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La tendance est « alarmante », lance le Dr Nigel Turner du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) à Toronto. Le pourcentage d’élèves ontariens du secondaire ayant joué de l’argent en ligne a grimpé de 50 % de 2023 à 2025, selon une récente étude de CAMH. Et ce n'est pas unique à l'Ontario.
Les jeux de hasard en ligne sont facilement accessibles sur un ordinateur ou un appareil mobile.
- Environ 12 % des jeunes répondants à l'étude de CAMH (7e à 12e année) déclarent avoir joué à des jeux de hasard virtuels (paris sportifs, poker, jeux de casino) au moins une fois au cours de l’année écoulée, soit un bond de 50 % de 2023 à 2025.
- Près du quart des répondants disent qu'ils sont exposés chaque jour à des publicités sur les jeux en ligne.

Près du quart des jeunes répondants à l'étude de CAMH disent être exposés au quotidien à des publicités sur les jeux de hasard virtuels en Ontario.
Photo : Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH)
Chez les Canadiens de 18 à 29 ans, pas moins de 32 % disent s’adonner à des jeux de hasard en ligne, selon un rapport publié en novembre dernier par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS).
Une fois qu’on devient accro [à un jeune âge], il est très difficile de se débarrasser de cette dépendance.

Chercheur spécialisé en jeu compulsif, le Dr Nigel Turner s’inquiète de la hausse du jeu en ligne chez les jeunes. (Photo d’archives)
Photo : Avec l’autorisation du Centre de toxicomanie et de santé mentale
La prévalence des problèmes de dépendance au jeu est deux à quatre fois plus élevée chez les jeunes que chez les adultes, selon le programme de prévention du jeu du YMCA du Grand Toronto. Les garçons sont particulièrement vulnérables.
Or, la dépendance au jeu peut mener à des problèmes de consommation de drogue et d’alcool, de dépression, d’anxiété et de suicide, sans parler d’endettement.
Le cerveau continue à se développer jusqu’à 25 ans. Et l’une des zones qui arrivent à maturité en dernier est justement celle qui est responsable de la prise de décision, de la réflexion critique.
Elle a vécu l’enfer
Kim Freudenberg raconte que son fils a commencé à jouer à des jeux d’argent en ligne à l’âge de 11 ans. Je n’ai pas vu ce qui se passait, se désole la présidente du regroupement américain de parents Parents Standing Together.
Il jouait à la roulette et au blackjack [sur des sites web à l’étranger] à 11-13 ans.
À l’université, il a commencé à jouer avec de la cryptomonnaie et à faire des partis sportifs, et ça a vraiment miné sa vie, poursuit-elle. Notre famille a souffert pendant deux ou trois ans avant qu’il n’accepte finalement de recevoir de l’aide.
Il était tellement accro, raconte-t-elle, qu’il pouvait passer presque trois semaines dans sa chambre de résidence sans se doucher et en ne mangeant que très peu.
Un meilleur contrôle de l’âge?
Kim Freudenberg raconte que son fils arrivait facilement à tromper les casinos en ligne étrangers, en prétendant qu’il était majeur.
Loto-Québec a tout un processus de validation d’identité, notamment de l’âge minimum de 18 ans, pour les jeux virtuels, y compris l’envoi de lettres au domicile des personnes désirant s’ouvrir un compte, rassure Sylvia Kairouz, professeure de sociologie à l’Université Concordia et titulaire de la chaire de recherche sur le jeu.
En Ontario, les exploitants sont tenus de confirmer que toute personne qui s’inscrit à leur plateforme a l’âge minimum de 19 ans. Toutefois, pour Mme Freudenberg, il serait encore plus sécuritaire d’utiliser la reconnaissance faciale pour valider l’âge du participant.
Elle met également en garde les parents qui permettent à leur enfant d’utiliser leur compte de jeu, sans savoir que seuls quelques dollars joués à la fois pourraient mener à une dépendance.
Bannir la publicité?
Le fils de Mme Freudenberg a été captivé par le jeu en ligne après avoir vu des influenceurs sur YouTube et dans les réseaux sociaux.
Quelqu’un a publié un message dans les commentaires d’une vidéo du genre : "Hé, va sur ce site". Alors il y est allé, et c’était un site de jeux d’argent, et il est devenu accro, raconte-t-elle. Comme il n’avait pas d’argent au début, il passait des heures à remplir des évaluations de sites pour avoir des jeux gratuits.
Elle montre aussi du doigt la publicité, qui est omniprésente à la télévision et dans les réseaux sociaux, et les offres d’argent bonus des plateformes de paris sportifs aux États-Unis.
L’Ontario a libéralisé le marché des jeux de hasard en ligne en 2022. Il y a maintenant plus de 80 plateformes de jeu virtuel réglementées dans la province.
Le ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux se défend, faisant valoir par courriel que la province protège les jeunes, entre autres en interdisant le recours à des célébrités et/ou à des sportifs dans le cadre d’activités promotionnelles et de marketing [sauf pour le jeu responsable], en plus d’investir plus de 70 millions de dollars, l’an dernier seulement, dans des programmes de recherche et de prévention.
L’Ontario a aussi lancé l’outil Garde-jeu permettant au public de s’exclure de tous les jeux d’argent sur Internet réglementés dans la province.
La professeure Kairouz pense néanmoins qu’il faut plus de mesures d’encadrement.
En Ontario, il y a de la publicité partout. On regarde des matchs de sport et on a les publicités qui passent.
On est en train de promouvoir un produit avec des méfaits possibles, explique la professeure. On a fait longtemps ça pour le tabac et là, on s’est rendu compte des méfaits.
On dirait que, pour le jeu, on ne voit pas cette dimension de méfait, ajoute-t-elle. Le jeu n’est pas un divertissement comme un autre. Ce n’est pas comme aller au cinéma.

La professeure Sylvia Kairouz pense qu’il faut mieux encadrer les jeux de hasard en ligne. (Photo d’archives)
Photo : Capture d’écran - Université Concordia
Sarah McCarthy, PDG du Conseil du jeu responsable (CJR), s’inquiète elle aussi de la normalisation des jeux d’argent en ligne. Elle décrit le jeu chez les jeunes comme une préoccupation en pleine croissance, dont les effets sont difficiles à mesurer pour l’instant.
Pour le Dr Turner, il faudrait carrément des normes nationales encadrant la publicité pour les jeux en ligne.
La Grande-Bretagne a banni la publicité durant les matchs et, à la télévision, aux heures auxquelles les jeunes sont à l’écoute.
Ottawa est préoccupé
Le gouvernement du Canada est préoccupé par les effets néfastes potentiels que peut susciter l’exposition aux publicités sur les paris sportifs, répond par courriel Martine Courage, porte-parole du ministère du Patrimoine canadien.
Elle souligne que le projet de loi S-211 (Loi concernant un cadre national sur la publicité sur les paris sportifs), qui a été introduit au Sénat en 2025, a franchi l’étape de la deuxième lecture à la Chambre des communes et attend maintenant son étude en comité.
Pour le Dr Daniel Myran, médecin de famille et chercheur à l’Hôpital General de North York, les programmes actuels de prévention, qui mettent l’accent sur le jeu responsable, ne font pas le poids dans bien des cas face à la tentation présentée par des paris sportifs en direct durant les matchs, par exemple, qui sont plus addictifs et nocifs.
Tout ce qui est très gratifiant et palpitant peut potentiellement créer une dépendance, prévient le Dr Turner. Tous les parieurs pensent qu'ils sont sur le point de gagner, même si la plupart du temps, on perd.
Les recettes gouvernementales provenant de Jeux en ligne Ontario (iGaming Ontario) sont passées de 176 millions de dollars en 2023-2024 à des revenus projetés de 294 millions pour 2026-2027, selon le dernier budget provincial.


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