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Harold Cobert : «Les établissements privés sont l’un des derniers bastions de la méritocratie»

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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Entre les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et le manque de discipline, le professeur analyse dans son livre Foi de prof les causes de la baisse du niveau scolaire, tout en défendant une école exigeante dont les établissements privés catholiques sont un bon exemple.

Harold Cobert est écrivain et professeur de français au lycée Passy Saint-Honoré. Il publie « Foi de prof : Une année dans l’enseignement privé catholique » (éd. du Rocher, 336 p., 2026). 


LE FIGARO. - Dans votre ouvrage, vous présentez les établissements catholiques  comme des lieux privilégiés ou les conditions d’enseignement sont plus favorables à la réussite et permettent aux élèves d’évoluer rapidement. Pourquoi ?

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Harold COBERT. - Parce qu’on nous permet sans doute une plus grande liberté pédagogique, notamment dans la manière dont on organise les apprentissages en classe : concrètement, nous pouvons recourir aux méthodes que l’on veut et nous avons par exemple une plus grande liberté dans les choix des textes en seconde. Il est vrai que dans les établissements privés catholiques sous contrat, chaque élève et chaque famille signent au préalable le règlement intérieur et une adhésion au projet pédagogique. Cela permet d’avoir des classes calmes et des élèves polis : lorsque je rentre en classe, mes élèves se lèvent systématiquement. Par ailleurs, le chef d’établissement a plus de pouvoir dans le privé que dans le public - où il est relié plus directement à la grande machine administrative française qui lui laisse sans doute moins de latitude. La structure du privé, à taille humaine, permet plus d’efficacité.

Vous étiez dans un établissement privé catholique…

J’ai fait toute ma scolarité à Bordeaux, à Saint-Joseph de Tivoli, un lycée jésuite. Là-bas, j’ai eu un professeur de français exceptionnel, Jean-François Rabaud, qui a marqué ma vie et qui m’a donné envie d’être écrivain. Et c’était effectivement un lycée où on faisait beaucoup d’activités extrascolaires, comme le théâtre par exemple. Il y avait un journal télévisé qui était réalisé par les élèves eux-mêmes. Tous les ans, on faisait une marche de solidarité pour des projets caritatifs, pour construire une école en Afrique, au Maroc ou ailleurs. Mais c’est vrai qu’il y avait une grande philosophie d’ouverture sur le monde.

Aujourd’hui, vous avez inscrit votre fils dans le même type d’institution. Pourquoi ? Le niveau des élèves est-il moins bon dans les établissements publics ? 

Mon fils est effectivement dans un établissement privé car, à l’origine, l’école dont on dépendait, d’après la carte scolaire, était un peu dangereuse. Nous avons donc préféré faire le choix de l’inscrire dans un établissement privé catholique. La baisse du niveau, en revanche, est selon moi complètement indépendante du public et du privé. Et elle n’est pas due à un manque d’intelligence des élèves. Aujourd’hui, le niveau baisse car l’on baisse l’exigence des programmes. Pour ma part, j’ai donc décidé d’enseigner le français à mes élèves, comme il l’était il y a 35 ans de cela : j’ai la même exigence que mes professeurs d’enfance. Et cela fonctionne, les élèves en sont tout à fait capables.

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Pensez-vous que ces établissements soient les derniers bastions d’une méritocratie à la française ?

En tous les cas, l’un des derniers bastions, pas le dernier. Bon nombre de professeurs dans le public continuent de se battre avec acharnement pour que la méritocratie perdure. C’est en tout cas la philosophie et l’ambition qu’ils ont. Il faudrait que les établissements s’en inspirent plus massivement pour faire fonctionner à nouveau notre méritocratie.

Comme les réseaux sociaux peuvent être un bon complément, l’IA peut l’être aussi : mais il faut les utiliser correctement.

Harold Cobert

Vous estimez que l’IA peut être une bonne chose tout en avouant ne plus donner de devoir à faire à la maison à cette génération TikTok. Comment sortir de cette contradiction ?

Je ne donne plus de devoir à faire à la maison que je note après. Parce que je sais que si je leur donne un commentaire composé ou une dissertation à faire chez eux, ils auront la possibilité de le faire avec l’IA ou encore de travailler avec un professeur particulier pour ceux qui en ont, voire avec leurs parents.

Nous diabolisons en permanence les réseaux sociaux. Certes, il y a des conséquences neurocognitives graves en termes d’attention et ces dernières sont documentées scientifiquement. En revanche, on parle peu des effets positifs. L’un des hashtags qui marche le mieux sur TikTok est BookTook et EduTok. Par ailleurs, certains professeurs font des vidéos sur les réseaux sociaux et ce faisant, ils arrivent à parler aux plus jeunes en adaptant leur format, leur approche et leur rythme.

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Ainsi, comme les réseaux sociaux peuvent être un bon complément, l’IA peut l’être aussi : mais il faut les utiliser correctement. Ce qu’il faut faire, c’est apprendre à rester maître de la machine. Il ne faut pas lui demander « j’ai tel sujet, fais-le » mais faire le travail en amont, et ensuite, éventuellement, demander à l’IA d’apporter un retour critique sur le résultat final. Cela peut permettre aux élèves de progresser. Dans ce cas-là, l’effort initial a bien été fait par l’élève, et c’est le plus important.

Ne pensez-vous pas que cela peut affecter la recherche d’informations à la maison, comme les élèves pouvaient le faire auparavant lors de la préparation d’un exposé par exemple ?

Aujourd’hui, tous les exposés des élèves sont faits avec l’IA et avec Canva pour la mise en forme. Je préfère autoriser l’utilisation de cet outil pour les empêcher de passer tout leur temps à maquiller le fait qu’ils s’en sont servi. En revanche, une fois l’exposé terminé, je leur pose des questions pendant 10 minutes afin de vérifier qu’ils ont bien retenu les informations, et qu’ils n’ont pas simplement copié-collé bêtement. Évidemment, ça peut mal se passer, mais je vois rapidement de quoi il en retourne. Si je constate qu’ils ont retenu quelque chose et que ça a nourri leur réflexion, alors l’IA a été utile.

Dans tous les cas, ça ne sert à rien d’aller contre l’IA car elle est dans nos vies et va s’y installer plus que durablement. Il faut simplement trouver la bonne manière de l’accompagner dans son utilisation. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur. L’imprimerie a fait peur à beaucoup de monde quand les premiers livres ont été imprimés ! Qu’est-ce qu’on aurait fait sans l’imprimerie ? L’IA nous amène à une révolution presque d’ordre anthropologique. Nous verrons ce qu’il en sortira, mais comme pour tout, il y aura du très mauvais et il y aura du très très bon.

Dans votre ouvrage, vous dites que l’origine du mal moderne se trouve dans les réseaux sociaux. Les troubles d’apprentissage ont-ils vraiment augmenté ou sommes-nous simplement capables de mettre les mots sur des problèmes qui existaient auparavant ?

Bien évidemment, nombre de troubles, tels que les DYS, les TDA, les TDAH existaient déjà à mon époque, il y a 35 ans mais on ne les identifiait pas comme tels. Aujourd’hui, nous les prenons en compte et nous mettons en place des programmes d’accompagnement personnalisés. C’est évidemment une très bonne chose.

Les réseaux sociaux, eux, entraînent un problème de concentration. Ce problème de concentration sur un temps long handicape les élèves. Concrètement, certains ne peuvent plus lire plus d’un quart d’heure de suite. Je parle dans le livre de cet excellent essai qui s’intitule La civilisation du poisson rouge et qui montre que des chercheurs ont réussi à mesurer l’attention du poisson rouge qui serait à huit ou neuf secondes. En clair, toutes les huit ou neuf secondes, sa mémoire se régénère. Or, ils ont par ailleurs mesuré que le taux d’attention médian sur une vidéo ou sur un poste sur les réseaux sociaux est de 10 secondes. Dans ces conditions, la mémoire n’est pas capable de graver le souvenir : et c’est là que c’est dangereux.

Foi de prof, Harold Cobert, Éditions du Rocher, 19,90e, 336p. Éditions du Rocher
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