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Le Manitoba a décidé de ne plus changer d’heure et de garder l’heure avancée toute l’année. Si l'idée paraît séduisante, plusieurs tentatives précédentes de conserver l’heure d’été qui ont eu lieu dans le monde se sont terminées par des échecs cuisants.
La mesure entrera en vigueur dès cette année: ainsi, le 1er novembre, les Manitobains ne reculeront pas leurs montres et horloges, comme c’était prévu.
La rapidité avec laquelle la décision a été prise est déroutante. Le gouvernement provincial ne semblait pas être préoccupé par ce sujet. En mars, le premier ministre manitobain, Wab Kinew, estimait que ce dossier était une perte de temps, qu’il ne s’agissait pas d’une urgence et que son gouvernement avait d’autres priorités.
Puis, en l’espace de quelques mois, tout semble avoir changé et, pour justifier sa décision, Wab Kinew s’est basé sur les réponses à une consultation publique en ligne lancée plus tôt cette année à laquelle très peu de Manitobains ont participé.
En effet, seules 72 000 personnes y ont répondu, selon la province, soit moins de 5 % de la population du Manitoba, qui s’établissait à 1 503 865 habitants au printemps 2026, (nouvelle fenêtre) selon Statistique Canada.
Par ailleurs, rien n’indique que seuls des Manitobains y ont participé, puisqu’il suffisait de se créer un compte sur le site participationmb.ca (nouvelle fenêtre) pour y prendre part. Il n’y a pas de restriction ni de vérification géographique.
Parmi les répondants, 92 % (soit 66 240) souhaitaient la fin du changement d’heure, mais ceux qui voulaient conserver l’heure avancée étaient encore moins nombreux, puisqu’ils représentaient 58 % (soit 41 760).
Concrètement, cela signifie que le gouvernement provincial a pris cette décision en se basant sur l’avis de moins de 3 % de la population. C’est dire aussi à quel point ce sujet n’est pas une préoccupation pour les Manitobains, et le gouvernement le sait très bien.
Selon un sondage Probe Research (maintenant Abacus Data) commandé par la province et obtenu grâce à une demande d’accès à l’information, la santé, le coût de la vie, le crime ou encore le poids de l’imposition faisaient partie des principales inquiétudes des Manitobains. Le changement d’heure n’est mentionné nulle part dans le document.
Méthodologie
Le sondage a eu lieu à travers un panel en ligne de 1000 Manitobains entre le 11 et le 19 mai 2026. Il n’y a pas de marge d’erreur dans ce type de sondage, mais à titre de comparaison, un sondage aléatoire de 1000 personnes a une marge d’erreur de ± 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.
Néanmoins, cette consultation est, en quelque sorte, une façon de légitimer cette décision, selon Éric Montpetit, vice-doyen de la Faculté des arts et des sciences et professeur titulaire du Département de science politique de l’Université de Montréal.
Je ne suis pas un spécialiste de la question, mais je crois comprendre que dans les sondages, pas seulement au Manitoba, un peu partout, des gens sont favorables à l’heure avancée, a nuancé le politologue, lors d'une entrevue accordée à l'émission Le 6@9.
Les tentatives ratées de garder l’heure avancée
En réalité, dans ce dossier, l’arrêt du changement d’heure n’est pas le véritable problème. Le problème, c’est de conserver l’heure avancée de façon permanente.
Les États-Unis ont tenté l’expérience en janvier 1974 pour économiser de l’énergie, en pleine crise pétrolière. Beaucoup de gens ont apprécié l’idée au départ. Cependant, en pratique, cela s’est révélé être un fiasco tel que le gouvernement américain est revenu sur sa décision en quelques mois.

Fin des changements d'heure. Impacts à Winnipeg.
Photo : Radio-Canada
Au début, personne n’était contre, mais, dès que les gens ont expérimenté la réalité de l’heure avancée, c’est devenu soudain très très impopulaire, très très rapidement, explique David Prerau, un expert international en matière de changement d’heure et auteur du livre Seize the Daylight, the curious and contentious story of daylight saving time.
Ce que les gens n’ont pas réalisé, c’est la raison pour laquelle on change d’heure. Personne n’aime ça, mais ça permet d’avoir une heure raisonnable de lever de soleil en hiver.
Comme cela a été largement rapporté à l'époque, les parents d'élèves se sont rendu compte qu'ils devaient désormais envoyer leurs enfants à l'école dans l'obscurité totale, en pleine heure de pointe matinale.
Quelques accidents impliquant des enfants ont eu lieu, ce qui a fait de la question un enjeu national plus important encore, se souvient David Prerau.
Finalement, la mesure s’est révélée tellement impopulaire que le gouvernement américain s’est empressé de mettre fin au projet.
Bien qu'elle ait été instaurée en tant que mesure temporaire pour une durée de deux ans, le Congrès l'a abrogée au bout d'un an. Ils auraient pu ne rien faire, et la mesure aurait été abrogée automatiquement au bout de la deuxième année, mais ils n'ont même pas voulu attendre, indique David Prerau.
Outre les États-Unis, le Royaume-Uni a aussi tenté l’expérience de garder l’heure avancée toute l’année entre 1968 et 1971, mais cette tentative s’est aussi soldée par un échec.
Plus récemment, la Russie était passée à l’heure permanente d’été en 2011, mais, dès 2014, Vladimir Poutine a décidé de revenir pour de bon à l’heure normale après un fort mécontentement de sa population.
Un risque politique sur une question qui n’intéresse pas les Manitobains
En termes d’effet sur la santé, de multiples études ont été faites sur le sujet et, globalement, elles démontrent que l’heure normale est plus favorable au sommeil et au rythme circadien des humains.
Dans son sondage, le gouvernement provincial pointait d’ailleurs vers une étude de l’Université de Stanford de 2025, (nouvelle fenêtre) suggérant que conserver l’heure normale réduirait les risques d’obésité et d’accident vasculaire cérébral, entre autres.
Évidemment, il y a plein d’autres facteurs qui influent sur l’état de santé d’une population, et le simple fait de choisir une heure, peu importe laquelle, aura des effets relativement limités sur l’état de santé globale. La pratique d’une activité physique régulière et une alimentation saine et équilibrée ont bien plus d’impact.

Fin des changements d'heure. Impacts à Thompson.
Photo : Radio-Canada
Alors certes, il y a une certaine logique à s'aligner sur les horaires des provinces voisines, mais Wab Kinew a peut-être pris un risque politique considérable en se fiant à l'avis d'environ 41 000 personnes qui aura un impact sur la vie de plus de 1 500 000 Manitobains, et sur une question qui, globalement, n’intéressait aucunement les gens.
De son côté, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a déjà ouvert la porte à revenir sur sa décision dès l’an prochain.
En attendant, il sera intéressant d’avoir les retours des habitants de Thompson lorsqu’ils vivront avec un lever de soleil aux alentours de 10 h 05 cet hiver.


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