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« Harry Hole », le polar intense qui venait du froid

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L’acteur norvégien Tobias Santelmann compose un remarquable Harry Hole, flic cabossé et imprévisible dans l’adaptation des polars nordiques de Jo Nesbø.

L’acteur norvégien Tobias Santelmann compose un remarquable Harry Hole, flic cabossé et imprévisible dans l’adaptation des polars nordiques de Jo Nesbø. ©Netflix 2026

Adaptée des romans de Jo Nesbo, la série norvégienne de Netflix est devenue le nouveau phénomène de la plateforme de streaming.

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Un hélicoptère de la police survole Oslo comme s’il s’agissait de Gotham City. Alerte à toutes les voitures. Des braqueurs en fuite mobilisent les recherches. Dans un bar de nuit, Harry Hole sirote son énième verre. Il s’engouffre illico dans son véhicule de service, rejoint en catastrophe par son jeune collègue qui ne veut pas en perdre une miette. Une course-poursuite s’engage. Elle connaîtra une issue fatale. Fin du prologue.

Six ans plus tard débute la série… Avec Harry Hole, Netflix tient enfin une adaptation à la hauteur du monument littéraire imaginé par Jo Nesbo. Là où en 2017 le cinéma s’était cassé les dents à condenser la complexité du personnage dans Le Bonhomme de neige de Tomas Alfredson (avec Michael Fassbender), la série, elle, prend le temps d’installer les névroses de ce flic dépressif, ses failles, son alcoolisme, et tout son monde. Surtout, chaque épisode bénéficie de l’implication directe de Nesbo lui-même, ici aux commandes de l’écriture et pleinement engagé dans le projet en tant que « showrunner ».

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L’intrigue s’inspire principalement de L’Étoile du diable, cinquième volet de la saga, tout en empruntant à d’autres romans des motifs secondaires, des figures récurrentes et une dramaturgie plus ample. Le téléspectateur fait donc connaissance avec le héros alors qu’il a été mis à l’écart. Une nouvelle affaire, ténébreuse à souhait, le fait rechuter dans l’alcoolisme. Et c’est avec l’esprit pour le moins embrumé qu’il se lance dans une double enquête. La première met en cause l’un de ses collègues compromis avec la mafia d’Oslo. L’autre concerne un tueur en série qui laisse des petits rubis en forme d’étoile rouge sur ses victimes amputées.

Oslo sert d’écrin à ce suspense intense. La ville paraît aussi menaçante qu’un labyrinthe mental. La photographie, sombre, enveloppe l’ensemble d’une noirceur presque palpable. Le résultat n’échappe pas toujours à une forme de stylisation tapageuse, mais cette surenchère visuelle sert aussi à l’immersion du téléspectateur.

Forces contraires

Dans le fond, la vraie réussite de la série tient surtout à son héros. Devant la caméra du tandem de réalisateurs Oystein Karlsen et Anna Zackrisson, Tobias Santelmann compose un Harry Hole remarquable. Ce flic intense, cabossé, imprévisible, moralement ambigu, accroche l’œil d’emblée. Santelmann ne cherche pas à jouer le détective torturé. Il l’incarne par sa présence lasse, son corps fatigué et un regard toujours à l’affût. Face à lui, Joel Kinnaman (vu dans la série Altered Carbon et inoubliable Rick Flag de The Suicide Squad) impose un Tom Waaler glaçant, adversaire idéal, flic corrompu jusqu’à la moelle. Leur duel, longtemps contenu comme un feu sous la cendre, donne à la série son axe dramatique le plus puissant : un affrontement de forces contraires où la corruption, la loyauté et la vengeance s’entrecroisent jusqu’à l’étouffement.

À cela s’ajoute une bande originale ajustée, entre punk et rock, signée Nick Cave et Warren Ellis, qui creuse encore la mélancolie du récit sans l’alourdir. Comme souvent dans les grandes réussites du polar nordique, tout repose ici sur un équilibre entre sécheresse narrative et trouble intérieur. La série ne cherche jamais à séduire par la seule mécanique de l’enquête, elle fait du malaise moral son véritable moteur.

Avec ses neuf épisodes taillés à la serpe, la série réussit ce que l’on attendait d’elle : donner chair à un personnage littéraire devenu mythique sans le caricaturer. Ce solide thriller nordique, immersif et convaincant, est non seulement parvenu à se classer numéro 1 du classement Netflix dans une trentaine de pays (dont la France), mais il a permis de convertir des millions de téléspectateurs aux thrillers scandinaves. Ce qui n’était pas gagné d’avance…

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