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Le dossier Geovic Cameroon vire au cauchemar éveillé pour le secteur extractif national. Vingt ans qu’on nous vend du rêve avec cette mine, et sur le terrain il n’y a que de la boue. À Lomié, petite localité enclavée du Haut-Nyong, le gigantesque gisement de cobalt et de nickel dort toujours sous la terre rouge. Les délégations officielles défilent depuis deux décennies, les ministres successifs promettent des lendemains qui chantent, mais les populations de l’Est attendent encore le premier camion de minerai commercialisé.
Des millions de tonnes de réserves et toujours zéro usine
Le décret présidentiel accordant le permis d’exploitation remonte au mois d’avril 2003, sur un périmètre initial d’environ 1 250 kilomètres carrés. L’État camerounais, actionnaire à hauteur de 39,5% via la Société nationale d’investissement, prévoyait d’extraire plus de 50 millions de tonnes de minerai riche en cobalt, nickel et manganèse. C’est simple. La holding américaine d’origine et ses dirigeants ont enchaîné les levées de capitaux spéculatives à la Bourse de Toronto, multipliant les promesses mirobolantes sans jamais construire la moindre usine de transformation sur le site de Nkamouna. On parlait pourtant de bâtir une cité moderne, des écoles, des dispensaires et une ligne électrique dédiée.
Spéculations boursières, partenaires fantômes et désillusion locale
Les villageois avaient cédé leurs terres agricoles contre la promesse ferme de trois mille emplois directs. Aujourd’hui, il ne reste sur place que des pistes défoncées et de vieux baraquements rongés par la rouille. Entre des tentatives avortées de rachat par des groupes chinois et des montages financiers opaques passés par des paradis fiscaux, le projet s’est enlisé dans des batailles de couloirs interminables à Yaoundé. Ça pose question. Pourquoi maintenir un tel blocage alors que le cours mondial des métaux stratégiques s’envole ?
Pourtant, le ministère des Mines brandit régulièrement la menace d’une déchéance pure et simple du titre sans oser franchir le pas décisif. Des sources proches du dossier parlent d’un imbroglio juridique extrêmement lourd lié aux créances croisées de Geovic Cameroon, même si rien ne confirme à ce stade une issue arbitrale imminente. Les autorités locales et les chefs traditionnels du Haut-Nyong ne cachent plus leur colère devant cette léthargie qui prive le pays de milliards de devises. C’est un gâchis industriel retentissant.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: [email protected]


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