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Près de deux semaines après la signature d'un protocole d'accord, préalable théorique à la fin du conflit entamé le 28 février 2026, rien n'a changé. L'Iran continue d'entraver la libre circulation dans le détroit d'Ormuz, les États-Unis bombardent à nouveau le pays et, en représailles, Téhéran vise des bases américaines au Bahreïn et au Koweït. Le mémorandum est déjà mort-né. Le président Donald Trump est prêt à tout pour s'extirper du bourbier iranien. Les Gardiens de la révolution islamique le savent: ils vont le pousser dans ses retranchements, de façon à obtenir le maximum de concessions. L'auteur de The Art of the Deal («L'art de la négociation», publié en 1987) a trouvé plus fort que lui.
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Tout commence en… 1979
La guerre en Iran s'inscrit dans l'histoire d'une double confrontation. Celle avec les États-Unis, qui débute avec la prise d'otages de l'ambassade états-unienne à Téhéran en novembre 1979, précipitant l'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir. Celle avec Israël, qui commence après la révolution islamique et la chute du shah, et prend sa forme moderne depuis le début des années 2000, avec la montée en puissance des proxys de l'Iran (Hamas palestinien, Hezbollah libanais, houthis yéménites).
Cette guerre «par procuration» culmine le 7 octobre 2023 quand le Hamas lance une opération terroriste majeure envers l'État hébreu. En octobre 2024, pour la première fois, Israël attaque directement l'Iran, avant de recommencer en juin 2025.
La «guerre des douze jours» (du 13 au 24 juin 2025) s'achève avec l'opération militaire états-unienne «Marteau de minuit» («Midnight Hammer») et le soi-disant anéantissement du programme nucléaire iranien. Le 28 février 2026, une coalition américano-israélienne attaque à nouveau l'Iran. Les buts visés: changement de régime, anéantissement du programme nucléaire, destruction des capacités offensives de l'Iran.
Quatre mois plus tard, aucun de ces objectifs n'a été atteint. Un protocole d'accord est signé par Donald Trump le 17 juin au château de Versailles; le président iranien Massoud Pezechkian faisant de même à Téhéran. Mais ce texte en quatorze points ne résout rien. Il ramène l'état des négociations en Iran plus de dix ans en arrière. Comment en sommes-nous arrivés là?
Des braises incandescentes ravivées en quelques mois
La deuxième administration Trump est composée de fidèles, idéologiquement soumis, où toute forme d'expertise, surtout en matière de politique étrangère, est vue comme suspecte. Le résultat: l'actuelle équipe diplomatique états-unienne est la plus dépourvue d'expérience depuis les années 1930, où ce sont Jared Kushner (gendre de Donald Trump) et Steve Witkoff (ami du président) qui mènent souvent les négociations à la place du département d'État. Tous le savent et tous sont prêts à en profiter. Dans le cas du Moyen-Orient, la situation est pire. Conscient de partager le système de valeurs des monarchies du Golfe, le président Trump a parfois l'illusion d'avoir un «sens» de la région. Il n'en est rien. Il l'a prouvé. Toutes les conditions sont donc réunies pour une catastrophe.
Depuis l'arrêt brutal de la «guerre des douze jours», le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou attend son heure. Au début de l'année, il a probablement fini par convaincre Donald Trump que l'élimination de l'ayatollah Ali Khamenei et de ses lieutenants conduira à une crise de régime, précipitant peut-être une révolte populaire, dont l'issue serait une capitulation à la suite d'une guerre éclair. Grisé par le succès de la capture du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro, le 3 janvier, Donald Trump voit l'opportunité de redorer son blason, en accomplissant ce que ses prédécesseurs n'ont jamais osé faire: abattre le régime iranien.
Après des semaines de montée en puissance des forces armées états-uniennes, la guerre éclate le 28 février. Pete Hegseth, le ministre de la Défense autoproclamé «secrétaire à la Guerre», ne tarde pas à déclarer victoire. Pourtant, l'Iran contre-attaque en envoyant un déluge de missiles sur les États du Golfe, Israël et jusqu'à Chypre, et surtout en bloquant le détroit d'Ormuz, là où transite 20% du pétrole mondial. Le prix du baril repasse aussitôt de 72 dollars à 120 dollars. Des milliers de bateaux sont bloqués. L'économie du Moyen-Orient est paralysée. Des ruptures d'approvisionnement se manifestent partout dans le monde. Le scénario, prévisible, d'un embrasement général du Moyen-Orient, s'est enfin réalisé.
La litanie des erreurs états-uniennes
La liste des erreurs commises donne le tournis. D'abord, l'administration américaine a gravement sous-estimé la résistance du régime des mollahs et surtout son «asymétrie de résilience»: le régime iranien peut endurer la mort de dizaines de milliers de ses citoyens, la destruction de ses villes, de son économie; la base électorale de Donald Trump ne peut pas accepter une augmentation d'un ou deux dollars le gallon. Ensuite, l'administration états-unienne, par la voix de son flamboyant ministre de la Défense, n'a cessé d'exagérer la réalité, voire de la travestir, jusqu'à perdre toute forme de crédibilité.
Pete Hegseth a par maintes fois affirmé que «l'Amérique avait gagné», que «le changement de régime avait eu lieu», que «l'armée iranienne avait été rapidement anéantie», que la marine iranienne «reposait au fond du golfe Persique» (et ce, dès le 4 mars). En réalité: la guerre est loin d'être finie; le régime en est sorti renforcé, plus dur, plus intransigeant; l'armée iranienne est quasiment intacte, 70% de ses stocks de missiles et de lanceurs sont disponibles, de même pour les drones, soigneusement dissimulés dans des abris souterrains enfouis sous les montagnes. Quant à la marine iranienne, si une bonne partie a été détruite, les Gardiens de la révolution ont toutefois réussi à maintenir le blocus.
Donald Trump avait beaucoup d'options. Il pouvait prendre le contrôle du détroit d'Ormuz, occuper les îles voisines de Qeshm, Abou-Moussa ou d'autres. Il avait la possibilité de débarquer des Marines sur l'île de Kharg et en prendre possession. Il pouvait détruire les installations pétrolières pour étouffer les ressources financières du régime. Il pouvait lancer une incursion terrestre à partir du Kurdistan, etc. Il n'a pris aucune de ces décisions. Pourquoi? La réponse est simple: par crainte d'un échec, qui aurait contredit son «narratif» de victoire immédiate et totale et sans coût pour les États-Unis.
Enfin, en annonçant un accord de paix à trente-neuf reprises, le président républicain a perdu toute crédibilité vis-à-vis de ses alliés. En signant le protocole d'accord de quatorze points, aux conditions catastrophiques pour les États-Unis et Israël, il entrera dans l'histoire comme le responsable du pire accord jamais accepté par une puissance victorieuse à l'encontre d'une puissance «vaincue». Heureusement pour les successeurs de Donald Trump, il y a fort à parier que rien de ce texte ne sera jamais respecté.
Personne ne donnera jamais 300 milliards de dollars aux Iraniens pour qu'ils l'utilisent afin de renforcer leurs capacités militaires et accélérer le développement d'une arme nucléaire. Le conflit Israël-Hezbollah au Liban n'est pas près de s'arrêter. Le détroit d'Ormuz est loin d'être débloqué et si jamais les sanctions américaines sont levées, elles seront réimposées d'ici peu. Après plus de 13.000 frappes et environ 40 milliards de dollars dépensés dans ce conflit, d'après un rapport du Centre d'études internationales et stratégiques (CSIS) publié le 23 juin, la puissance victorieuse a préféré capituler. On trouverait difficilement dans l'histoire de guerre plus absurde, plus mal planifiée, au dénouement aussi piteux.
Les dommages collatéraux et les conséquences
Mais la comédie des erreurs américaines ne s'arrête pas là. Frustré, irrité, décontenancé par une guerre dont il était certain qu'elle serait terminée en trois ou quatre jours, Donald Trump a offert une ribambelle de tribulations qui ont durement affecté l'état du monde.
D'abord, sur le plan des relations avec l'Europe, la guerre en Iran a accentué les tensions entre les dirigeants du Vieux Continent et l'administration MAGA (Make America Great Again), déjà mal en point à la suite de la situation du Groenland. La Maison-Blanche a reproché aux Européens de ne pas les soutenir dans une guerre qu'ils n'ont pas souhaitée. Pour les punir, dès le début du mois de mars, les ministres Pete Hegseth et Marco Rubio (Affaires étrangères) évoquaient la sortie possible de l'OTAN. Encore récemment, les annonces de retrait de troupes américaines des bases situées en Europe ont convaincu les alliés de la non-fiabilité états-unienne. Enfin, non content de saper une alliance vieille de quatre-vingts ans, Donald Trump continue de s'en prendre à ses meilleurs alliés, ainsi les attaques proférées à l'encontre de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
Sur le plan de la relation avec Israël, ensuite. Encore plus étonnant, Donald Trump a réussi à se fâcher avec le seul vrai allié qui lui reste, le Premier ministre israélien. Officiellement, il reproche à Benyamin Netanyahou de mener une guerre sans fin. En réalité, il lui en veut terriblement de l'avoir embarqué dans cette aventure, dont l'issue, incertaine, menace de conduire à la défaite des Républicains aux élections de mi-mandat (midterms), qui auront lieu le mardi 3 novembre 2026.
Crédibilité, déstabilisation, prolifération nucléaire...
Par ailleurs, la crédibilité états-unienne sort gravement entachée de cette séquence. Le président Trump a complètement sapé la position de dissuasion (deterrence) des États-Unis. Il a montré au monde qu'il était incapable de mener une guerre jusqu'au bout, que ce soit au Venezuela ou en Iran. Son ministre de la Défense a creusé le fossé qui sépare l'état-major militaire et l'équipe gouvernementale. Et le locataire de la Maison-Blanche a épuisé les stocks de munitions de la plus grande armée du monde en bombardant l'Iran pendant quarante jours.
Ainsi, par exemple, les stocks de missiles de croisière Tomahawk, ceux des systèmes de missiles antibalistiques THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) et ceux des systèmes de défense antiaérienne à longue portée MIM-104 Patriot prendront entre deux et quatre ans pour revenir à leur niveau d'avant-guerre, d'après un rapport du CSIS paru le 27 mai. La Chine et la Russie se frottent les mains.
Donald Trump a aussi aggravé la souffrance du Sud global. La crise liée au détroit d'Ormuz, avec les blocages des approvisionnements énergétiques et des matières alimentaires, a disproportionnellement affecté les pays en développement, qu'il s'agisse du Pakistan, du Vietnam, de Madagascar, des Philippines, du Bangladesh ou de dizaines d'autres nations. Le reste du monde n'a pas fini de payer le prix de cette guerre.
Le président états-unien a évidemment participé à la déstabilisation du Moyen-Orient: le modèle économique de la région a été remis en question par l'agressivité de l'Iran, qui n'a cessé de frapper ses voisins de façon indiscriminée. Menacés par l'Iran de façon durable, les pays de la zone –sur le point de se scinder entre une coalition «abrahamique» (Émirats arabes unis, Israël, Bahreïn, etc.) et une coalition islamique (Arabie saoudite, Pakistan, Égypte, Turquie, etc.)– ont grandement perdu confiance dans les États-Unis.
Enfin, le dernier grand point négatif de cette guerre se situe sur la non-prolifération nucléaire. Après cet affront, l'Iran n'aura de cesse d'obtenir l'arme atomique. Et d'autres pays de la région pourraient suivre, potentiellement imités par une dizaine de nations à travers le monde. Dans ce contexte, il n'est guère étonnant que le président français Emmanuel Macron ait annoncé l'augmentation des stocks de têtes nucléaires lors de son discours prononcé sur l'Île Longue (Finistère), le 2 mars. L'Europe doit à tout prix assurer sa propre sécurité.





























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