège de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, se souvient d’un détenu qui avait été placé en confinement solitaire.
Il m’a confié qu’ils étaient sur le point de se suicider. Et puis, le chariot de livres est passé, et il a lu le même ouvrage, Les Misérables. Ils l’ont lu et relu, relate-t-elle. Il a pu s’accrocher dans une situation qui, autrement, aurait de quoi rendre fou.
Elle maintient que la présence d’un bibliothécaire qui poussait le chariot ajoutait un aspect humain à la relation.
Pour sa part, M. Best espère que les postes de bibliothécaires seront sauvés, mais il est prêt à travailler à trouver des solutions.
Si la décision est bel et bien irrévocable et qu’ils s’apprêtent à supprimer tous ces postes de bibliothécaires, j’espère qu’ils collaboreront avec nous pour trouver des modèles appropriés, souhaite-t-il.
Service correctionnel Canada doit effectuer des compressions qui s’élèvent à 132,2 millions de dollars sur trois ans.


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