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Bercy ne voyait pas le phénomène, puis le Sénat a demandé les chiffres et la myopie s’est améliorée.
En 2024, 13 324 foyers fiscaux résidents soumis à l’impôt sur la fortune immobilière, l’IFI, ont acquitté un impôt sur le revenu nul ou négatif. La première estimation de Bercy était de 13 335. La DGFiP a depuis affiné ses calculs de onze contribuables. L’ordre de grandeur, lui, n’a pas bougé d’un poil.
Le patrimoine peut monter jusqu’à 142 millions d’euros
Attention au raccourci : ces foyers ne paient pas « zéro impôt ». Ils acquittent notamment l’IFI et peuvent supporter d’autres prélèvements. Le constat porte précisément sur leur impôt sur le revenu final, nul ou négatif.
Mais certains chiffres valent tout de même le détour. Parmi ces contribuables, le patrimoine immobilier médian atteint environ 1,9 million d’euros. Dans le groupe des 0,01 % possédant les patrimoines immobiliers les plus élevés, la moyenne grimpe à 14 millions. Et le record observé parmi les foyers sans IR atteint 142 millions d’euros de patrimoine immobilier.
Le rapport de la commission des finances du Sénat détaille le mécanisme. Pour 4 556 foyers, l’IR est déjà nul avant réductions et crédits d’impôt. Pour les 8 768 autres, ces dispositifs ramènent l’impôt final à zéro. Charges déductibles, déficits professionnels, épargne retraite, immobilier, revenus conservés dans certaines structures : les situations sont multiples.
Tout cela n’est pas nécessairement frauduleux. Le rapport distingue clairement optimisation, dispositifs fiscaux légaux et fraude. Mais il constate aussi que l’optimisation du revenu fiscal explique une part significative du phénomène et décrit une fiscalité qui devient régressive tout en haut de l’échelle patrimoniale.
🚨BOOM🚨💸 On connaît enfin la VÉRITÉ sur l’affaire Amélie de Montchalin. La commission d’enquête de l’Assemblée nationale menée par Charles de Courson vient de rendre son rapport, et il est accablant.
Plus de 13 000 millionnaires en France ne payaient AUCUN impôt sur le revenu pic.twitter.com/bZTcVxgU5m
— France Résistance (@FranceRsistanc1) August 22, 2026
Montchalin, le démenti et les 13 324 fantômes
C’est ici qu’Amélie de Montchalin revient dans le décor. Le 14 janvier 2026, alors ministre des Comptes publics, elle répond à l’Assemblée aux déclarations d’Éric Lombard, qui évoquait des milliers de grandes fortunes ne payant aucun IR.
Après avoir contesté l’existence de « dizaines de milliers » de cas, elle assure devant les députés : « Aucun d’entre eux ne prouve qu’une dizaine de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu ». Quelques semaines plus tard, Bercy en comptait plus de 13 000.
Sa défense tient en une précision chronologique : lors de son audition devant la commission d’enquête, elle explique que la note n’était pas entre ses mains le 14 janvier et qu’elle n’en a pris connaissance que le 30 janvier, lorsqu’elle a été produite à la demande des sénateurs Claude Raynal et Jean-François Husson.
Autrement dit, Bercy ne disposait pas du document démontrant le phénomène avant que des parlementaires demandent à Bercy de produire le document permettant de mesurer le phénomène. Administrativement, la défense se tient. Politiquement, elle possède le charme d’un sketch de bureau.
Et derrière les 13 324, une boîte noire beaucoup plus vaste
Le plus gênant est peut-être ailleurs. Le rapport reconnaît que l’État connaît mal le patrimoine financier et professionnel des plus fortunés. Depuis le remplacement de l’ISF par l’IFI, la photographie fiscale se concentre essentiellement sur l’immobilier alors que, plus on grimpe dans la pyramide des fortunes, plus actions, sociétés et holdings prennent de la place.
Autre chiffre discret : 56 000 foyers soumis à l’IFI affichent un taux moyen d’impôt sur le revenu inférieur à 10 %. Les 13 324 ne sont donc pas une anomalie isolée, mais la partie la plus spectaculaire d’un système que les parlementaires eux-mêmes peinent à mesurer.
La Macronie pourra toujours discuter le vocabulaire. « Milliers », « dizaines de milliers », « une dizaine de milliers » : à force de chipoter sur le pluriel, les chiffres ont fini par entrer dans la pièce. Et ils sont désormais dans un rapport officiel de l’Assemblée nationale.


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