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Chaque année est l’occasion de souligner des anniversaires d’événements au chiffre rond. Il y a 10 ans comme il y a 100 ans, ils ont marqué la petite ou la grande histoire… et trouvent parfois écho dans notre monde actuel. Aujourd’hui, retour sur le moment où Pluton perdit son titre de planète, il y a 20 ans.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>Le sort de Pluton en a été jeté en août 2006, à Prague, lors de l’Assemblée générale de l’Union astronomique internationale (AI). Les astronomes réunis y adoptent par un vote à main levée les trois critères qui désormais définiront ce qu’est une planète. Ces critères excluent Pluton du club sélect des planètes. Pluton devient alors une planète naine. Certains astronomes, principalement états-uniens, s’insurgent contre ce déclassement de Pluton, qui était la seule planète ayant été découverte par un des leurs. Encore aujourd’hui, quelques experts espèrent encore redonner à Pluton ses lettres de noblesse, dont notamment Jared Isaacman, l’administrateur de la NASA nommé par Donald Trump !
Déjà, dans les années 1990, alors que les télescopes se perfectionnent et mettent en lumière de plus en plus de corps de petite taille orbitant autour du Soleil, les astronomes commencent à remettre en question le seul critère définissant alors une planète, soit celui d’un corps qui tourne autour du Soleil, et à ressentir le besoin de définir plus précisément ce qu’est une planète.
Deux critères respectés, sur trois
En 2006, trois critères sont proposés. Le premier critère va de soi : le corps céleste doit tourner autour du Soleil. Le second : le corps doit être de forme sphérique. Le troisième : le corps doit être seul sur son orbite autour du Soleil, son environnement orbital doit être dépourvu de débris.
Pluton a donc perdu son statut de planète parce qu’il ne remplit pas le troisième critère, note l’astrophysicien Robert Lamontagne, chargé de cours à l’Université de Montréal. Pluton partage en effet son orbite avec de nombreux petits corps de la ceinture Kuiper, cette zone en forme d’anneau au-delà de l’orbite de Neptune qui regroupe des débris glacés et des restes de la formation du système solaire. Mais la Terre est entourée de la Lune, pourrait-on argumenter. La Lune n’orbite pas autour du Soleil, mais plutôt autour de la Terre !
La masse du corps est déterminante pour les deuxième et troisième critères, fait remarquer l’astrophysicien « Tous les objets dans le système solaire se sont formés par accrétion, c’est-à-dire par agglutination de petits grains de sable, de petits cailloux, qui se soudent ensemble. Lorsqu’un objet atteint une certaine masse, sa force gravitationnelle tend à [arrondir la forme de l’objet], à lui faire adopter une forme plutôt sphérique. Sous cette masse critique, l’objet gardera une forme un peu bizarre, en forme de patate. C’est pour cette raison que les astéroïdes ont des formes un peu bizarres », explique-t-il.
Également, plus un objet est massif, plus il aura tendance en tournant autour du Soleil à attirer, à retenir et à accréter par sa force gravitationnelle les objets qui se trouvent sur son orbite. On dit qu’il nettoie le voisinage de son orbite, poursuit l’astrophysicien.
En même temps qu’ils adoptaient ces trois critères, les astronomes ont créé une nouvelle classe d’objets célestes : celle des planètes naines, qui sont des corps de forme plutôt sphérique qui orbitent autour du Soleil, mais dont la masse n’est pas suffisante pour avoir nettoyé leur environnement orbital.
Dès leur adoption, les trois critères définissant ce qu’est une planète ont été décriés majoritairement par des astronomes états-uniens. Nombre d’entre eux n’acceptaient pas que Pluton, qui avait été découverte par l’Américain Clyde Tombaugh en 1930, perde sa stature planétaire !
En 1931, les studios Walt Disney avaient donné le nom de Pluto au chien de Mickey en hommage à cette découverte américaine dans les dessins animés Mickey Mouse.
S’ajoutait à cela le fait que, quelques mois auparavant, la NASA avait lancé la sonde spatiale New Horizons à destination de Pluton. « Le responsable de la mission, Alan Stern, a été profondément irrité par cette “rétrogradation”. Il avait dit à l’époque : “Quand ma sonde est partie, Pluton était une planète. Je vais faire tout ce que je peux pour que, quand elle arrivera, Pluton soit redevenue une planète” », relate M. Lamontagne.
« Un sens intuitif, émotif »
« Même s’il s’agit simplement d’une étiquette, pour la vaste majorité des gens, le mot “planète” a un sens intuitif, émotif, signale-t-il. Pluton avait une espèce de statut particulier, surtout auprès des enfants, parce que c’était la plus petite des planètes et qu’elle était très loin. Des enfants ont même écrit des lettres à l’UAI pour faire part de leur tristesse. »
On a dû revoir la phrase mnémotechnique pour retenir le nom des désormais huit planètes de notre système solaire. L’une des phrases qui ont été retenues est : « Mon vieux, tu m’as jeté sur un nuage ! »
Plus récemment, une dépêche de l’AFP a rapporté que l’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, avait évoqué la possibilité que l’agence spatiale américaine réintègre Pluton dans la famille des planètes.
Sans viser à redonner à Pluton son statut de planète, certains astronomes cherchent de nouveaux critères qui seraient moins flous. Brett Gladman, de l’Université de la Colombie-Britannique, a proposé en 2024 une modification des critères actuels. Son premier critère devient : un objet qui tourne autour d’une étoile. Il règle ainsi le sort des exoplanètes, qui ne tournent pas autour d’une étoile autre que le Soleil.
Le deuxième critère, qui remplace celui de la sphéricité, en est un de masse. Pour décrocher le statut de planète, le corps doit avoir une masse minimale de 1023 kg. En deçà de cette masse minimale, il s’agit de planètes naines. Pluton, qui a une masse près de huit fois moindre que la masse minimale, est de ce fait une planète naine.
Brad Gladman a remplacé le dernier critère par une masse supérieure de 1028 kg, Si la masse d’un corps excède cette limite, il s’agit d’une étoile.
« Ce sont des critères très robustes et qui sont plus faciles à vérifier, car on sait mesurer des masses dans l’espace », dit-il.
Qu’importe que Pluton ne soit plus une planète, la sonde New Horizons, qui a survolé une de ses faces en 2015, a révélé un monde géologiquement actif composé notamment de structures de méthane gelées de plusieurs centaines de mètres de hauteur qui reposeraient sur une mer liquide.
Ce monde fascinant a redoublé l’intérêt des astronomes pour ce corps céleste. Et a fait dire à certains d’entre eux qu’une telle complexité géologique devrait suffire pour réhabiliter Pluton !


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