Depuis longtemps, les barbes et les hommes qui les portent ont la réputation d’être sales. Effectivement, les barbus sont généralement considérés comme étant peu soucieux de leur hygiène. Mais qu’en est-il en réalité ? Que dit réellement la Science sur le sujet ?
Quand la Science s’intéresse à la pilosité faciale
En 2017, une étude pilotée par l’Université du Missouri (Etats-Unis) a démontré que les clients de restaurants percevaient les serveurs portant la barbe comme moins hygiéniques et plus sales que leurs homologues rasés de près. Ces travaux se sont basés sur les réactions de plus de 500 consommateurs face à différents degrés de pilosité faciale : rasé de près, barbe de trois jours et barbe complète. Evidemment, tout n’est pas simplement une question de perception puisque la Science a son mot à dire.
En 1967, dans le cadre de travaux menés par l’Industrial Health and Safety Office de Fort Detrick (Etats-Unis), il était déjà question de considérer le sujet sous un autre angle. Les auteurs de l’étude ont tenté de déterminer si les scientifiques barbus travaillant en laboratoire présentaient ou non un risque biologique pour leur famille ou leur entourage. Après avoir pulvérisé des bactéries et des toxines sur des mannequins et des volontaires avec ou sans barbe (lavée ou non), les auteurs ont tenté de récupérer ces microbes par frottis et lavages. L’étude a démontré que les poils de barbe retiennent efficacement les micro-organismes. En revanche, le plus grand nombre de bactéries a été retrouvé dans les barbes non lavées. Si les visages rasés et lavés contenaient le moins de bactéries, les barbes lavées restaient devant les visages rasés non lavés.
Depuis, d’autres travaux ont concerné les chirurgiens et le personnel soignant, au sein d’un secteur où les potentiels risques d’infection dans les blocs opératoires sont davantage concernés par la pilosité faciale que par l’hygiène générale. Les résultats ont été plutôt mitigés, en fonction de la manière dont les échantillons sont prélevés et si les masques chirurgicaux sont portés correctement ou non.
Crédits : StockSnap/pixabaySource: DR
La barbe enfin disculpée ?
En 2016, l’étude de la Mayo Clinic (Etats-Unis) a démontré que les chirurgiens portant la barbe ne dispersent pas davantage de bactéries que leurs confrères rasés de près. De plus, les résultats indiquent qu’avec ou sans masque chirurgical standard, la barbe ne présente pas de risque accru de contamination au bloc opératoire.
En 2022, des travaux de l’Université américaine de Beyrouth (Liban) ont révélé que les professionnels de santé sans barbe (rasés de près) présentaient une charge bactérienne significativement plus élevée dans leur flore faciale que leurs collègues barbus. Par ailleurs, les variations dans les méthodes de rasage ou le fait de se laver le visage avec ou sans savon n’ont pas montré de différence significative sur la croissance des bactéries. Néanmoins, l’étude a tout de même identifié plusieurs souches résistantes aux antibiotiques, notamment au méropénème. Bien que la proportion globale ne soit pas statistiquement différente entre les deux groupes, les porteurs de barbe présentaient relativement plus de souches résistantes, dans les échantillons prélevés.
Ainsi, la barbe semble avoir été disculpée des accusations antérieures à son encontre, au sujet des bactéries. Même si la perception générale reste assez négative aujourd’hui, il incombe de garder quelque chose en tête : avoir une barbe n’est en soi pas contraire à l’hygiène. Autrement dit, l’important est de se laver correctement. De plus, des bactéries sont présentes un peu partout sur notre corps, qu’il s’agisse de zones poilues ou non. Or, ceci ne pose pas de problème la plupart du temps, sauf en cas de plaie ouverte.


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