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En octobre dernier, le Festival de Gand recevait Harris Dickinson. En quelques années à peine, ce jeune Anglais de 29 ans s'est imposé comme un véritable sex-symbol. Révélé en Prince Charmant face à Angelina Jolie dans Maléfique : Le Pouvoir du mal en 2019, le comédien est aussi à l'aise dans les grosses productions (façon King's Man : Première Mission) que dans un cinéma plus exigeant. On l'a ainsi vu jouer les mannequins dans la Palme d'or Sans filtre de Ruben Öslund, un catcheur dans l'excellent Iron Claw ou dominer Nicole Kidman dans le thriller érotique Babygirl.
En clôture du festival, Dickinson foulait le tapis rouge, non pas en tant qu'acteur, mais comme réalisateur de son premier film Urchin, qui sort ce mercredi au cinéma. Celui-ci conte la tentative de réinsertion de Mike, un jeune SDF londonien campé par l'excellent Frank Dillane, qui a remporté à Cannes le prix du meilleur acteur dans la section Un Certain Regard pour ce rôle fort.
Découvert en jeune Lord Voldemort dans la saga Harry Potter, revu dans la série Fear the Walking Dead ou dans Harvest d'Athina Rachel Tsangari, le comédien de 34 ans (que l'on reverra dans Fonda, le premier film en anglais de Justine Triet après Anatomie d'une chute) accompagnait son réalisateur à la première belge du film.
Recherche de nuances
Sur ce destin malheureux, Dickinson aurait pu faire d'Urchin un classique récit de rédemption, conduisant à l'inévitable happy end. Il n'en est rien. "Cela m'aurait semblé irresponsable envers tous les Mike de ce monde. Les fins heureuses existent ; je ne suis pas cynique à ce sujet. Mais je pense qu'on en apprend plus sur ce sujet en voyant quelque chose de moins traditionnel", nous expliquait le cinéaste à Gand.
"L'heure zéro" sur Auvio : plage, complots et rivalitésSon protagoniste, Mike, est un être complexe, qui, poussé par la dureté de ses conditions matérielles, prend souvent de mauvaises décisions. À commencer par celle qui le mène en prison au début du film. "On aurait pu faire de Mike un personnage déprimé, qui subit constamment, sans que rien ne soit jamais de sa faute. Mais cela manque de nuances. Pour moi, il est évident que Mike est une bonne personne, que tout cela vient d'un traumatisme et d'un mécanisme de défense. Si vous sortez de ce film en vous disant que les gens comme ça devraient aller se faire foutre, cela en dit beaucoup sur où vous en êtes dans votre vie pour avoir un tel manque d'empathie…"
Si vous sortez de ce film en vous disant que les gens comme ça devraient aller se faire foutre, cela en dit beaucoup sur où vous en êtes dans votre vie pour avoir un tel manque d'empathie…
Frank Dillane abonde pour défendre son personnage : "La pauvreté a aussi son propre langage. C'est facile d'être assis ici et de dire : 'Ceci est bien moralement bien ; cela est mal.' Mais quand vous êtes dans une autre situation, vous devez jouer avec les cartes qui vous sont distribuées. Mike prend clairement de mauvaises décisions. Mais on a beaucoup travaillé pour montrer les circonstances qui le poussent à cela…"
Dans son premier film, Dickinson souhaitait en effet interroger le statut du héros au cinéma. "Traditionnellement, le premier rôle est quelqu'un de correct sur le plan éthique, moral et comportemental. Mais je suis plus intéressé par un personnage comme Mike, où l'on peut voir les nuances d'une vie cabossée. Même si, pour moi, c'est un héros."
Avec beaucoup de conviction, Frank Dillane campe Mike, un jeune SDF londonie, dans "Urchin". ©The SearchersComprendre la vie dans la rue
Entre la vie d'Harris Dickinson et de Frank Dillane et le parcours dans la rue du protagoniste d'Urchin, il y a un gouffre. Pour trouver la vérité du personnage, le réalisateur et son acteur ont notamment travaillé avec plusieurs organisations caritatives et divers conseillers. "Harris et moi avons aussi visité une prison. Et j'ai essayé de passer autant de temps que possible dehors avec des gens. Une grande partie de l'existence de Mike tient à l'endurance, à la météo, à la fatigue : porter un sac lourd, avoir les pieds mouillés, se blesser, se battre, de sentir constamment sur le qui-vive… Il y avait beaucoup de choses que je devais comprendre physiquement, plutôt qu'intellectuellement", explique Frank Dillane.
Il y avait beaucoup de choses que je devais comprendre physiquement, plutôt qu'intellectuellement.
Lequel confie que Dickinson lui a demandé de lire L'Étranger de Camus. "Le film est porté par cet existentialisme, cette absence de dieu. On traîne autour du purgatoire. Mike est à la recherche de lui-même."
"If I Had legs, I'd kick you" : Rose Byrne est formidable en mère au bout du rouleauHausse des inégalités
Dans Urchin, le personnage n'est pas qu'une victime du système capitaliste ; il en est partie prenante. Mike utilise le vocabulaire libéral, est flexible au travail, suit une méthode de développement personnel… "Il était important que Mike soit quelqu'un qui cherche à s'améliorer, même face à ses pires démons intérieurs. C'est quelqu'un qui garde de l'espoir au fond de lui, une étincelle de vie", estime Dickinson.
Les gens semblent se tourner de plus en plus vers la droite. Il y a de plus en plus de divisions. Mais moi, je ne veux pas devenir insensible et froid au monde.
En évoquant le destin brisé d'un jeune homme subissant de plein fouet la hausse des inégalités sociales, le tandem se fait philosophe. "Je ne sais vraiment pas où va le monde, se désole Frank Dillane. On pensait tous que cela s'améliorerait, mais je n'en suis pas sûr. Le fossé des richesses s'agrandit et les gens semblent se tourner de plus en plus vers la droite. Il y a de plus en plus de divisions. Mais moi, je ne veux pas devenir insensible et froid au monde."
"Pillion" : ce premier film radical nous plonge dans une relation BDSM dans le milieu des bikers gay"Dans des moments comme ceux-ci, il est facile de perdre tout espoir ou toute motivation à se défendre des causes, enchaîne Harris Dickisnon. C'est difficile. Mais j'espère qu'il y aura toujours une partie d'entre nous, en tant que société, qui se souciera des gens qui se retrouvent dans des situations compliquées. Malgré toutes les monstruosités que l'on voit, malgré le mal qui se répand, je pense qu'il y aura toujours une place pour le bien…"
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