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Inédit : une étude révèle ce que la chaleur fait à notre cerveau dès des températures « normales »

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En 2003, l'Europe a connu un épisode de canicule qui reste dans les mémoires. Des dizaines de milliers de décès ont été enregistrés. Beaucoup en France. Et depuis, les vagues de chaleur se multiplient. S'intensifient. Se rallongent. Comme autant de conséquences du réchauffement climatique anthropique. Les scientifiques l'avaient prévu. Ils savent aussi qu'il existe un seuil de température au-delà duquel le corps humain surchauffe. La mortalité explose. C'est le pire des scénarios.

L’étude « Les humains face à la chaleur » fait apparaître de nouveaux seuils à partir desquels les effets de la chaleur se font sentir. © Rapport « Les humains face à la chaleur », Human Adaptation Institute

La chaleur n’est pas seulement mortelle

Mais les chercheurs savent que la chaleur a beaucoup d'autres effets sur nous. Troubles du sommeil, difficulté à fixer son attention, perte de mémoire. Ces effets peuvent sembler presque anecdotiques face au danger de mort qui plane lorsque le mercure s'affole. Pourtant, ils ne sont pas à prendre à la légère dans un monde qui se réchauffe comme le nôtre. Les scientifiques explorent la question depuis le début des années 2020. Et une équipe du Human Adaptation Institute, en lien avec la Banque européenne d'investissement, a lancé une enquête originale à ce sujet il y a quelques mois. Les résultats que ces chercheurs présentent aujourd'hui sont, pour beaucoup, aussi inattendus que préoccupants.

Le saviez-vous

Ce rapport constitue un premier volet d’une étude qui se mènera sur plusieurs années et sur l’ensemble des pays européens. Trois pays ont été sélectionnés pour commencer : la France comme référence, la Pologne qui reste peu touchée par les fortes chaleurs, et l’Espagne qui est déjà très impactée. Les chercheurs ont questionné quelque 4 000 personnes et croisé les réponses obtenues avec des études menées en parallèle – notamment par le Human Adaptation Institute et sa chambre climatique – et des chiffres de stations météorologiques. Le tout pour comprendre comme les populations vivent les fortes chaleurs et comment elles projettent leur adaptation au réchauffement climatique. Comprendre, finalement, les effets de la chaleur sur les humains.

« Les seuils à partir desquels nous avons vu les premiers problèmes liés à la chaleur apparaître m'ont vraiment interpelé », commente pour nous Christian Clot. Le président du Human Adaptation Institute travaille pourtant sur la question depuis plusieurs années maintenant. « Nous ne nous attendions pas à observer un début de dégradations psychologiques et mentales aussi rapidement. Dès 24°C moyens sur 24 heures ou 32°C en pic. »

« À New York, les études montrent qu’à partir de 25-26 °C, 1 °C de température en plus, c’est 1,58 % d’accidents en plus. Au-delà de 10 °C supplémentaires, la croissance du nombre d’accidents devient exponentielle », raconte Christian Clot, le président du Human Adaptation Institute. © Anatoly, Adobe Stock

Chaleur et accidents sont intimement liés

C'est la perte de mémoire qui arrive la première. La perte d'agilité et de concentration se produit rapidement ensuite. Et les chercheurs notent même de premières difficultés à faire acte social. « À ce stade, le plus embêtant, ce sont les pertes de concentration et de vigilance. » Parce qu'elles font grimper les taux d'accidentologie, aussi bien dans la vie civile que professionnelle.

D'autres études arrivent à la même conclusion. « Entre accidentologie et chaleur, il y a une relation directe. » Le résultat non seulement de la perte d'attention, mais aussi de la perte d'envie de partage. « Lorsqu'il fait chaud, l'être humain a moins envie de communiquer. Alors en cas de problème, il le dit moins que d'habitude et des accidents peuvent alors survenir. »

On a tendance, à tort, à considérer la chaleur comme un problème futur.

« On a tendance à considérer la chaleur comme un problème futur. Pourtant, ces températures auxquelles apparaissent les premiers effets, nous les vivons déjà aujourd'hui en Europe et en France », nous fait remarquer Christian Clot. Jusqu'à très récemment, la science s'est surtout intéressée aux seuils mortels. « Mais heureusement, on meurt encore peu de la chaleur. Et ce n'est finalement pas le problème majeur. Nous découvrons qu'il y a de nombreux autres effets de la chaleur dont on parle encore peu et nous venons de mettre des chiffres sur ces phénomènes. »

La Climate Sense, c’est la chambre climatique mise au point par le Human Adaptation Institute comme une expérience immersive unique au monde qui nous plonge dans le climat du futur, dans un monde à 50 °C. © Human Adaptation Institute

Qui des jeunes ou des plus âgés subissent le plus les effets de la chaleur ?

L'autre surprise que ces chiffres font apparaître, c'est l'impact de la chaleur sur les jeunes. Comprenez, dans le cas présent, les 18-29 ans. « Jusqu'ici, tout le monde s'est beaucoup concentré sur les tout petits et sur les plus âgés. Parce que, et c'est légitime, nous nous inquiétons d'abord de la mortalité induite par la chaleur. Et de ce point de vue, les populations les plus à risque, ce sont bien les enfants et les plus de 60 ans. Mais de gros progrès ont été faits dans le domaine. Avec une canicule en 2024 aussi intense que celle de 2003, nous avons enregistré moins de 10% de mortalité comparative. Il est important de le souligner. Nous avons fait du bon travail en réduisant drastiquement la mortalité liée à la chaleur. Mais pour le reste... »

Avant de livrer de nouveaux chiffres, Christian Clot nous partage un autre résultat de l'étude, « Les humains face à la chaleur », qui permet de comprendre. Son équipe montre en effet que le stress est un facteur fortement aggravant de l'impact de la chaleur. Or, les jeunes sont beaucoup plus stressés que les plus de 60 ans. De quoi expliquer qu'ils soient aussi beaucoup plus affectés par la chaleur : de l'ordre de 30 % pour la première tranche d'âge contre seulement 16 % pour la seconde. « On ne parle pas ici de mortalité, mais de perte de mémoire, de perte d'envie professionnelle, de perte de concentration, d'accidents, etc. »

Ce qui devrait nous inquiéter, c'est que « les impacts dérivés de la chaleur s'avèrent finalement bien plus graves que l'impact direct de mortalité », nous fait remarquer Christian Clot. Un accident dû à un défaut d'attention peut tuer. Et puis, il y a d'autres effets auxquels on pense moins. « La saturation des milieux hospitaliers, nous cite en exemple le président du Human Adaptation Institute. Nous l'avons observée en 2024. Lorsqu'on est contraint de trier les patients, on risque des décès supplémentaires. »

Un sommeil dégradé

Autre effet dérivé de la chaleur, les impacts à long terme. « De premiers résultats obtenus par des chercheurs chinois suggèrent qu'une exposition de 10 années à des chaleurs élevées réduit l'espérance de vie et provoque des maladies chroniques. Cela reste à confirmer, mais les travaux que nous menons sur les travailleurs exposés à la chaleur vont aussi dans ce sens. »

Parmi les impacts dérivés les plus marqués, la dégradation du sommeil. « Il n'y a là rien de vraiment nouveau », reconnaît Christian Clot. Mais sur ce point encore, l'étude du Humain Adaptation Institute a le mérite de mettre des chiffres sur ce que tout le monde supposait. « Pendant la canicule d'août 2025, 68% des Français ont vu leur sommeil nettement dégradé. » Pour apprécier ce pourcentage à sa juste valeur, il faut noter qu'au quotidien, déjà 45 % des Français se plaignent de la qualité de leur sommeil. « Le chiffre est monté bien plus haut tout de même pendant cette période de fortes chaleurs qui n'a pourtant duré que trois jours. On imagine que des canicules qui dureraient 15 ou 20 jours pourraient donc entraîner des états de fatigue extrêmes. L'enjeu est important. » D'autant que l'on connaît les conséquences dévastatrices du manque de sommeil sur les humains.

L’un des principaux enseignements de l’étude, c’est la dégradation marquée ressentie par les Français de leur sommeil pendant les périodes de fortes chaleurs. © Rapport « Les humains face à la chaleur », Human Adaptation Institute

Des Français prêts à plier bagage

Ajoutez à cela le fait que le volet France de l'étude « Les humains face à la chaleur » montre que 93 % de la population pensent que les températures vont nettement augmenter au cours des 15 prochaines années. Et que presque autant considèrent la chaleur comme un vrai souci pour le futur. « En revanche, près de 50% des Français ne voient pas quoi entreprendre pour se protéger des effets de la chaleur ou pour les éviter », regrette Christian Clot.

Résultat, et c'est encore un chiffre déconcertant, « plus de 30% des personnes interrogées estiment qu'elles devront déménager dans les 15 ans à venir en raison de la chaleur ». Pour certains, la volonté affichée est « seulement » de trouver un logement mieux adapté. Pour beaucoup tout de même, il s'agirait de changer de région. « Mais on ne pourra pas déplacer 20 millions de personnes... »

« La santé, c’est évidemment ce qu’il y a de plus important à traiter. Mais la perte de productivité est un autre enjeu que nous explorons. Elle est réelle. Avec l’absentéisme, le manque d’envie, la réduction de l’intensité du travail, chaque année, nous perdons de plus en plus d’heures de travail à cause de la chaleur », souligne Christian Clot, le président du Human Adaptation Institute. © Rapport « Les humains face à la chaleur », Human Adaptation Institute

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux face à la chaleur

« Après avoir dit tout ça, il nous semble important de rappeler que l'humanité ne pourra pas s'adapter à des conditions de chaleur trop importante. La première chose à faire, donc, c'est de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre pour atténuer le réchauffement climatique », nous rappelle le président du Human Adaptation Institute.

Toutefois, la voie sur laquelle nous sommes aujourd'hui engagés ne nous permettra pas d'éviter d'être confrontés à des périodes de chaleur extrême. Alors nous devrons mettre en place, en parallèle, des mesures d'adaptation. Et pour les chercheurs, ça commence par l'éducation. « Sur le plan individuel, nous pouvons apprendre à mieux nous hydrater. Parce que dans 80% des cas d'effets chaleur, nous voyons aussi une déshydratation. » En la matière, les idées reçues semblent avoir la vie dure. « On entend trop souvent encore, par exemple, qu'en cas de forte chaleur, il ne faut pas boire trop pour ne pas transpirer trop. Ou encore que boire plus de deux litres d'eau dans la journée peut être dangereux. »

Les personnes âgées sont plus vulnérables et résistent souvent mal aux vagues de chaleur. © Fizkes, Adobe Stock
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La bonne nouvelle pourrait venir d'un autre résultat de l'étude. Pas moins de 93 % des Européens déclarent faire confiance aux recommandations des médecins sur le sujet. Redonner de la visibilité à la parole médicale devrait donc suffire à améliorer grandement la situation.

D'autant que la question de l'hydratation crée des inégalités dans notre société. Lorsque 22 % des hommes se déclarent très affectés par la chaleur, les femmes sont jusqu'à 27 %. Et c'est pire au niveau européen avec des chiffres respectifs de 29 % et de 41 %. « Les données que nous avons pu recueillir avec notre chambre climatique le confirment. Les femmes sont beaucoup plus sensibles à la chaleur », confirme Christian Clot. Parmi les principales causes identifiées, le fait que les femmes boivent moins que les hommes. Comment l'expliquer ? « Le plus plausible, c'est que lorsque les toilettes publiques - à l'école notamment - sont sales, les filles apprennent à se retenir. Pour y arriver, elles boivent moins. Il se crée alors un automatisme "ne pas boire pour moins uriner" qui perdure toute la vie. Nous sommes là face à un enjeu systémique. Et c'est presque une bonne nouvelle aussi parce que c'est un point sur lequel nous pouvons agir. »

Toute une éducation à faire

De manière plus générale, Christian Clot appelle à former les populations. Et ce dès le plus jeune âge. « Au Japon, on enseigne bien aux enfants à faire face aux tremblements de terre. Apprendre les effets de la chaleur ou l'impact de l'humidité ou encore comment bien s'hydrater, ce n'est pas plus compliqué. » Pour cela, malgré tout, le chercheur imagine qu'il faudra réussir à s'accorder sur nos représentations. « Aujourd'hui, on utilise le rouge vif pour symboliser 36°C, par exemple. Quelle couleur allons-nous utiliser quand il fera 45°C ? Il faut se poser la question dès à présent. Je n'ai pas la réponse. Ce n'est pas mon métier. Mais ce que je vois, c'est que les gens sont perdus. »

Pour ce qui est de la solution dont tout le monde parle, nous avons aussi des choses à apprendre. « La climatisation, on peut être contre, mais dans certains cas de figure, elle est et sera nécessaire. Notamment à l'hôpital. Encore faut-il installer les bons systèmes. Car aujourd'hui, la plupart des climatiseurs installés en France ne sont pas "tropicalisés". Ils ne fonctionnent pas... quand il fait trop chaud ! Résultat, en cas de fortes chaleurs, nous risquons des pannes en cascade », nous signale Christian Clot.

 l’un chaud et sec, l’autre chaud et humide, l’autre froid et sec et le dernier froid et humide. Dans le cadre du projet Deep Climate, ils seront 20 volontaires à le suivre dans l’expérience. En commençant par la forêt équatoriale de Guyane. © Marion, Adobe Stock
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« Pour aller plus loin, nous devons aussi nous poser des questions sur nos plans d'urbanisme. Prévoir des ombrières, végétaliser. C'est évident. Permettre la rénovation énergétique des bâtiments en zone classée. C'est indispensable. Éviter les erreurs grossières comme la construction d'immeubles en verre qui, une étude à Singapour l'a démontré, se transforment en pièges mortels en moins de 12 heures en cas de panne de climatisation pendant une canicule. Enfin, nous devons nous demander si chaque habitant de la commune peut disposer d'une solution pour se mettre à l'abri, d'un "espace fraîcheur". Sans penser à construire des infrastructures supplémentaires, nous pourrions imaginer ouvrir les bâtiments publics à cet effet ou même les entreprises climatisées. Parce qu'il faut savoir, c'est encore une bonne nouvelle, que 76% des chefs d'entreprise que nous avons interrogés à ce sujet se disent prêts à mettre leurs locaux à disposition la nuit. »

« Nos travaux révèlent des enjeux spécifiques qu'il faut adresser sans attendre. Et c'est tout à fait possible. Mais cela demande des efforts, avec des investissements importants et des adaptations sur plusieurs années. Il faut donc choisir avec attention les axes d'action. Ce rapport, ainsi que le Human Adaptation Institute, sont là pour aider à orienter ces choix », conclut Christian Clot.

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