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Il plonge là où presque personne n’ose aller : ce que Gabriel Barathieu révèle sur les profondeurs du lagon de Mayotte

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Il y a dix ans, Gabriel Barathieu posait ses bagages à Mayotte, parce que sur cette île, il peut vivre ses passions « sans avoir à prendre l'avion tous les mois ». La plongée tout d'abord. Et la plongée en zones profondes, surtout. La photo également. Avec pour principal objectif la découverte des récifs coralliens.

À Mayotte, effectivement, il est gâté de ce point de vue. Un lagon immense, une double barrière de corail, une biodiversité riche. L'endroit n'a rien à envier à ces régions réputées comme les plus belles du monde et que d'autres photographes ont prises pour cibles. « J'aime par-dessus tout l'idée de plonger vers des zones difficiles d'accès, ces parties profondes du lagon qui restent inexplorées », nous confie celui qui est aussi le président de Deep Blue Exploration depuis 2019.

Un petit crabe, gardien des coraux de Mayotte. © Gabriel Barathieu, Tous droits réservés

Plonger pour faire avancer la science

L'objectif de l'association : rapprocher des plongeurs photographes naturalistes, des scientifiques, des artistes et des auteurs de vulgarisation scientifique pour explorer, étudier, sensibiliser et préserver les écosystèmes récifaux. Sa part, Gabriel Barathieu la fait, par exemple, en contribuant au programme Corcoma porté par Deep Blue Exploration. « Ce programme permet de suivre l'évolution de la santé des récifs coralliens de Mayotte et le potentiel rôle de refuge des récifs profonds. »

Et Corcoma est d'autant plus important que la biodiversité locale a connu récemment bien des tourments. Un épisode de blanchissement sévère en 2024. Puis un cyclone dévastateur. Alors les plongeurs redoublent d'efforts pour rapporter toujours plus de données aux chercheurs. Mais ce n'est pas simple. « Parfois, nous devons même savoir dire non à un protocole scientifique. » Parce que le milieu est hostile.

De ses plongées dans le lagon de Mayotte, Gabriel Barathieu rapporte toujours des images splendides. Ici, le spot de « Balcon sur le Bleu » de la passe en S. © Gabriel Barathieu, Tous droits réservés
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Alors avant de se lancer, il faut avoir passé au moins jusqu'au niveau 3 de plongée. Puis, il faut suivre une formation « recycleur ». « Le recycleur, c'est ce qui vous maintient en vie, une fois au fond. Un dispositif qui recycle et vous permet de réutiliser l'air que vous expirez », nous explique le président de Deep Blue Exploration. Une première formation pour pouvoir descendre jusqu'à 70 mètres. Une seconde pour viser les 120 mètres. Et entre tout ça, Gabriel Barathieu ne conseille que trop de prendre le temps d'acquérir de l'expérience. Plusieurs centaines d'heures de plongée. « C'est un milieu très sélectif. Il faut avoir du temps à y consacrer. Et les moyens financiers. » Parce que le prix d'un recycleur se compte en milliers d'euros.

Partons à la découverte de Raja Ampat avec Gabriel Barathieu pour une fabuleuse plongée haute en couleur. © Gabriel Barathieu
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L'autre difficulté, c'est la préparation mentale. « La descente se fait en 3 minutes et on ne peut pas rester plus de 15 minutes à 120 mètres de profondeur. » Une question de pression et de saturation.

« Mais il faut compter presque 3 heures de décompression à la remontée. Et pendant ce temps-là, on est livré à soi-même. Il faut être discipliné et bien dans sa tête sinon, la plongée profonde devient vite dangereuse. »

Ici, une photo du crâne d’un animal non identifié dans une grotte à 75 mètres de profondeur dans le lagon de Mayotte. © Gabriel Barathieu, Tous droits réservés

Des découvertes inattendues dans le lagon de Mayotte

Le milieu est tellement exigeant qu'on ne passe finalement jamais le cap de la décontraction, celui où il deviendrait possible de profiter pleinement du paysage. À chaque fois, ce ne sont que de toutes petites portions du récif qui peuvent être explorées. Et « toujours un saut dans l'inconnu. Parce qu'on explore des zones qui ne l'ont jamais été auparavant. Alors même si on garde un œil sur la montre et sur les paramètres de plongée, il y a beaucoup d'excitation. »

On ne protège bien que ce qu’on connaît bien

Finalement, la démocratisation du recycleur, qui a débuté il y a 20 ans, a permis aux hommes d'atteindre ces contrées inexplorées. Et comme « on ne protège bien que ce qu'on connaît bien », le défi que relève l'association Deep Blue Exploration au quotidien est d'engranger un maximum de connaissances.

En ce mois de janvier 2026, d'ailleurs, les plongeurs se sont lancés dans un inventaire des coraux profonds de Mayotte. Avec le soutien du biologiste marin français Michel Pichon. Un spécialiste des coraux qui est venu d'Australie spécialement pour ça. « En un mois de sorties, nous espérons faire de belles découvertes », commente Gabriel Barathieu.

Déjà, depuis qu'il a commencé à collaborer avec des scientifiques, le plongeur a eu le bonheur de mettre la main sur cinq ou six espèces nouvelles. « Nous avons surtout contribué à élargir les aires de répartition et les profondeurs d'évolution de pas mal d'espèces. Nous avons documenté plus d'une trentaine d'espèces qui n'étaient pas référencées à Mayotte. Et au moins une dizaine qui n'était pas référencée dans l'océan Indien. Énormément de poissons ou de crustacés, aussi, qui n'étaient connus que jusqu'à 40 mètres de profondeur et qui sont apparus bien plus profondément. » De quoi changer le regard de la science sur ces espèces et sur la façon dont ces écosystèmes peuvent être gérés.

La mission Gumbo La Baharinie 2 avait pour objectif de réaliser un modèle 3D complet de cette grotte karstique sous-marine à 75 mètres de profondeur par la technique de photogrammétrie. © Gabriel Barathieu, Tous droits réservés

Encore des zones inexplorées à découvrir

En explorant le lagon de Mayotte, l'équipe de Gabriel Barathieu a aussi découvert plusieurs grottes karstiques. Comprenez, des grottes formées par le ruissellement des eaux à travers le sol. Elles ont été produites lors de la dernière ère glaciaire, au Pléistocène. Elles ont ensuite été noyées quand le niveau de l'océan est remonté de plusieurs dizaines de mètres il y a environ 15 000 ans. « Une mission nous a permis d'extraire de l'une de ces grottes une stalagmite âgée de 18 000 ans. Son analyse qui est en cours devrait révéler des données essentielles à la compréhension du climat passé. »

Mais plonger ainsi dans une grotte, « c'est encore une autre discipline », nous confie le président de Deep Blue Exploration. « On est sous plafond. Si on veut remonter, il faut d'abord regagner l'entrée - ou la sortie - de la grotte. Quand elle se situe à 130 mètres de profondeur, on peut s'aventurer sur 100 mètres à l'intérieur et puis il faut ressortir. Nous n'avons ni les compétences ni le matériel pour aller plus loin. » Alors peut-être que des engins motorisés pourraient s'en charger ? « Pour qu'un ROV puisse accomplir le travail, il faudrait le libérer de son cordon ombilical. Parce que ces grottes sont sinueuses. Mais un robot autonome, ça coûterait des centaines de millions d'euros. C'est inenvisageable. »

Ces grottes, toutefois, ne sont pas condamnées à garder leurs secrets. « Il y a des plongeurs français qui savent le faire. J'ai de premiers contacts avec l'un d'eux. Mais une telle expédition coûte cher elle aussi. Et la science fondamentale, ce n'est pas forcément ce qui attire le plus de financements aujourd'hui. » L'association se développe tout de même. Elle a obtenu des aides pour investir dans un voilier. D'autres pour monter des projets. Mais pour aller plus loin, Gabriel Barathieu rêverait d'un ou deux mécènes privés qui suivent plongeurs et chercheurs dans leurs aventures. L'avis est lancé...

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