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J’ai récemment pris une semaine de vacances et elle m’a fait le plus grand bien. Le temps de quelques jours, j’ai quitté le monde brûlant de l’actualité pour celui, plus lent, des livres et de la rêverie. Mais depuis mon retour, la réalité me rattrape.
Une librairie de Québec est visée par un appel au boycottage pour avoir accueilli le lancement du plus récent livre d’Éric Duhaime. Un cinéma de la capitale a annulé la projection d’un film sur la transition de genre.
Une guerre entre médias (nouvelle fenêtre) dure depuis des jours à la suite des propos d’Olivier Niquet qui ont mal passé à La journée est encore jeune concernant la publicité sur les ondes de TVA Sports.
Un montage d’une entrevue à Tout peut arriver concernant les politiques familiales du Parti québécois soulève les passions (nouvelle fenêtre) à tel point que l’équipe de l’émission a dû mettre en ligne le segment complet pour rappeler que des opinions différentes avaient été émises et qu’il s’agissait d’un échange de points de vue.
Je crois qu’il est possible d’avoir une saine discussion collective sur ces éléments d’actualité. Cela fait partie de la liberté de presse, qui découle directement de la liberté d’expression, une condition essentielle de la démocratie moderne.

La librairie La Liberté a fait l'objet d'un appel au boycottage.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin
Pourtant, ce n’est pas ce que j’observe. J’ai plutôt l’impression que la colère s’exprime de manière plus décomplexée que jamais, particulièrement sur les réseaux sociaux. Comme s'il était devenu acceptable de transporter un désaccord sur le terrain des attaques et du dénigrement.
Ce qui est propre à notre époque, c’est peut-être la facilité avec laquelle des protestataires peuvent s'exprimer. Évidemment, quand on est sur les réseaux sociaux, [il y a] un certain relâchement de l’agressivité qui fait que le ton monte assez facilement, commentait la professeure Mathilde Barraband à l’émission C’est encore mieux l’après-midi.
Ce n’est pas à moi de juger de la légitimité des émotions ressenties ou des gestes posés par les acteurs impliqués dans les différentes nouvelles évoquées ici. Ce n’est pas le but de ma chronique. Cependant, je me pose une question : jusqu’où tant de colère dans l’écosystème médiatique peut-il nous mener ?
Polarisation
La science politique a déjà un bon début de réponse pour nous. Les effets de la mobilisation des émotions chez les électeurs est une réalité bien documentée, et les médias (sociaux et traditionnels) ne peuvent être exclus de l’équation, car ils constituent d’importants relais d’information.
Des études ont démontré, par exemple, que les citoyens en colère avaient davantage tendance à se tourner vers les partis situés à l’extrême-gauche ou l’extrême-droite (nouvelle fenêtre), ce qui mène nécessairement à une plus grande polarisation.
Dans son livre Les ingénieurs du chaos, l’ancien conseiller politique Giuliano da Empoli expose quant à lui les origines et les conséquences politiques de la manipulation des émotions des internautes à travers le monde.

Giuliano da Empoli, ancien conseiller politique et auteur du livre « Les ingénieurs du chaos ».
Photo : Radio-Canada / Tifa Bourjouane
C’est une lecture que je vous recommande chaudement, car elle permet de prendre conscience qu’en tant que citoyens, nous sommes insidieusement exposés à des contenus que nous n’avons pas forcément choisis. Ils sont taillés sur mesure pour capter notre attention, influencer notre jugement et guider nos actions.
Au moment même où j’étais plongé dans ces réflexions, cette semaine, l’animateur français Bernard Montiel a partagé sur ses réseaux sociaux une citation attribuée (à tort ou à raison) à Lao-Tseu et qui va comme suit : Celui qui vous met en colère vous contrôle.
Étrange comme si peu de mots peuvent parfois sonner si juste…
Le pouvoir de ne pas céder
J’en reviens à mes vacances. Lorsque je me tenais loin des nouvelles et des réseaux sociaux, j’étais moins perméable aux émotions négatives que certains cherchent visiblement à déclencher en nous.
C’est sans doute pour cela que le choc a été si grand, à mon retour. J’avais presque oublié à quel point le cycle de nouvelles en continu peut être énergivore en fonction du type de contenu auquel nous sommes exposés.
Mon travail ne me permet pas de me mettre à l’abri des influences négatives. Je dois comprendre ce qui se passe dans notre société pour - au besoin - en parler avec exactitude et équilibre sur les ondes de Première heure.
Cependant, j’essaie d’utiliser le micro qui m’est prêté de manière à apaiser ces phénomènes plutôt qu’à les amplifier. Est-ce que toutes les soi-disant controverses méritent du temps d’antenne ? Certainement pas.
Mais lorsque nous estimons qu’il est d’intérêt public d’en aborder une, les angles, les mots et le ton choisis doivent être savamment réfléchis. C’est sans doute là que réside la plus grande responsabilité des médias face à cette vague de colère qui déferle sur les démocraties occidentales.
Et comme citoyens, nous devons redoubler d’efforts pour ne pas nous laisser berner. Nous avons encore le pouvoir de ne pas céder à la colère. De décider s'il est opportun ou non d'alimenter une querelle. De nous demander qui cherche à attiser notre passion et pourquoi. De choisir le dialogue.
Bref, de rester maître de soi.
Si vous souhaitez réagir à cette chronique ou me faire part de ce que vous aimeriez connaître sur les dessous de l’émission Première heure, écrivez-moi à l’adresse suivante : [email protected].


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