Et si une goutte d’ambre pouvait raconter l’histoire d’un cataclysme oublié ? Au Japon, des scientifiques viennent de mettre au jour une trace spectaculaire d’un tsunami préhistorique, non pas dans des falaises ou des dépôts sédimentaires, comme le veut la tradition, mais… dans de l’ambre. Une résine fossilisée qui renferme bien plus que de vieux insectes figés : elle contient les marques d’un désastre marin remontant à l’époque des dinosaures.
Une découverte cachée dans l’ambre
C’est dans une carrière du nord d’Hokkaido, à Shimonakagawa, que des chercheurs japonais ont analysé des dépôts datés entre 116 et 114 millions d’années. À cette époque, la région se trouvait au fond d’un océan profond. Les échantillons d’ambre extraits de ces couches géologiques présentaient une caractéristique très inhabituelle : des structures de déformation internes appelées “structures de flammes”, typiques de sédiments qui ont été déplacés ou écrasés avant leur durcissement définitif.
Pour comprendre ce qu’il s’était passé, l’équipe a utilisé une technique d’imagerie par fluorescence, qui permet de visualiser l’intérieur de l’ambre en le soumettant à de la lumière ultraviolette. Résultat ? Des motifs de déformation qui suggèrent une origine brutale, rapide et sous-marine. En d’autres termes : un tsunami.
Une hypothèse appuyée par d’autres indices géologiques
Ce n’est pas la seule preuve en faveur de cette interprétation. Autour de ces ambres, les chercheurs ont également trouvé :
Des amas de boue déplacés,
Des traces d’un glissement de terrain probablement provoqué par un séisme,
Et surtout, de grands troncs d’arbres entiers, reposant sur ce qui était autrefois le fond marin.
Ces éléments combinés forment un tableau clair : quelque chose d’énorme a projeté arbres, sédiments et résine au fond de l’océan, où l’ensemble a été rapidement recouvert, préservant la scène depuis plus de 100 millions d’années.

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Crédits : :Thomas Horig/istockL’ambre : nouveau témoin des catastrophes naturelles ?
Jusqu’à présent, les scientifiques s’appuyaient sur des preuves géologiques côtières pour identifier les tsunamis passés : galets déplacés, sédiments bouleversés, ou grandes pierres transportées par des vagues titanesques. Mais ces traces sont souvent ambiguës, car les tempêtes violentes laissent elles aussi des dépôts similaires.
Ce que montre cette nouvelle étude, publiée dans Scientific Reports, c’est que l’ambre peut offrir un nouveau type de preuve, bien plus précis. Car contrairement aux roches ou aux sédiments, la résine végétale est sensible aux conditions de dépôt : si elle est emportée trop tôt, avant d’avoir durci, sa structure interne s’en trouve modifiée. Et c’est exactement ce que les chercheurs ont observé.
« La résine offre un aperçu rare et précis des processus de dépôt », explique Aya Kubota, paléontologue à l’Université Chuo de Tokyo et co-autrice de l’étude.
Un champ de recherche inédit
En étudiant ce qu’ils appellent désormais la “sédimentation de l’ambre”, les scientifiques ouvrent un nouveau champ de recherche : celui des archives fossiles invisibles à l’œil nu. Et au-delà du tsunami lui-même, cette découverte permet aussi de mieux comprendre les conditions géologiques, écologiques et climatiques de cette époque reculée.
Ce que nous raconte cet ambre, c’est l’histoire oubliée d’une catastrophe naturelle d’ampleur, survenue bien avant l’existence des humains. Un événement assez puissant pour faire plonger une forêt entière dans les profondeurs marines… et qui, miraculeusement, a laissé sa trace dans une goutte de résine figée dans le temps.
Les détails de l’étude sont publiés dans Scientific Reports.